XXXV. Martyrs de Cordoue
A Cordoue, la persécution duroit toujours. Un prêtre, nommé Abundius, curé d'une paroisse dans la montagne voisine , fut engagé au martyre par l'artilieedes musulmans (2). Mais étant interrogé par le cadi , il fit hardiment sa profession de foi , et parla contre Mahomet et ses sectateurs. Aussitôt il fut misa mort et son corps exposé aux chiens, le onzième de juillet, ère huit cent quatre-vingt-douze qui est l'an huit cent cinquante-quatre. L'année suivante, le trentième d'avril, trois martyrs souffrirent ensemble. Amator, jeune prêtre qui étoit venu étudier à Cordoue, Pierre, moine , et Louis, frère du diacre Paul, martyrisé en huit cent cinquante-un (3). Ils se joignirent tous trois pour faire ensemble profession de l'Evangile, et furent promptement exécutés. Les corps furent jetés dans le fleuve, d'où l'on en tira deux: Pierre, que l'on enterra à Pegna-Mellar, et Louis, à Palme, au diocèse d'itahque, en Andalousie. Dans le même temps , un vieillard , nommé Vitésin , qui avoit apostasie, étant exhorté à l'exercice de la fausse religion qu il venoit d'embrasser, le refusa courageusement, et fut aussitôt
exécuté.
L'année suivante, huit cent cinquante-six, ère huit cent quatre-vingt-quatorze (4), Elie, prêtre de Lusitanie, déjà vieux, fut exécuté avec deux jeunes moines, Paul et Isidore, le dix-septième d'avril, et le vingt-huitième de juin, Argimire, moine avancé en âge (5). Il avoit eu une charge considérable à Cordoue, et, en ayant été privé, il s'étoit retiré dans un un monastère. Quelques infidèles l'accusèrent devant le cadi de s'être moqué du prophète : il fut mis dans une étroite prison, et le cadi, ayant en vain essayé de le pervertir, le fit mettre tout vivant sur le chevalet et percer d'une épée au travers du corps. Il fut enterré près saint Parfait, dans l'église de Saint-
Aciscle.
Aure, sœur d'Adolpheetde Jean, quiavoient souffert le martyre au commencement du règne d'Abdérame, étoit religieuse depuis trente ans, au monastère de Sainte-Marie de Cutéclar (6).
Elle étoit d'une famille très-noble entre les Arabes , de la province de Séville , ce qui donna occasion à quelques-uns de ses parents, qui en avoient ouï parler, de la venir voir. La trouvant non-seulement chrétienne , mais religieuse, ils en avertirent lecadi, qui étoit aussi son parent. Il la fit venir , et d'abord il lui reprocha doucement la honte qu'elle faisoit à sa famille par son changement de religion ; mais ensuite il la menaça des tourments et de la mort pour l'obliger à quitter le christianisme. Aure céda pour l'heure , et promit de faire ce qu'il voudroit, et le cadi la laissa en liberté. Mais , étant retournée en sa maison , elle continua de faire profession comme auparavant de la religi<m chrétienne , s'efforçant d'effacer par ses regrets et par ses larmes le scandale qu'elle avoit donné. Comme elle fréquentoit hardiment les églises , les infidèles l'accusèrent devant le cadi , à qui elle répondit que jamais elle n'avoit été séparée de Jésus-Christ , et n'avoit adhéré un moment à leurs profanations , quoiqu'elle eût eu la foiblesse de le lui promettre. Le juge irrité la fit mettre en prison chargée de chaînes ; et , ayant reçu l'ordre du roi , il la fit exécuter le lendemain , et jeter son corps dans le fleuve. C'étoit le dix-neuvième de juillet, la même année huit cent cinquante-six. L'Eglise honore tous ces martyrs en leurs jours propres.
(1) Flod. l. c. 15. Maug.
Diss. c. 38, 39. Hincmar.
Pr«f. 1.
cai To. 8, Conc. p 585- Hincm, tom. 1, P 730-
(1) C. 2, 3. 54. V. Nol. Ambr. c. U-
(S) Eulog. II. Memor. c. (4) C. 15.
ai, 13. (5) C. 19.
(3) Sup. liv. XLVIU, n. (6) Sup. XI^YII, H. 47.