‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 669 sur 2407 · XV. Lettre de Photius au pape · texte numérisé non relu

XV. Lettre de Photius au pape

Cependant les légats Rodoalde et Zacharie retournèrent à Rome , chargés de présents par Photius, et dirent seulement de bouche au paF quli^nace avoit été déposé, et l'ordination ut Photius confirmée (1). Mais, deux jours apre^^ arriva le secrétaire Léon, ambassadeur de l empereur, qui présenta au pape une lettre de son maître avec deux volumes, dont l un contenoa les actes de la déposition d'Ignace, et lau rt. les actes touchant les saintes images. ^YJL de l'empereur Michel tendoit à persuader au pape de confirmer la déposition ^» «î?"^^^!^ J,^ l'ordination de Photius, et elle etoit accon pa^ gnéc d'une lettre de Photius, ou il PJ'-^f »' '"' même sa cause avec tout l'artifice de la r\uw rique ; en voici la substance :

(1) Nicet. p. 1214.Nicol. Ep. 10; pag. 354, E.

Rien n'est plus précieux que la charité (1) qui réconcilie les pères aux enfants , les amis aux amis, et réunit les personnes les plus éloignées. C'est elle qui m'a persuadé de souffrir les reproches piquants de votre sainteté , et de ne les attribuer à aucun mouvement de passion, mais à votre zèle pf)ur la discipline de l'Eglise. Mais, usant de la liberté qui doit être entre des frères et entre les pères et les enfants, je vous écris pour me défendre et non pour vous contredire-, au lieu de me reprendre, vous deviez avoir pitié de moi, puisque j'ai été forcé; Dieu, à qui rien n'est caché, sait la violence que j'ai soufferte. On m'a mis en prison comme un criminel, on m'a donné des gardes, on m'a élu malgré moi ; je pleurois, je me ballois, je m'affligeois, tout le monde le sait. Ne devois-je donc pas plutôt recevoir des consolations que des reproches ?

J'ai perdu la paix et la douceur de la vie que je goùlois chez moi au milieu d'une troupe de savants amis, dans l'étude de la sagesse et des sciences et la recherche de la vérité. Je n'avois rien à démêler avec personne, au contraire, la réputation de mes amis m'en altiroit d'autres. J'allois souvent au palais, ils m'y accompagnoient ; j'y deineurois tant qu'il me plaisoit, et toujours plus qu'ils ne vouloienl; j'ai perdu tous ces avantages , et c'est la source de mes larmes; car jesavois, avant même que de l'avoir éprouvé, les soins et l'embarras de la place où je suis maintenant, l'indocilité du peuple, son humeur séditieuse, son insolence envers les supérieurs. Il murmure si on lui refuse ce qu'il demande ; si vous lui accordez, il vous méprise, croyant l'avoir emporté de hauteur. Il faut continuellement se contraindre, paroître gai quand on est triste, en colère sans l'être, déguiser son visage, au lieu qu'avec ses amis on paroît tel que l'on est. 11 faut, en la place où je suis, souvent reprendre ses amis, mépriser ses parents , être fâcheux à tous les pécheurs, s'attirer la haine de tous côtés. Que n'ai-je point à souffrir en combattant la simonie , la licence de parler dans les églises , le mépris du salut pour s'appliquer aux choses vaines? Je prévoyois tout cela , et c'est ce qui me faisoit fuir.

Mais à quoi bon l'écrire? On me fait tort si on le croit de n'avoir pas pitié de moi ; et , si on ne le croit pas, on me fait tort de ne me pas croire quand je dis la vérité. Mais, dit-on , Vous ne deviez pas souffrir celte violence. A qui s'en faut-il prendre , si non à ceux qui me ïont faite? Mais on a violé les canons qui défendent d élever un laïque à l'épiscopat. Qui )^a violés, celui qui a fait violence ou celui 3 qui on l'a faite? Il falloit résister; j'ai résisté, ^*1 plus qu'il ne falloit, et si je n'avois craint «ne plus cruelle tempête, j'aurois résisté jusqu'à la mort. Au reste, l'église de Conslantinople n'a point reçu jusqu'ici

ces canons

qu'on dit avoir été violés. C'étoient le concile de Sardique et les décrélales des papes Célestin , Léon et Gelase, que Nicolas avoit allégués dans sa première lettre à Photius.

11 continue (1) : Je pourrois en demeurer là , car je ne prétends pas me justifier. Je n'ai jamais désiré cette place, et j'y demeure malgré moi ; mais il faut justifier nos pères, Nicéphore et Taraise , que l'on blâme à cause de moi. On dit qu'ils ont été ordonnés évêques contre les régies , parce qu'ils ont été tirés de l'état laïque ; mais ils ne connoissent point ces règles , et ils ont observé fidèlement celles qui leur étoient connues. Chacun doit garder les siennes , et il y a plusieurs canons que les uns ont reçus, dont les autres n'ont pas même ouïparler ; ainsi, les uns coupent leur barbe, il est défendu aux autres de la couper ; nous ne jeûnons qu'un samedi , d'autres en jeûnent davantage. A Rome, on ne trouve point de prêtre marié ; nous avons appris d'ordonner prêtres ceux qui se contentent d'un seul mariage ; nous condamnons celui qui ordonne évêque un diacre; sans l'ordonner prêtre, d'autres le tiennent indifférent. On n'exige de personne d'observer la loi qu'il n'a pas reçue , pourvu qu'il ne viole ni la foi , ni les ordonnances générales.

Loin de blâmer ceux qu'on tire de l'état laïque pour les élever à l'épiscopat, ils sont dignes de grandes louanges d'avoir si bien vécu , qu'on les ait préférés à ceux qui étoient déjà dans le sacerdoce. Ce n'est ni l'habit, ni la figure des cheveux, ni la longueur du temps, ce sont les mœurs qui rendent digne de l'épiscopat (2). Je ne le dis pas pour moi, qui n'avois ni les mœurs, ni l'habit, je le dis pour Taraise, mon grand-oncle, et pour Nicéphore. Je le dis pour Ambroise , que les Latins, je le sais , auroient honte de condamner , lui qui est la gloire de leur pays, et qui a composé en leur langue tant d'écrits si utiles. Ils ne condamneront pas non plus Nectaire (3) s'ils ne veulent condamner avec lui le concile général qui confirma son ordination. Et toutefois, Tun et l'autre non-seulement n'étoit que laïque , mais n'étoit pas même baptisé , quand il fut élevé à l'épiscopat. Je ne parle point maintenant de Grégoire , le père du théologien , de Thalassius de Césarée , et des autres évêques à qui on n'a jamais reproché d'avoir été promus de la sorte.

Je ne dis pas pour disputer, puisque j'ai consenti que l'on défendît en plein concile ^ qu'à l'avenir aucun laïque ou moine ne fût ordonné évêque sans avoir passé par tous les degrés (4). Car nous sommes toujours prêts à lever les sujets de scandale , quand nous le pouvons innocemment. C'eût été faire injure à nos pères d'établir pour le passé la règle que vous observez ; mais il n'y a aucun inconvénient

(t? Ap. Dai. an. »01.

(1) Epist. 3.

(2) Sup. !. XLIV, 25 ; XLV, U. 33.

(3) Sup. I. XVIJ, n. 5.

(i^ Can. n, sup.

Ifi

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An de J.-G. 861

An de J.-C. êôl. ]

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