XXXVI. Rothade absous à Rome
Ce fut apparemment en ce même concile où Rothade, évéque de Soissons, fut rétabli (2). Car le roi Charles , obéissant enfin aux ordres du pape, avoit envoyé à Rome Rothade, accompagné de Robert , évéque du Mans , qui étoit chargé des lettres du roi ; et les évéques de son royaume envoyoient aussi des députés avec des lettres au pape. Celle d'Hincmar est restée, où il traite à fond la matière. Nous n'avons point méprisé , dit-il , l'appel de Rothade au saint-siège; mais, comme il avoit appelé à des juges qu'il avoit choisis, nous l'avons jugé , à la charge de vous en rendre compte. Car Dieu nous garde d'avoir si peu de respect pour le saint-siège , que de vous fatiguer de toutes les choses des clercs inférieurs et supérieurs , que les canons et les décrets des papes ordonnent de terminer dans les conciles provinciaux. Que si , en la cause d'un évéque, nous ne trouvons point de décisions certaines dans les canons , alors nous devons avoir recours à l'oracle, c'est-à-dire au saint-siège. Même, si un évéque a été déposé par le concile de la province , et n"a point choisi des juges d'appel , il peut appeler au pape, suivant le concile de Sardique. Il n'y a que les métropolitains qui doivent être jugés en première instance par le pape, dont ils reçoivent le pallium.
Quant à Rothade , Hincmar prétend l'avoir long-temps souffert et souvent averti , et n'en être venu à le juger qu'après l'avoir trouvé incorrigible. Depuis sa déposition, ajoute-t-il, j'ai obtenu que le roi , du consentement des évéques , lui donnât une très-bonne abbaye ,
(1) Nicol. Ep. 7, pag.
(2) Ann.Bcrt.Sfti.Hinc.
Opusc. 17. Ap. Flod. 111, Hist. c. U\ lo. 2, p, an.
afin qu'il vécût en repos. Mais on assure que des évéques du royaume de Lothairc , aigris contre nous de ce que nous ne sommes pas de leurs avis touchant Yaldrade , et des évéques de Germanie, poussés par leur roi , dont je n'ai pas pris le parti , comme Rothade , pour dépouiller son frère de son royaume ; on prétend que ces évéques ont excité Rothade à remuer, se faisant fort d'obtenir de vous son rétablissement (1). Maintenant, suivant vos ordres, nous avons obtenu du roi de vous l'envoyer ; mais nous ne l'avons pas rétabli. Premièrement , parce qu'il étoit déjà parti , et qu'il étoit impossible d'assembler un concile , comme il eût été nécessaire. Ensuite , parce que les évéques , qui connoissent son indignité et sa négligence pour ses devoirs, se moqueroient de moi, et croiroient que j'aurois perdu l'esprit, si je parlois de son rétablissement Et ensuite : Si vous le rétablissiez , le connoissant tel qu'il est, nous n'aurions point la conscience chargée des âmes que vous lui auriez confiées , et je le souffrirois pati(*mment; nous savons tous la soumission que nous devons au saint-siège. Vous voyez bien , toutefois , que ce seniit fomenter en ces pays-ci le mépris des supérieurs et la liberté de violer les canons 2). Les ecclésiastiques, et encore plus les séculiers , ne méprisent déjà que trop nos jugements , disant ce que je ne dois pas vous rapporter, pour ne pas vous déplaire. Si désormais dans nos provinces quelqu'un commet des actions dont la plainte puisse vous être portée comme cause majeure, je l'avertirai, pour ne me pas rendre coupable devant Dieu. S'il se corrige, à la bonne heure; sinon, je le renverrai à votre jugement, et, s'il n'y veut pas aller, il fera cequ'illui plaira, pour moi j'en serai déchargé. Je serai obligé d'en user ainsi , pour ne pas recevoir si souvent de votre part des lettres contenant des menaces d'excommunication, quoique les pères marquent qu'il n'en faut user que rarement, et pour grande nécessité. Que, si les discours des méchants prévalent contre nous , nous ne devons pas beaucoup nous mettre en peine de tenir des conciles provinciaux.
Rothade et ceux qui l'accompagnoient , s'étant avancés vers l'Italie, l'empereur Louis , qui favorisoit son frère Lothaire contre le roi Charles , leur refusa le passage 3). Ainsi , les dépulés de Charles et des évéques se contentèrent de faire savoir au pape secrètement le sui'et de leur voyage, et s'en revinrent en France, lolhade, feignant une maladie , demeura à Besançon ; et après qu'ils furent partis il alla à Coire,etpar la recommandation des rois Lothaire et Louis de Germanie , il obtint de l'empereur la permission d'aller à Rome, où il arriva vers la fin d'avril huit cent soixantequatre. Après y avoir attendu six mois sans
Au de J.-C. 865.]
que personne se présentât pour l'accuser il donna au pape une requête , où il représente toute la vexation qu'il a soufferte, et demande que le pape prononce sur son appel (1).
Le pape avoit convoqué un concile pour le commencement de novembre , et y avoit annele tous les évéques de Gaules , de Germanie et de la province de Belgique, c'est-à-dire comme je crois, du royaume de Lothaire, pour v confirmer la déposition de Theulgaud et de Gonthier. lUevoil aussi traiter en ce concile de l affaire du roi Lothaire, et de celle du patriarche Ignace. Theulgaud et Gonthier y vinrent espérant obtenir leur rétablissement par la re^ commandation de l'empereur Louis ; mais le pape le refusa, quoique Gonthier même témoignai se repentir. Les autres évéques de Gaule et de Germanie, s'excusèrent d'aller à ce concile de Bome.
La veille de Noël huit cent soixante-quatre le pape, officiant à Sainle-Marie-Majeure suivant la coutume, monta sur l'ambon, et expliqua publiquement l'affaire de Rothade (2) rapportant sommairement les faits contenus dans sa requête, soutenant que quand même Il nauroit pas appelé, il ne devoit pas être dépose sans participation du saint-siége.Ensuile de lavis des évéques, des prêtres, des diacres et de toute 1 assemblée, il déclara que Rothade dépose au préjudice de son appel , et contre lequel depuis si long-temps qu'il étoit à Rome aucun accusateur n'avoit paru , devoit être revêtu d'ornements épiscopaux. Rothade les pntet protesta qu'il seroit toujours prêta répon-
dreasesparties.Lepapeattendilencorejusqu'au joiir de Sainte-Agnès, vingt-unième janvier nuit cent soixante cinq, et comme il ne se présenta personne contre Rothade , cet évèaue donna publiquement au pape, dans l'église de Mainte-Agnès hors la ville , un libelle contenant sa justification , avec promesse de répondre a ses accusateurs toutefois et quantes II fut lu devant toute l'assemblée , puis on lut la lormule de sa restitution ; après quoi du consentement de tous , Rothade célébra la jnesse Sf)lennellement dans l'église de Constan- "a, près celle de Saint-Agnès (3). Lelendefnain le concile s'assembla , et Rothade s'étant justifié , fut encore rétabli dans son premier elat, et renvoyé à son siège avec les lettres du pape, a la charge de répondreau saint-siège à ses accusateurs, s'il étoit poursuivi de nouveau