‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 637 sur 2407 · XLII. Martyre de saint Euloge · texte numérisé non relu

XLII. Martyre de saint Euloge

Vistrémir, archevêque de Tolède, mourut le dernier jour de la même année huit cent cinquante-huit , et le prêtre Euloge de Cordoue fut élu pour lui succéder, par le suffrage de tous les èvêques de la province et du voisinage, mais il y eut quelqu'obstacle qui empêcha qu'il ne fût sacré ; et on en élut un autre de son vivant , quoiqu'il ne survécut pas deux mois à son électi(»n , car il souffrit le martyre après y en avoir tant encouragé d'autres (2). Une fille, nommée Lèocritie, d'une famille noble de musulmans, avoit été instruite dès Tenfance dans la religion chré-

(1) Sup. liv. xLvii, n.

2) Vita S. Eulog. II Marc. c. 3. JBoIl. lo. 7, p.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

tienne par une de ses parentes, qui la fit nii^me baptiser. Son père et sa mère s'en étant aperçus, la maltraitoient et la fouettoient jour *el nuit pour la faire renoncer à la foi. Elle Gt connoltre son état au prêtre Euloge et à sa sœur Amulone, témoignant qu'elle vouloit aller en lieu où elle pût en liberté exercer sa religion.

Euloge lui procura secrètement les moyens de sortir de chez ses parents , qu'elle trompa , feignant de céder à leur volonté, jusqu'à parler contre la religion chrétienne. Elle se para , comme si elle eût pensé au mariage ; et sous prétexte d'aller à une noce , elle sortit , et courut chez Euloge et sa sœur, qui la recurent à bras ouverts , et la cachèrent chez des amis fidèles. Le père et la mère, au désespoir, remuèrent le ciel et la terre pour la trouver ; et, par l'autorité ducadi, firent emprisonner et fouetter plusieurs chrétiens, même desreligieusesetdes prêtres. Euloge, sans s'émouvoir, fiiisoil souvent changer de retraite à Léocritie, et passoit les nuits en prières pour elle, prosterne dans l'église de Saint-Zoïle. Elle , de son cùte, jeûnoit et veilloit, couchant sur la cendre , et couverte d'un ci lice.

Une nuit , étant venue voir Euloge et sa sœur, elle ne put ret( urner, parce que la personne qui devoit l'accompagner vint trop tard , et qu'il étoit déjà jour (1). Le cadi, en étant averti , envoya des soldats entourer la maison , d'où ils tirèrent Léocritie avec Euloge , et les amenèrent en sa présence. Il demanda à Euloge pourquoi il tenoit cette fille chez lui ; et Euloge répondit que les prêtres ne pou voient refuser T instruction à ceux qui la demandoient. Le cadi le menaça de le faire mourir à coups de verges; mais Euloge répondit que le glaive étoit un moyen plus sûr, et commença à parler hautement contre leur prophète et leur religion. On le mena aussitôt au palais devant le conseil. Un des conseillers, qui le connoissoit particulièrement , lui dit : Si des ignorants se précipitent malheureusement à la mort, un homme savant et vertueux comme toi ne doit pas imiter leur folie. Croismoi , je te prie , dis seulement un mot à pré sent, puisqu il le faut ; tu reprendras ensuite ta religion , et nous promettons de ne te point rechercher. Euloge lui répondit en souriant : Ah î si tu pou vois connoltre les récompenses qui attendent ceux qui conservent notre foi , tu renoncerois à ta dignité temporelle. Il commença alors à leur proposer hardiment les vérités de l'Evangile ; mais pour ne le pas écouter ils le condamnèrent aussitôt à perdre

la tête.

Comme on le menoit au supplice , un des eunuques du roi lui donna un soufflet. Il tendit l'autre joue, et en souffrit patiemment un second Quand il fut arrivé au lieu de l'exécution, il pria à genoux , étendit les mains au

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An deJ -C. 859]

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