‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 673 sur 2407 · XIX. Artifices de Photius · texte numérisé non relu

XIX. Artifices de Photius

Photius , loin d'avoir égard à la lettre du pape , en supposa une contraire par cet artifice (2). Un étranger, nommé Euslrate, portant l'habit de moine, et jusqu'alors inconnu à Constantinople , entra un jour dans le palais patriarcal , et , en présence de tout le monde , dit à Photius qu'il avoit été envoyé à Rome par Ignace , dont il lui rendit une prétendue lettre adressée au pape Nicolas , où il expliquoit clairement la persécution qu'il avoit soufferte. Mais le pape, disoit Euslrate, n'a pas daigné seulement la regarder , ce qui m'a obligé de la rapporter. En même temps, il rendit à Photius une autre lettre écrite au nom du pape Nicolas , qui lui faisoit des excuses dé la mésintelligence qui avoit été entre eux, et établissoit avec lui pour l'avenir une communion et une amitié inviolable. Photius porta aussitôt ces lettres à l'empereur et au césar Bardas, pour les animer contre Ignace, comme les décriant chez les étrangers. Alors on donna des gardes à Ignace, on commença à s'informer conunentla chose s' étoit passée. On interrogea Eustrate, et on lui demanda qui lui avoit donné la lettre d'Ignace au pape. Il dit que c'étoitCyprien, disciple d'Ignace. On le pressa pendant près d'un mois de l'indiquer; et enfin il se trouva qu'il neconnoissoit ni Cyprienni aucun des gens d'Ignace. L'imposture étant ainsi dé-

couverte , Bardas fit fouetter rudement Eustrate, nonobstant les pressantes sollicitations de Photius qui, pour le consoler, lui procura une charge qui le mettoit à la tête des ministres de justice. 11 fut avéré depuis que Photius avoit lui-même fabriqué les lettres et conduit toute la fourberie.

Quelque temps après, Photius fut averti qu'Ignace avoit rétabli un autel que les Russes avoient renversé dans l'ile où étoit son monastère. Il en fit ses plaintes à l'empereur, comme d'un grand crime, prétendant qu'étant déposé il ne pouvoit plus faire aucune fonction épiscopale (1). On envoya sur les lieux deux métropolitains avec un sénateur, qui firent arracher l'autel, le portèrent sur le bord de la mer, l'y lavèrent quarante fois et le remirent. Cependant Photius dissimuloit les impiétés de l'empereur , qui continuoit de se jouer des cérémonies de la religion, et de les contrefaire avec les compagnons de ses débauches (2). Basile, archevêque de Thessalonique, vieillard vénérable, eut le courage de l'en reprendre, à l'occasion d'un tremblement de terre qui arriva à Constantinople le jour de l'Ascension, huit cent soixante, disant que ces impiétés attiroient la colère de Dieu. Mais l'empereur, irrité, lui fit donner des soudlels, dont les dents lui tombèrent, et déchirer le dos à coups de fouet, en sorte qu'il en pensa mourir. Photius, au contraire, faisoit assidûment sa cour à l'empereur, et mangeoit à sa table avec ses bouffons sacrilèges. L'empereur en railloit lui-même et disoit = Théophile est mon patriarche, c'étoit le chef de ses plaisants, Photius est celui du césar, et Ignace celui des chrétiens (3).

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