X. Affaire d'Ingeltrude
On parla encore au concile de Tousi de l'affaire d'Ingeltrude. Elle étoit fille du comte
[An de J.-C.860
Matfrid , et avoit épousé le comte Boson de Lombardie, de la province de Milan (1). S'étant débauchée, elle quitta son mari et passa dans les Gaules avec son adultère. Boson, ayant en vain tenté toutes les autres voies de la ramener, s'adressa au pape Benoît, qui tenoit alors le saint-siège, et qui ne cessa point tant qu'il vécut d'exhorter par ses lettres l'empereur , les princes , les évêques et tous les fidèles, de ramener cette femme à son devoir. Le pape Nicolas , lui ayant succédé , continua ses poursuites, mais toujours sans effet. Enfin, il ordonna de tenir un concile à Milan , où Ingeltrude seroit citée ; et , si elle ne s'y présentoit dans un certain terme , elle seroit excommuniée , comme elle le fut en effet , et le pape confirma la sentence de ce concile.
Cependant le pape ayant appris que cette femme demeuroit dans le royaume de Lothaire, il écrivit aux évêques de ce royaume , et principalement aux deux archevêquesTheutgaud et Gonthier , les reprenant de leur négligence à tolérer ce scandale, leur déclarant qulngeltrude étoit excommuniée, et leur ordonnant de l'excommunier eux-mêmes si elle ne retournoitavec son mari. Il en écrivit aussi au roi Charles, le priant d'obliger son neveu Lothaire à ne la plus souffrir dans ses étals , et à la chasser lui-même des siens si elle y ve-
noit (2) .
Gonthier , archevêque de Cologne , dans le diocèse duquel elle étoit , la voyant protégée par son roi , avoit peine à la renvoyer. C'est pourquoi il consulta sur ce sujet Hincmar de Reims au nom de toute l'assemblée , et sa con sultation étoit conçue en ces termes (3) : Si la femme de Boson vient à moi et se confesse publiquement, disant : J'ai commis un adultère contre mon mari ; c'est pourquoi la crainte de la mort m'a fait recourir à vous , qui êtes le vicaire d< Dieu , pour sauver mon âme et nie conserver la vie. l)ois-je, disoit Gonthier, lui imposer pénitence publique, qu'elle accomplisse dans mon diocèse où elle s'est retirée, ou bien la renvoyer à son mari,^ condition qu'il ne la fera point mourir , sous peine d't^tre excommunié , et qu'après qu'elle aura lait sa pénitence il la reprendra comme sa femme ?
Hincmar, n'ayant pu répondre sur-le-champ, le fit par un écrit où il dit : Cette femme ayant épousé Boson , qui est d'un autre diocèse et d'une autre province , n'en doit point être séparée sous prétexte de pénitence. Il ne l'accuse point d'adultère , il se plaint seulement qu'elle l'a quitté, et qu'elle demeure dans dautri;s royaumes depuis environ trois ans , quoiqu i l'ait plusieurs fois invitée à revenir, et qu'l soit prêt à lui pardonner, suivant l'ordre du
(l) Nicol.
(3) Hincm. Opusc. 38. t.
,„, ^. 2, p. 008 i lo. 8, CoDC. p
— (i) Episl. I, App. 2, p. IWO.
(1) Opusc.37,to.2,p.0i7. (2) N. 8, 3, 4, 5, p. 955. 1 580.
An de J.-C. 861. j
pape. Il faut donc que le roi, dans les états duquel elle demeure, la fasse ramener à son mari suivant le trailé fait entre nos rois, de se rendre 1 un à l'autre les fugitifs; et que vous, dans le diocèse duquel elle est , preniez de son mari les sûretés nécessaires de la traiter raisonnablement. Car vous avez ce droit , puisqu eUe s est mise sous la protection de l'Eglise Que SI Boson fausse son serment, son évéque diocésain le jugera suivant les canons, et si la femme est convaincue d'adultère par sa confession ou autrement , c'est au même évêque à la mettre en pénitence. Agir autrement, c'est troubler 1 ordre de la religion et attirer des reproches au sacerdoce(l). Car les méchants diront : l-aisons ce que nous voudrons, nous aurons recours à l'Eglise ou à l'évéque, et nous demeurerons impunis.