XVII. Soumission de Jean, archevêque de Ravcnne
La même année, huit cent soixante-un , le pape Nicolas tint un concile à Rome, au sujet de Jean, archevêque de Ravenne (3), contre k»quel plusieurs habitants de celte ville étoient venus porter leurs plaintes au pape. Il l'exhorta souvent à se corriger , mais il faisoit encore pis. Il détournoit les uns d'aller à Rome , il excommunioit les autres sans sujet ; il s'emparoit des biens de quelqut»s-uns , sans quils lui fussent adjugés par justice ; il usurpoil des terres de l'église romaine pour les attribuer à celle de Ravenne, et en supprimoit les titres ^ il méprisoit les envoyésj du pape ; il déposoit sans jugement canonique des prêtres et des diacres, non-seulement de son clergé , mais dépendants du saint-siège, et résidants dans la province d'Emilie ; il en mettoit en prison et dans les cachots. 11 en contraignoit d'autres à confesser par écrit des crimes qu'ils n'a voient pas commis. 11 prétendoit n'être point obligé d'aller à Rome au concile quand le pape l'y appeloit; et il avoit falsifié les soumissions que ses prédécesseurs faisoient à leur entrée au pontificat, et qui demeuroient dans les archives.
Le pape l'appela trois fois par lettres à son concile, et, comme il n'y vint point, il fut excommunié. Alors il alla à Pavie trouver l'empereur Louis, et obtint de lui des députés, avec lesquels il arriva à Rome , fier de cette protection. Le pape reprit doucement les députés de ce qu'ils avoient communiqué avec un excommunié ; ils en témoignèrent du re-
(1; Can. 13, 1. iv, 15.
(2) Episl. I, Sup. n. 11.
(1) Nic.Ep.lO,p.35i,E.
(2) lipisl. IJ, p. 38i, A.
(3) Anast.inNicol.p.255.
gret, et le pape manda à l'archevêque Jean de se trouver le premier de novembre au concile qui l'a voit excommunié, pour y rendre compte de sa conduite ; mais l'archevêque se retira. Alors des habitants d'Emilie et des sénateurs de Ravenne vinrent avec un grand peuple se jeter aux pieds du pape , et le prier de venir à Ravenne pour s'instruire par lui-même elles délivrer d'oppression. Il y alla ; mais Jean ne l'attendit pas et retourna à Pavie trouver l'empereur. Le pape ût un décret par lequel il rendoit aux habitants de Ravenne, de l'Emilie et de la Pentapole, les biens usurpés par l'archevêque Jean et par Grégoire , son frère.
Mais à Pavie, les citoyens et l'évéqueLuithard, consacré par le pape, sachant que l'archevêque de Ravenne étoit excommunié , ne voulurent point le recevoir dans leurs maisons, ni souffrir que l'on vendît rien à ses gens, ni même leur parler; au contraire, quand ils en voy oient passer quelques-uns dans les rues , ils crioient : Voilà de ces excommuniés, il ne nous est pas permis d'en approcher. Cependant l'archevêque sollicitoit la protection de l'empereur, qui lui ûl dire qu'il aille s'humilier devant le pape, à qui nous nous soumettons avec toute l'Eglise ; il n'obtiendra point autrement ce qu'il désire. L'empereur lui donna toutefois encore des envoyés, avec lesquels il vint à Rome , et le pape leur dit : Si l'empereur connoissoit bien la conduite de cet archevêque, non-seulement il n'intercéderoit pas pour lui, mais il nous l'enverroit pour le corriger. Alors le pape, ayant assemblé les évêques de plusieurs provinces , manda à l'archevêque de comparoltre à ce concile. Après trois citations , l'archevêque , se voyant . ds secours , tomba dans une grande tristesse , et flt prier le pape d'avoir pitié de lui , puisqu'il étoit prêt à faire tout ce qu'il ordonneroit. Le pape résolut de le recevoir ; et l'archevêque renouvela l'acte de soumission au pape, qu'il avoit mal fait au temps de son ordination , et le confirma publiquement par serment sur la croix et sur les Evangiles.
