‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 639 sur 2407 · XLIII. Lettres d'Hincmar contre les pillages · texte numérisé non relu

XLIII. Lettres d'Hincmar contre les pillages

En France, comme les pillages continuoient , principalement à l'occasion de la guerre civile entre les deux frères Louis et Charles , Hincmar, archevêque de Reims , adressa à ses curés un mandement pendant le carême de cette année huit cent cinquante-neuf, avec ordre de le publier (2). Et parce, dit-il, que ces pillards ne viennent à l'église que par coutume, et ne demeurent à la messe que jusqu'à l'Evangile, lisez cet avertissement aussitôt après l'épitre. Hincmar y exhorte ceux qui se rencontrent dans son diocèse , à s'abstenir des pillages, des violements et des autres crimes qui se commettoient impunément, rapportant les passages de l'Ecriture, pour montrer qu'ils méritent l'enfer. Renoncez-y, dit-il, principalement en ce temps , où vous devez satisfaire à Dieu pour les fautes de toute l'année , afin de recevoir la communion au jour de notre rédemption, et ne vous en pas approcher comme Judas, pour votre piTte. Et ne dites pas : Si le péril de communier indignement est si grand , comme nous dit cet évêque , nous nous abstiendrons de communier plutôt que de changer de vie. Car le Seigneur a dit de la communion, comme du baptême , que l'on ne peut être sauvé sans la recevoir (3). Ainsi , il ne reste autre parti à prendre , pour quiconque se veut sauver, que de renoncer au péché par une sincère pénitence ; et après avoir purifié sa conscience , recevoir le corps et le sang de Notre Seigneur. El sachez que, si vous ne vous corrigez , vous qui commettez ces maux dans mon dio( èse , je défendrai à mes prêtres de vous donner la communion. Et si quelqu'un dit : Je passerai dans un autre diocèse pcMidant ces jours-là , il doit savoir qu'il ne se moque pas des hommes , mais de Dieu, et qu'il se trompe lui-même, car si étant excommunié il œminunie dans un autre diocèse, il se charge devant Dieu d'une plus grande condamnation, croyant se cacher à celui qui est partout. ^

Hincmar envoya ce mandement au roi Charles , le priant de le tenir secret , jusqu'à un jour

(1) Mari. R. 11 et 15 («) Opusc.7,to.a,p.U8- Mart. (3) Joan. m, 51; vi, 51.

où il assembleroit ses fidèles serviteurs , et L ur archevêques , Hincmar de Reims Gonthier de feroit une remontrance mêlée de force et de Cologne, Yen i Ion de Rouen; et lix Sue^

douceur (1). Vous pourrez ensuite, ajoute-t-il, faire lire c«t avertissement tous les jours à ceux qui viendront de nouveau auprès de vous. Et ne négligez pas les articles que le concile de Quiercy envoya l'année passée à Louis ; et que mon fils Hincmar, c'est son neveu , vous donna de ma part , quand il vous suivit en Bourgogne. Croyez-moi , ils ont été faits pour vous plus que pour votre frère.

J'ai appris trois choses que j'avois résolu de vous cacher ; mais, après y avoir bien pensé je crains de me rendre coupable moi-même si je ne vous faisois connoltre les bruits qui courent contre vous. Le premier, c'est que vous ne voulez point vous mêler de ces pillages , et que vous prétendez que chacun se défende comme il pourra. Je sais que c'est une calomnie; mais j'ai voulu vous en instruire, afin que vous en montriez la fausseté par les elTets. Car ce seroil une impiété à un roi d'exiger de ses sujets des dons et des contributions, et ne leur pas conserver les biens dont ils les tirent. Le second point est, que ceux qui vont porter des plaintes à votre cour n'y reçoivent ni consolati(m , ni bonne réponse. Je iie le crois pas non plus ; mais je crois malgré moi la troisième, qu'après que l'on a pris aux dépens des églises tous les vivres nécessaires , on exige encore de l'argent , sinon l'on fait de grands débris.

Enfin Hincmar écrivit aux clercs de la cour qui marchèrent à la suite du roi et de la reine' et dont les domestiques commettoienl les mêmes crimes que les autres, pillant partout , pour nourrir hommes et chevaux, et abusant des femmes qu'ils rencontroient (2). Il représente à ces clercs qu'ils doivent non-seulement s'abstenir du mal , mais en détourner les autres et qu'ils sont responsables des péchés de leurs domestiques; puis il ajoute: Si vous ne vous

Herluin de Coutance, Hildegaire deMeaux' Adventius de Metz, Ebbon d'Auxerre, Hincmar de Laon , neveu de l'archevêque Ercanra de Châlons. On leur donna une instruction portant les conditions auxguelles ils dévoient absoudre le roi Louis de l'excommunication qu'il avoit encourue, pour les excès commis dans le royaume de son frère , du moins comme ayant communiqué avec les excommuniés. En voici la substance.

II se reconnoîtra coupable de tous les maux qui ont été faits dans nos diocèses, par les mauvais conseils qu'il a suivis, et promettra d'en faire une digne pénitence (1) . Il promettra aussi de venir le pluslôt qu'il pourra traiter la paix en personne avec nos princes Charles et Lo- Ihaire, et de la garder s'ils la gardent de leur côte. Il promettra de ne plus donner de protection à ceux qui l'ont fait offenser Dieu si grièvement. Au contraire, il fera venir, s1l peut, devant son frère Charles et son neveu Lolhaire, au parlement prochain , ceux qui les ont quittés, pour se donner à lui , comme il a promis à Mersen , afin qu'on leur pardonne s ils se justifient, ou qu'on les condamne (2). Lesevêques parlent des promesses réciproques de s'assister et de ne point recevoir les vassaux les uns des autres , que les trois frères Lothaire , Louis et Charles se firent en huit cent cinquante-un, au parlement tenu à Mersen près de Maëstrich.

L'instruction continue : Si le roi Louis promet tout cela, et de rétablir l'Eglise de tout son pouvoir, donnez-lui absolution de tous les péchés qu il a commis et fait commettre dans nos diocèses, et le rétablissez dans la communion, dont il s'est privé en communiquant avec des excommuniés. Et, quoique ses péchés eussent besoin d'une pénitence de plusieurs années , selon les degrés prescrits par les ca-

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