‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 619 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-NEUVIEME

chant la gràco , par laquelle sont sauvés ceux qui croient , et sans laquelle aucune créature raisonnable n'a jamais bien vécu ; et touchant le libre arbitre affoibli dans le prenaier homme et guéri par la grâce de Jésus-Christ , nous croyons ce qu'ont enseigné les pères par l'autorité de l'Ecriture , ceque le concile d'Afrique et le concile d'Orange ont déclaré , et ce que les papes ont tenu. Mais nous rejetons avec dédain les questions impertinentes et les fables des Ecossois, qui ont causé dans ces temps malheureux une triste division. C'est encore Jean Scot Erigéne qui est marqué par ces paroles.

Les autres canons du concile de Valence regardent la discipline (1). On commence par l'ordination des évéques. Le prince sera supplié de laisser au clergé et au peuple la liberté de l'élection. On choisira ou dans le clergé de la cathédrale, ou dans le diocèse , ou du moins dans le voisinage. Que, si on prend un clerc attaché au service du prince , on examinera soigneusement sa capacité et ses mœurs, de quoi on charge la conscience du métropolitain; et on lui enjoint de faire auprès du prince , du clergé et du peuple , tout ce qui sera nécessaire pour ne pas ordonner un évéque indigne. Les métropolitains veilleront sur les mœurs et la réputation des évéques. Les évéques se soutiendront l'un l'autre, contre ceux qui sont rebelles à l'Eglise: en sorte qu'ils se soumettent à la pénitence, ou que, s'ils demeurent excommuniés , ils ne trouvent personne qui les reçoive. On n'admettra point en justice deux serments contraires , puisque l'un des deux est nécessairement un parjure. On ne souffrira point les duels , quoique autorisés par la coutume : celui qui aura tué en duel sera soumis à la pénitence de l'homicide ; celui qui aura été tué sera privé des prières et de la sépulture ecclésiastique ; et l'empereur sera supplié d'abolir cet abus par des ordonnances publiques.

XXtV. Affaires d'Italie.

Au mois de février suivant, l'empereur Louis, flls de Lothaire, assembla à Pavie les évéques du royaume de Lombard ie , dont les premiers étoient Angilbert, archevêque de Milan, André, patriarche d'Aquilée, et Joseph, évéque d'Yvrée, archichapelain de l'empereur (2). Ce prince leur ayant demandé leurs avis sur la réformation des abus , ils dressèrent dix-neuf articles, où ils se plaignent entre autres que quelques laïques , principalement les seigneurs, entendent l'office divin aux églises qu'ils ont proche de leurs maisons , viennent rarement aux grandes églises, et n'en reçoivent point les instructions qui leur seroient nécessaires. Quelques-uns, ajoutent les évéques,

(t) C. 7. IÇi, 13, 11, a. t. 2, Cap. p. 349, c. 3, i, (1) To. 8, Cbnc. p. Uô; 13, 16.

reçoivent nos clercs sans notre permission, et font célébrer la messe par des prêtres ordonnés en d'autres diocèses, ou dont l'ordination même est douteuse. Quelques seigneurs donnent leurs dîmes aux églises qu'ils ont dans leurs terres , ou aux clercs qui sont à leur service , au lieu de les donner aux églises où ils reçoivent l'instruction, le baptême et les autres sacrements. On peut voir ici la taxe de ce qui doit être fourni à un évéque en visite. L'empereur Louis, par sa réponse , recommande l'exécution des capitulaires de ses prédécesseurs.

Quelque temps après, Daniel , maître de la milice , vint le trouver de Rome , et lui dit (1) : Gratien , gouverneur du palais de Rome , que vous croyez vous être tidèle , m'a ainsi parlé seul à seul dans sa maison : Ces François ne nous font aucun bien , ils ne nous donnent aucun secours : au contraire , ils nous pillent. Que n'appelons-nous les Grecs , pour faire un traité avec eux et chasser le roi et la nation des François ? L'empereur Louis fut tellement irrité de ce discours , qu il marcha vers Rome en diligence, sans écrire au pape ni au sénat. Le pape ne laissa pas de le recevoir honorablement, suivant la coutume, sur les grands degrés de l'éghse de Saint-Pierre, et lui parla avec douceur pour l'apaiser.

Le jour fut pris pour juger Gratien, et l'empereur Louis, accompagné du pape et des seigneurs romains et françois , tint sa séance dans le palais que Léon 111 a voit fait bâtir près l'église de Saint-Pierre. Daniel réitéra son accusation contre Gratien , qui éloit présent, d'avoir voulu lui persuader de livrer Rome aux Grecs ; mais Gratien et les Romains le démentirent. L'empereur ordonna qu'ils fussent jugés suivant la loi romaine , et Daniel fut convaincu de calomnie. C'est pourquoi il fut livré à Gratien pour en faire ce qu'il voudroit ; mais , à la prière de l'empereur, il le relâcha. Cette histoire fait bien voir qu'il étoit souverain de Rome.

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