‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 643 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-NEUVIÈME

demandé; au contraire, il mena ses forces à mon frère contre moi. Et , quoique mon trére fût accompagné des sujets révoltés , dont Texcommunication avoit été notifiée à Vénilon par les lettres des évéques, il ne laissa pas de célébrer la messe publiquement devant eux , dans mon palais d'Attigny, sans la permission de l'évéque diocésain , et demeura avec eux dans le conseil de mon frère , cherchant les moyens de me dépouiller de ma part du royaume , au préjudice de son serment. Il s'est fait donner par mon frère Louis Tabbaye de Sainte-Colombe, qui est dans mon royaume , et des pierres des murs de la ville de Melun. Il a fait donner l'évéché de Bayeux à Tortold , son parent et mon clerc , qui m'avoit prêté serment. Enfin , après que Dieu m'a donné des forces pour rc»couvrer mon royaume , je me suis approché de la ville de Sens, et Vénilon ne m'a donné aucun secours.

Sur cette requête , le concile ordonna que Vénilon seroit cité à certain terme ; et , pour cet effet, on dressa une lettre synodique où nous voyons les noms de la plupart des évéques qui assistoient à ce concile (1). Il y a premièrement huit archevc^ues : Rémy de Lyon, Rodolfe de Bourges, Gonthier de Cologne , Hincmar de Reims, Arduic de Besançon, Teutgaud de Trêves, Vénilon de Rouen, Hérard de Tours. Ensuite trente-deux évéques, entre autres Ebbon de Grenoble , Rotade de Soissons , Adventius de Metz , Alton de Verdun , Enée de Paris, Agius d'Orléans, Hincmar de Laon, Robert du Mans , Erloin de Coutances , Isaac de Langres , Erchambert de Bayeux : ce qui montre que Torlold en étoit exclus.

En cette lettre , après avoir marqué toutes les plaintes du roi contre Vénilon de Sens, les évéques ajoutent : Le roi a choisi pour juges Rémy de Lyon , Vénilon de Rouen, Hérard de Tours et Rodolfe de Bourges , devant lesquels vous comparoîtrez trente jours après avoir reçu cette lettre, pour proposer vos défenses. Après la lettre, sont des extraits des anciens canons sur les principaux chefs d'accusation contenus dans la requête. Hérard de Tours fut chargé par le concile de porter cette lettre à Vénilon de Sens, et de lui faire la citation ; mais, étant tombé malade , il en chargea Robert du Mans , son suffragant , avec une lettre par laquelle il exhorte Vénilon à se justifier pour l'honneur de l'épiscopat, et à satisfaire le roi. Vénilon suivit ce conseil, et se réconcilia avec le roi Charles , sans être jugé par les évéques (2).

XL VII. Lettres aux Bretons.

Le concile de Savonières écrivit aussi aux évéques de Bretagne, qui demeuroient toujours dans leur schisme. La lettre n'est adressée qu'aux quatre anciens évéques , car on ne re-

lit

(8) P. 684. An. Bertin.859.

connoissoit pas les trois autres, et le concile les exhorte à rentrer sous l'obéissance de Tarchevéque de Tours , leur métropolitain , et ne plus communiquer avec ceux qu'il avoit excommuniés pour leurs crimes (1). Ensuite est un mémoire des avis qu'ils doivent donner à Salomon, qui se prétendoit souverain de la Bretagne, pour le réduire à l'obéissance du roi Charles. Le concile écrivit en particulière neuf seigneurs bretons, qui étoient les principaux entre les excommuniés , pour les exhorter à se reconnoître et à penser à leur salut, les menaçant d'anathème s'ils persistent dans leur endurcissement. On voit par cette lettre que les pillages et les autres désordres n'étoient pas moins fréquents dans la Bretagne que dans la France.

On relut en ce concile les articles qui avoient été dressés sur la matière de la prédestination (2), par Rémy de Lyon et par Hincmar de Reims, c'est-à-dire les six premiers du concile de Valence , et les quatre du concile de Quiercy (3). A la lecture des canons de Valence, les évt^ues du parti d'Hincmar voulurent faire quoique remontrance ; mais Rémy les apaisa doucement, et dit avec beaucoup de gravité que , si quelques-uns d'entre eux n'approuvoient pas ces articles , on apporteroit de part et d'autre des livres des pères au premier concile , où l'on décideroit d'un commun accord ce qui se trouveroit le plus conforme à la tradition de l'Eglise. Quelques-uns du parti opposé voulurent le siffler, prétendant qu'ils n'étoient pas les auteurs de ces articles qu'ils soutenoient; mais Hincmar et la plupart de ceux de son parti, qui connoissoient la doctrine et la capacité de leurs adversaires , firent entendre aux autres que les défenseurs des articles de Valence pouvoient avoir eu de bonnes raisons, de souffrir quelque temps agiter ces questions , avant qu'elles fussent décidées d'un commun consentement. Il passa donc à l'avis de Remy, et le concile de Savonières prononça que les articles contestés seroient examinés au premier concile , après la paix rétablie (4).

XL VIII. Concile de Langres.

Ces articles de Valence avoient été confirmés dans un concile tenu le dix-neuvième d'avril , la même année huit cent cinquante-neuf, dans l'abbaye des Saints- Jumeaux, près de Langres (5), où présidoient Rémy, archevêque de Lyon , et Agilmar de Vienne , accompagné d'Ebbon de Grenoble et de plusieurs autres évéques, en la présence de leur roi Charles le jeune, fils de l'empereur Lothaire. Ce concile da Langres fit seize canons , qui , à la poursuite de Rémy , furent lus et approuvés au concile de Savonières, auquel ils sont insérés comme

(1) C. 8. Sup. I. XLVIH, (3) Hincm.Praef.de Prœn. 43, n. 695, c. 9. dest. V. Maug. Dist. c. 40.

(2) C. 10. Sup. n. 22. (4) C. 10.

(5) To. 8, p. 678.

• il

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An de J.-C.859.

AiideJ.-C. 859. j

Page 1