‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 634 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-NEUVIÈME

et de Rouen, et divisée en quinze articles. D'abord ils s'excusent de ne s'être pas rendus à Reims sur l'incommodité de la saison et de la brièveté du temps qui les a empêches de consulter leurs archevêques , suivant les canons (1). Ils se plaignent ensuite de ce que le roi Louis n'a point suivi les avis qu'ils lui ont déjà donnés plusieurs fois, particulièrement pour se réconcilier avec le roi Charles, son frère, et ajoutent qu'il n'y a pas lieu d'espérer qu'il profite mieux des conseils qu'il leur demande. Ils l'exhortent à examiner en sa conscience les motifs de son voyage , et s'il voudroit être traité comme il traite son frère. Mettez-vous devant les yeux, disent-ils, cette heure que vous ne pouvez éviter quand votre âme sortira de votre corps, dépouillée de toute sa puissance et de toutes ses richesses , sans secours de femmes, d'enfants, de courtisans, de vassaux; nue et abandonnée, laissant ses projets imparfaits ; qu'elle verra tous ses péchés et tout ce quelle a pensé, dit ou fait contre la charité, sans l'avoir expié parla pénitence. Elle l'aura toujours devant les yeux sans pouvoir s'en détourner. Et ensuite :

Nous avons appris que dans les diocèses où vous passez , on commet des cruautés et des abominations qui surpassent celles des païens, et nous en voyons une partie (2). Cependant vous prétendez venir pour corriger des abus et procurer la paix. Tournez plutôt vos armes contre les païens ; délivrez-nous du tribut que nous leur payons, ou du moins donnez chez vous une retraite assurée à ceux qui les fuient, au lieu quils y sont encore plus maltraités. Si vous venez rétablir 1 Eglise , comme vous nous avez écrit, conservez les privilèges, honorez les èvêques, ne les inquiétez point à contretemps , laissez-leur exercer en paix leurs fonctions; commandez aux comtes de leur faire amener les pécheurs scandaleux pour les mettre en pénitence ; permettez de tenir les conciles provinciaux dans les temps ré^^és par les canons. Conservez les biens des églises et de leurs vassaux ; car depuis que les richesses des églises sont accrues , les èvêques ont juge à propos de donner des terres à des hommes libres pour augmenter la milice du royaume et assurer aux églises des défenseurs. On voit ici l'origine des fiefs dépendants de^ églises. Les èvêques rapportent l'exemple de Charles- Martel qui, pour avoir le premier usurpé les biens de l'Eglise , fut envoyé en enfer en corps et en âme, suivant une prétendue révélati(m de saint Eucher d'Orléans ; mais on convient que c'est une fable.

Ils exhortent ensuite le roi Louis à rétablir les monastères et les hôpitaux, et ils ajoutent (3) : Puisque vousprèlendez procurer le bien

public , commencez par vous corriger vousmême. Vivez en secret comme étant toujours exposé au public ; croyez plutôt votre conscience que les discours des autres ; ne vous laissez vaincre ni à la flatterie ni à l'envie ; que le soin de la chair ne vous fasse pas négliger votre àme. Que la règle de votre maison serve de modèle aux particuliers ; que les officiers de votre cour soient gens craignant Dieu, et charitables envers ceux qui ont recours à vous pour leurs besoins. Etablissez des comtes et d'autres officiers publics qui soient désintéressés, qui n'oppriment point le peuple, qui ne gâtent leurs moissons ni n'enlèvent leurs troupeaux ; qui par le conseil des évêqm^ procurent le bien de l'Eglise ; qui tiennent leurs audiences, non pour s'enrichir, mais pour rendre justice. Etablissez de même les juges des maisons royales qui n'oppriment point vos serfs, mais qui fassent si bien cultiver vos terres , que vous ne soyez pas obligé d'être à charge aux èvêques et aux abbés pour les logements, les voitures et les autres besoins. Les comtes étoient gouverneurs des provinces et juges des hommes libres ; mais il y avoit des jui?es particuliers dans les maisons royales, qui gouvernoient le domaine et rendoient justice aux serfs fis( aliiis.

Quant aux seigneurs, continuent les èvêques, qui, à l'occasion de ces désordres, ont commis des crimes dignes d'excommunication, obligez-les à se venir humilier devant leurs èvêques pour satisfaire à l'Eglise. Et si quelqu'un a participé à leurs péchés, fût-ce vousmême, qu'il en fasse pénitence (1). Faites toujours avec vos serviteurs ce que nous vous conseillons, et, quand le temps sera plus favorable pour tenir un concile avec vos confrères, nous vous donnercms nos conseils sur tout le reste. Nous avons besoin principalement de conférer avec les èvtHjues , qui , du consenle-

(1) Hincm. tom. 2, p.

' (3) V. Bar. an. 741, n.

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