MablII. Praef. to. 6, n. 81 , 83. Ratram. edit
Paris. 1G80, a. 5.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
tre Pascase , qui soutient que le corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie est le même qui est né de la vierge ; mais la première question ne le regarde point , car il prouve expressément, dans son traité de l'eucharistie, qu'eUe est, tout ensemble , et vérité et flgure. Et dans sa lettre à Frudogard il dit (1) : Si quelqu'un dit que cette chair et ce sang sont sans mystère et sans figure, il anéantit le sacrement (2). Mais il y avoit alors des catholiques qui soutenoient effectivement que le pain et le vin n'étoient point des figures du corps et du sang de Jésus-Christ , fondés sur celte raison que le signe n'étant pas la chose dont il est le signe , l'eucharistie ne seroit plus le corps et le sang de Jésus-Christ. Cette opinion se trouve soutenue vers le même temps par Haimon, évêque d'Halberstat , après saint Jean Damascène , et c'est celle que Ratram coQibat , prétendant qu'il s'ensuit qu'il n'y a aucun mystère dans l'eucharistie, ni par conséquent aucune matière à la foi (3). Mais ceux qu'il attaque n'admettoient pas cette conséquence, au contraire, Haimon dit formellement que dans ce sacrement le goût et la figure du pain et du vin demeurent , afin qu'on le prenne sans horreur, quoique la nature des substances soit entièrement changée au corps et au sang de Jésus-Christ, mais autre chose est ce que nous rapportent les sens, autre chose ce que la foi nous ensei*'"ne.
Aussi Ratram n'accuse pas ses adversaires de nier ce qui est de foi , mais seulement de se contredire (4). Car, dit-il , ils confessent selon la foi , que c'est le corps et le sang de Jésus- Christ , et par conséquent que ce n'est pas ce que c'étoit auparavant. Et plus haut il explique ainsi sa créance touchant ce mystère : Au dehors se représente la forme du pain qu'il étoit auparavant ; la couleur se montre, la saveur se fait sentir ; mais au dedans on apprend qu'il y a quelque chose de bien plus précieux et plus excellent, parcequ'il est divin, c'est-à-dire le corps de Jésus-Christ , qui est vu, reçu et mangé, non par les sens corporels , mais par les yeux de l'esprit fidèle. De même le vin , qui est fait le sacrement du sang de Jésus-Christ par la consécration du prêtre, nous montre en sa superficie autre chose que ce qu'il contient au dedans. Car que voit-on, sinon la substance du vin? Goûtez-en, il sent le vin, il en a l'odeur et la couleur. Mais si vous le considérez au dedans, ce n'est plus la liqueur du vin, mais la liqueur du sang de Jésus-Christ , qui frappe le goût, les yeux et l'odorat des âmes fidèles. Et ensuite : Le pain qui est offert, étant pris des fruits de la terre, est changé au corps de Jésus-Christ par la sanctification ; comme le vin, quoiqu'il soit sorti de la vigne, est fait le sang de Jésus-Christ par la sanctiti-
[ An deJ.-C.8S9.
An deJ.-C. 859.]
(1) C. i, p. 1564. Sang. Damasc iv, de fide,
(3) Hincm. de Corp. et (i) N. 15, 9, 10, 19.
cation du mystère, non pas visiblement, mais par l'opération invisible du Saint-Esprit. C'est pourquoi on les appelle le corps et le sang de Jésus-Christ , parce qu'on les prend non pour ce qu'ils paroissent au dehors, mais pour ce qu'ils sont devenus au dedans , par l'opération du Saint-Esprit; et que par cette puissance invisible ils sont tout autre chose que ce qu'ils paroissent visiblement. Et encore : Nous avons montré , par tout ce qui a été dit jusqu'ici , que le corps et le sang de Jésus-Christ, qui sont reçus dans l'église par la bouche des fidèles , sont des figures selon l'apparence visible , mais selon la substance invisible, c'est véritablement le corps et le sang de Jésus-Christ. Ainsi la première question que traite Ratram n'est pas de savoir si l'eucharistie est figure ou réalité, mais si outre la réalité elle es! encore
figure.
La seconde question est de savoir si le corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie t«t précisément le même, qui est né de la vierge Marie (1). Pascal l'avoit dit, fondé sur un passage de saint Ambroise , mais cette expression avoit paru nouvelle à Raban et à plusieurs autres savants, qui, fondés sur d'autres passages des pères, vouloient que l'on distinguât deux corps de Jésus-Christ , le naturel et leucharistique, c'est-à-dire comme on parleroit aujourdhui, deux manières d'être du même corps, l'une naturelle et sensible, l'autre surnaturelle et mystérieuse , car ils convenoient tous également de la réalité. C'est donc en ce sens que Ratram dit : Le corps qu'il a pris de la vierge Marie, qui a souflVrt et qui a été enseveli , qui est ressuscité , étoit un véritable corps, c'est-à-dire visible et pal|)able; au lieu que le corps qui est appelé le mystère de Dieu, n'est pas corporel, mais spirituel, et par conséquent ni visible ni palpable. Ces deux questions n'étoient donc que sur les expressions et non sur le fond du mystère. Au reste , il faut convenir que dans le traité de Ratram il y a des manières de parler dures et obscures, qu'il faut expliquer par les plus claires , puisque l'auteur a toujours vécu dans la communion de l'Eglise.
LUI. Ecrit anonyme contre Pasc^e.
L'écrit anonyme que nous avons contre Pas case Ratbert combat deux propositions de son ouvrage , la première que le corps de Jésus- Christ dans l'eucharistie soit le même qui est né de la vierge ; 1 autre que Jésus-Christ souffre de nouveau, toutes les fois que l'on célèbre la messe (2). On ne trouve point que Pascase eût avancé cette dernière proposition; ainsi c'étoit seulement une conséquence que l'on liroit de sa doctrine. Cet écrit commence ainsi : Tout fidèle doit croire et confesser, que le