IX. Affaire d'Etienne et de Raymond
Ce même concile reçut des lettres d'un comte, nommé Raymond, contre Etienne, son gendre qui ne vouloit point habiter avec sa femme, parce qu'il disoit avoir eu un commerce criminel avec une parente de la même femme (5). Comme cette affaire faisoit du bruit depuis environ trois ans , et que le beau-père et le gendre étoient des seigneurs puissants, dont la querelle pouvoit troubler l'Eglise et l'état, le concile jugea à propos d'en prendre connoissance, et fît venir Etienne, qui étoit présent à la cour, étant au service du roi. Il demanda à parler aux évéques en particulier , et leur dit : J'ai autrefois eu commerce avec une femme , par fragilité de jeunesse. Depuis , étant Cancé avec la tille du comte Raymond , j'ai fait réflexion qu'elle étoit parente de cette femme; j'ai consulté mon confesseur , qui m'a montré un livre
(1) Lup. Epist. 122.
(2) Cau. 2.
(5) P.716.Hincm.Opusc.
(Il
0 '[ il'.'
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
qu'il nommoit , je pense , les canons ; il y a lu en ma présence , que tant que l'on peut compter la parenté , il n'est permis à aucun chrétien d'épouser sa parente , ou avoir commerce avec deux parentes ; et que Ton ne pouvoit remédier à cette conjonction incestueuse que par la séparation mutuelle. Cependant il arriva de la division entre le roi, mon maître, et moi ; en sorte que je ne pouvois plus demeurer en sûreté dans son royaume. D'ailleurs, Raymond et sa famille me pressoient d'accomplir le mariage. Ainsi, ne pouvant plus reculer, et voyant ma vie en péril, je le contractai, mais sans le consommer , pour ne pas perdre avec moi cette fille innocente. Je vous déclare devant Dieu ce qui s'est passé , sans y être poussé par aucune haine ni par amour d'aucune autre femme. Je suis prêt d'en faire serment, ou d'en donner telle autre preuve qu'il vous plaira , et de suivre en tout votre conseil.
Après qu'Etienne eut ainsi parlé , les évéques le firent retirer; on opina, et on résolut que les archevêques de Bourges et de Bordeaux, dans les provinces desquels étoient les parties , assembleroient leurs sutîragants en un concile , où le prince assisteroit avec les seigneurs du pays , pour faire en sorte d'accommoder cette affaire ; et que les évêques la décideroient selon les canons. Etienne accepta volontiers cette proposition , et le concile deTousi chargea larchevêque Hincmar de dresser une instruction, où, aprèsavoir rapporté le fait, il expliquât son avis sur le droit pour décider celte question.
Hincmar le fit par un écrit adressé à Rodulfe de Bourges et à Frotaire de Bordeaux , où il dit qu'Etienne doit amener au concile qui se tiendra en Aquitaine , la fille qu'il a épousée , afin qu'elle soit interrogée , s'il est vrai qu'il ne lui ait point encore touché (1). Si elle en convient , il faut examiner , autant qu'il sera possible, si Etienne n'a point eu quelque mauvaise raison d'en user ainsi ; mais il n'est point obligé de nommer la parente avec laquelle il dit avoir eu commerce auparavant , pour ne pas rendre publique sa confession. Le fait supposé tel qu'il l'a déclaré, son mariage avec la fille de Raymond est nul , il ne l'a contracté que par crainte, et ne pouvoit le consommer que par un inceste , par conséquent ils doivent être séparés, et sont libres de se marier à d'autres (2). Mais Etienne perdra ce qu'il a donné à la fille de Raymond, et fera pénitence du crime commis avec la parente , et de l'abus qu'il a fait du sacrement de mariage en le contractant contre sa conscience. TeÙe est la décision d' Hincmar.