‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 694 sur 2407 · XXXVIII. Fin de saint Anscaire · texte numérisé non relu

XXXVIII. Fin de saint Anscaire

Au sortir d'Italie, Arsène prit son chemin par 1 Allemagne , mais, avant qu'il y arrivât , elle perdit sa plus grande lumière, saint Anscaire, archevêque de Hambourg et de Brème V ^^"i. encore six ans depuis l'union de ces deux églises, s'appliquant sans relâche au gouvernement de son troupeau (1). Il méloitdans ses prédications la sévérité et la douceur, en sorte que, par son visage et par ses paroles, il etoit terrible aux pécheurs, principalement aux puissants et aux rebelles; mais il étoit doux aux bons , alïable aux gens médiocres comme un frère, et aux pauvres comme un père. Ses aumônes étoient immenses; il fonda a Rrême un hôpital , où l'on traitoit les malades, et on recevoit les passants. Il avoit un soin particulier des anachorètes, hommes et femmes, et les visitoit souvent. Le carême il nournssoit quatre pauvres tous les jours' et dans ses visites il ne se meltoit point à table qu il ne les eût servis.

Il avoit un zèle particulier pour racheter les captifs. Les Nordalbingues, quoique chrétiens, prenoient ceux qui, se sauvant de chez les païens, se retiroient chez eux (2). Ils s'en servoient comme d'esclaves, ou les revendoient même à des païens. Saint Anscaire, l'ayant appris, étoit en p(»ine comme il pourroit empêcher ces crimes, dont plusieurs des plus puissants et des plus nobles étoient coupables. Toutefois encouragé par une vision qu'il crut venir de l^ieu , il y alla , et trouva dans les plus fiers une telle soumission , que l'on chercha de tous côtés ces pauvres captifs, et on les mit en liberté. Ce saint prélat avoit le don des miracles, Çt guérissoit un grand nombre de malades par la prière et l'onction de l'huile, et comme on en piirloil un jour devant lui , il dit à un de ses amis (3) : Si j'avois du crédit auprès de l^ieu, je le prierois de m'accorder un seul miracle, de faire de moi par sa grâce un homme de bien.

11 se proposoit d'imiter tous les saints , mais particulièrement saint Martin. 11 portoitjour «t nuit un ciliée sur la chair : tant qu'il fut vigoureux, il vivoit souvent de pain et d'eau, encore les prenoit-il au poids et à la mesure,

(1 Sup. I. \u\ Vita S.

Ansch. u. 64, lo. 0, Act.

principalement quand il se retiroit en solitude dans un logement qu'il avoit bâti exprès pour y être en repos , et y pleurer en liberté pendant les intervalles de ses fonctions pastorales Quand la vieillesse l'obligea d'augmenter la nourriture, il continua de ne boire que de l'eau et récompensoit l'abstinence par des aumônes' Pour exciter sa dévotion, il recueillit quantité de sentences de l'Ecriture, dont il remplit de gros livres écrits en notes de sa main. Il en liroit des oraisons qu'il disoit à la fin de chaque psaume , comme on en trouve encore en quelquesanciens psautiers. Ton s les matins il faisoit dire devant lui trois ou quatre messes tandis qu'il disoit son office, et ne laissoit pas de chanter la grande messe à l'heure convenable, s'il n'étoit empêché par quelqu'incomraodité. Souvent, en disant les psaumes, il Iravailloit de ses mains et faisoit des filets ( 1 ).

Il avoit toujours espéré de finir par le martyre; ainsi, quand il se vit attaqué par la maladie dont il mourut, il étoit inconsolable , et imputoit à ses péchés de se voir trompé dans cette espérance. Sa maladie fut une dyssenterie continuelle pendant quatre mois , qui Tépuisa tellement qu'il n'avoit plus que la peau et les os, et il la soufFroit avec une extrême patience. 11 régla les affaires de son diocèse, et fit recueillir tous les privilèges du saint-siège concernant la légation , en envoya des copies à tous les évéques du royaume de Louis, et au roi lui-même, le priant d'en favoriser l'exécution. Se voyant près de sa fin, la veille de la Purification, premier février huit cent soixante-six, il fit faire trois grands cierges, dont l'un futallumé devant l'autel de la vierge, un autre devant l'autel de saint Pierre , et le troisième devant l'autel de saint Jean-Baptiste, pour se recommandera leurs prières en ce terrible passage (2). Le jour de la fête, tous les prêtres qui se trouvèrent présents célébrèrent pour lui des messes , comme ils faisoient tous les jours. Il donna ordre que l'on fît un sermon , et ne voulut rien prendre que la messe solennelle ne fut finie. Après avoir pris un peu de nourriture, il employa tout le reste du jour et la nuit suivante à exhorter ses disciples, tantôt en commun , tantôt en particulier, pour les animer au service de Dieu, mais principalement à soutenir sa mission chez les païens. Comme on disoit pour lui les litanies et les psaumes des agonisants , il fit ajouter le Te Deuni et le symbole, attribués à saint Alhanase. Le jour venu, tous les prêtres célébrèrent encore la messe pour lui , il reçut le corps et le sang de Notre Seigneur, éleva les mains, et pria pour tous ceux qui l'avoient offensé , répéta plusieurs versets des psaumes, et mourut ainsi le troisième jour de février huit cent soixante-cinq, âgé de soixante- quatre ans, dont il avoit été trente-quatre évêque (3).

(3) N. 71. Adam lib. c.

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