Le lendemain , le pape vint à l'église de Latran avec tous les évêques et tout le clergé. L'archevêque Jean s'y purgea d'hérésie dont il étoit accusé ; et le pape le reçut à la communion , et lui permit de célébrer la messe. Le jour suivant il lui flt prendre place dans le concile. Les évêques de l'Emilie , appuyés de quelques habitants de cette province et de Ravenne , donnèrent une requête contre lui , se plaignant de plusieurs abus, dont le pape, de l'avis de tout le concile, ordonna la correction ; et le décret en fut formé en ces termes au nom du pape , parlant à l'archevêque Jean : Nous vous ordonnons de venir tous les ans à Rome. Vous ne consacrerez les évêques de l'Emilie qu'après l'élection du duc, du clergé et du peuple , et la permission par écrit de celui qui remplira le saint-siège. Vous ne les empêcherez point de venir à Rome quand
ils voudront , et n'exigerez rien d'eux contre les canons ou contre leurs privilèges. Vous ne vous mettrez en possession des biens de personne qu'ils ne vous soient adjugés juridiquement à Ravenne , en présence du pape ou de son envoyé et des vôtres.
XVni. Lettres du pape à Michel et à Photius.
Après que le pape Nicolas eut déclaré à Léon, ambassadeur de Constantinople, qu'il ne pouvoit approuver ce que Ton avoil fait contre Ignace et pour Photius ; il le renvoya chargé de deux lettres, l'une à Photius , l'autre à rempereur Michel (1). Dans la lettre à Photius , il le qualiûe seulement homme trèsprudent , pour montrer qu'il ne le reconnoît que pour laïque, et il répond aux exemples qu'il avoit allégués par sa grande lettre pour autoriser son ordination. Nectaire fut choisi par nécessité , parce qu'il ne se trouvoit personne dans le clergé de Constantinople qui ne fût infecté d'hérésie (5). L'ordination de Taraise fut blâmée par le pape Adrien ; et il n'y consentit qu'à cause de son zèle pour le rétablissement des saintes images. Saint Ambroise fut choisi par miracle , et fit ce qu'il put pour se cacher. IVIais vous, continue le pape, qu'avezvous de semblable, vous qui non-seulement avez été pris entre les laïques , mais qui avez usurpé le siège d'un homme vivant? Vous dites que vous ne recevez ni le concile de Sardique ni les décrétales des papes; nous ne le pouvons croire. Le concile de Sardique a été tenu en vos quartiers , et est reçu dans toute l'Eglise : les décrétales sont émanées du saint-siège, qui par son autorité confirme tous les conciles .
Vous dites que vous avez été élevé par force au siège patriarcal (3); cependant , quand vous y avez été une fois établi , vous n'avez pas agi en père : vous vous êtes montré sévère jusqu'à la cruauté , en déposant des archevêques et des évêques , et en condamnant Ignace, que vous prétendez avoir déposé, tout innocent qu'il est. Mais jusqu'à ce que nous voyions clairement son crime, nous ne le tiendrons jamais pour déposé, ni vous par cx)nséquent pour patriarche de Constantinople. Quant aux diverses coutumes que vous alléguez selon la diversité des églises , nous ne nous y opposons point, pourvu qu'elles ne soient point contraires aux canons; mais nous ne voulons pas laisser établir chei vous celle de prendre de simples laïques pour les faire évêques. Cette lettre est datée du dix-huitième de mars^ indiction dixième , c'est-à-dire Tan huit cent soixante-deux.
La lettre à l'empereur contient les mêmes protestations pour Ignace et contre Photius (4).
(1) Wic.Ep.O, p.356,D.
Nicol. Ep. 6.
(3) Sup. Uv. xuv, n. 85.
(4) Episl. d,
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[Ad de J.-C. 861.
Nous avons en main , dit le pape , vos lettres , tant à Léon, notre prédécesseur, qu'à nous , par lesquelles vous rendiez témoignage à la vertu d'Ignace et à la régularité de son ordination ; et maintenant vous dites qu'il a été chassé comme chargé de grandes accusations , et vous alléguez pour cause de sa déposition d'avoir usurpé le siège par la puissance séculière. Enûn,vous dites que le concile qui l'a déposé étoit aussi nombreux que le concile de Nicée ; mais ce n'est pas le nombre des évéques que nous considérons dans les conciles , c'est leur avis que nous pesons.
En même temps, mais apparemment par une autre voie , le pape envoya une troisième lettre adressée à tous les fidèles d'Orient , où, après leur avoir expliqué sommairement l'affaire et la prévarication de ses légats, il dit (1 ) : Sachez que nous n'avons aucunement consenti ni participé à l'ordination de Photius et à la déposition d'Ignace. Et adressant la parole en particulier aux trois patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, aux métropolitains et aux évêques : Nous vous envoyons , dit-il , et vous ordonnons par l'autorité apostolique d'être dans les mêmes sentiments à l'égard d'Ignace et de Photius , et de publier cette lettre dans vos diocèses , afin qu'elle vienne à la connoissance de tout le monde.