‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 688 sur 2407 · XXXIII. Rébellion de Gonthier contre le pape · texte numérisé non relu

XXXIII. Rébellion de Gonthier contre le pape

Theutgaud et Gonthier ne furent pas plus soumis. Ils allèrent trouver l'empereur Louis qui etoit alors à Bénévent , et se plaignirent hautement d'avoir été injustement déposés (5). yue c étoit lui faire injure de traiter ainsi des ambassadeurs du roi, son frère, qu'il avoit lui-même envoyés à Rome, et qui y étoient ailes sur sa parole. Que cette injure retomboit

(1) Ann. Met. 865. Nie.

Epist. 58.

(2) Sup. n. 10.

(i) Anast.ibid.Sup.n.17 (5) Ann. Met. 865. Berlin. 86*.

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HISTOIRE DU CHRISTIANISME

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sur toute l'Eglise ; et qu'on n'avoit jamais ouidire qu'un métropolitain fut dégradé que du consentement du prince, et en présence des autres métropolitains. Ils ajoutèrent beaucoup d'injures contre le pape, et échauffèrent si bien l'empereur, que, transporté de colère, il alla à Rome, accompagné de l'impératrice, sa femme, et des deux archevêques, résolu de maltraiter le pape s'il ne les rétablissoit. Alors Gonthier, car c'étoitlui qui remuoit toute celte affaire, envoya à ses confrères, les évéques du royaume de Lothaire , un écrit où il faisoit parler Theutgaud avec lui , et disoit en substance (1) : Nous vous supplions, mes frères , de prier pour nous sans vous troubler des bruits fâcheux que l'on pourra répandre. Car , encore que le seigneur Nicolas , que l'on nomme pape , qui se compte apôtre entre les apôtres , et se fait empereur de tout le monde , à l'instigation de ceux qu'il favorise, nous ait voulu condamner; toutefois, grâce à Dieu, nous avons entièrement résisté à sa folie, et il s'est bien repenti de ce qu'il a fait. Nous vous envoyons les articles suivants pour vous faire connoilre les sujets de plainte que nous avons contre lui. Visitez souvent notre roi, encouragez-le par vos discours et par vos lettres , et lui conciliez tous les amis que vous pourrez , principalement le roi Louis : gardons-lui nous-mêmes inviolablement la foi que nous lui devons. Après cette lettre, étoient les nv proches contre le pape , divisés en sept parties , et conçus en ces termes :

Ecoutez, seigneur pape Nicolas, nous avons été envoyés par nos confrères, et sommes venus vous consulter sur ce que nous avions jugé ensemble (2); vous montrant , par écrit, les autorités et les raisons que nous avons suivies, afin d'en savoir votre sentiment; vous demandant humblement de nous instruire, et prêts à suivre ce que vous nous montreriez de meilleur. Mais après que nous avons attendu trois semaines votre réponse, vous ne nous en avez point fait de précise : seulement vous nous avez dit un jour en public que, suivant l'exposé de notre libelle , nous paroissions excusables. Enfin, vous nous avez fait amener en voire présence, et lorsque nous ne nous défions de rien on a fermé les portes , et nous nous sommes trouvés accablés d'une troupe confuse de clercs et de laïques. Là, sans concile, sans examen canonique, sans accusateur , sans témoins , sans nous convaincre par raison ou par autorité, sans avoir notre confession, en l'absence des autres métropolitains et des évéques nos suffragants, vous avez prétendu nous condamner à votre fantaisie , et par votre fureur tyrannique. Mais nous ne recevons point votre maudite sentence, éloignée de la charité d'un père et d'un frère : nous la méprisons comme un discours injurieux ; nous vous rejetons vous-même de notre communion.

(1) Ann. Berlin et Fuld. (2) C. 2, 3, 4, 5, 6, 7.

comme communiquant à des excommuniés, nous nous contentons de la communion de toute l'Eglise et de la société de nos frères, que vous méprisez , et dont vous vous rendez indigne par votre hauteur et votre arrogance. Vous vous condamnez vous-même , en disant analhème à qui n'observera pas les préceptes apostoliques que vous violez le premier; anéantissant, autant qu'il est en vous, les lois divines et les sacrés canons, et ne suivant pas les traces des papes vos prédécesseurs. Maintenant donc, ayant devant les yeux, non pas nos personnes , mais tout notre ordre que vous voulez opprimer, nous proposons le sommaire de notre jugement. La loi divine et canonique prouve très -bien , et les lois du siècle s'y accordent, qu'il n'est point permis de donner pour concubine une fille née libre, principalement contre sa volonté. Et, qu'étant conjointe à un homme du consentement de ses parents par la foi et l'affection conjugale , elle doit être réputée épouse , et non pas concubine. Ils vouloient parler de \aldrade,qu ils prélendoient avoir épousé Lothaire avant Thietberge. Le pape, ayant appris que l'empereur Louis venoit à Rome, ordonna un jeùm» avec d(^ processions pour prier Dieu d'inspirer à ce prince de meilleurs s<mtiments, et plus de respect pour le siiint-siége. Louis, en arrivant, se logea près de Saint-Pierre, et comme le peuple qui y venoit en procession mon toit les degrés de l'église , les gens de l'empereur se jetèrent sur eux, les renversant par terre, les battirent , les mirent en fuite , après avoir rompu les croix et les bannières. En ce tumulte, une croix offerte à saint Pierre par sainte Hélène, et renfermant du bois de la vraie croix, fut brisée et jetée dans la boue; mais des Anglois la ramassèrent et la rendirent aux trésoriers. Le pape, qui étoit au palais de Latran, ayant appris cette violence et qu'on alloit venir le prendre lui-même, se mil dans un bateau et vint par le Tibre à Saint- Pierre , où il demeura deux jours sans boire ni manger. Cependant, celui qui avoil brisé la croix de sainte Hélène mourut , et la fièvre prit à l'empereur. C'est jxmrquoi il envoya au pape l'impératrice, sur la parole de laquelle le pape le vint trouver, et après qu'ils eurent conféré ensemble, et furent convenus de tout, le pape revint au palais de Latran, et l'empereur ordonna aux deux archevtVjut^ de retourner en France , dégradés comme us

étoient.

Gonthier, au désespoir de se voir ainsi abandonné, envoya son frère Hilduin, w même que Lothaire avoil voulu fiiire évêque de Cambrai, porter au pape la protestation qu'il avoit envoyée aux évoques du royaume de Lothaire , avec ordre , si le pape ne vouloit pas la recevoir , de la jeter sur le tombeau de saint Pierre (1). Le pape la refusa en effet , et

(1) Ann. Bert. 8Ci.

An de J.-C.864. J

Hilduin , armé, tout clerc qu'il étoit, entra sans respect dans l'église de Saint-Pierre SUIVI des gens de l'archevc^ue, son frère- et comme les custodes s opposoient à son dessein 11 les repoussa à coups de bâton , dont un d eux tomba mort sur la place. Il jeta donc

I écrit sur le corps de saint Pierre, et sortit de 1 église avec les siens l'épée à la main L empereur Louis sortit de Rome peu de jours après, et pendant son séjour, les gens de sa suite pillèrent et brûlèrent plusieurs maisons!

V olerent des femmes et même des religieuses.

II alla a Ravenne , où il célébra la pàqle, qu cette année, huit cent soixante-quatre, étoit le second lour d'avril '

Gontliier étoit déjà de retour à Cologne , où, ne comptant pour rien la sentence donnée pa^ le pape, il célébra la messe le jeudi-saint et consacra e Sciinl-chrême. Mais Theutgaud de

iS H f ':^^P^^t"eu^ envers le saint-siège, saftstiiit de faire aucune fonction. Le roi Lo^ thaire ne voulut point ouïr la messe de Gonuiier, ni communiquer avec lui; même il le

cCn h' '''f'^'^^' ^' Cologne, à la solli! citation des autres evêques ; mais il ne les con-

^ermi^n'/''"' ^^J'^'^^ ^ ^^S^es, cousin Œ " 'v' ^^^'*'^'' qui n avoit que lor-

JÂL'^'^'f^'T^ ^^ ^^"^^^^ mœurs n'éloient pas dignes d un bon laïque. Gonthier, outréde

so?Ho fr^^^YT.^""' ^^ ^"' ''^^t«»t du trésor de 1 eghse de Cologne, et retourna à Rome pour découvrir au pape tous les artifices dont Lothaire et lui avoient usé dans 1 affaire de Thietberge et de Yaldrade.

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