LIVRE CINQUANTIÈME
les évéques ne peuvent être jugés défini tivepaent que par le saint-siège (1). Il est vrai en cx)re , que de n'être pas dans le corps des canons n'étoit pas une raison sufBsante pour les rejeter. Mais il falloit examiner si elles étoient véritablement des papes, dont elles portoient les noms, et c'est ce que l'ignorance de la critique ne permettoit pas alors. Dans le fond, les évéques de France avoient raison, et le lecteur peut voir par tout ce qu'il a lu jusqu'ici dans cette histoire, s'il y avoit un autre tribunal ordinaire pour juger les évéques que le concile de la province.
Arsène fut encore chargé (2) de quelques autres lettres. Une au roi Charles, pour l'exhorter à la paix avec l'empereur, son neveu , sans lui disputer le royaume de son frère , le jeune roi Charles, mort deux ans auparavant. Il y avoit une lettre à même Gn pour les évéques du royaume de Charles le chauve. Le pape les prie d'exhorter le roi à garder ses serments, et ajoute ces paroles remarquables (3) : Que l'empereur ne soit point obligé de tourner contre les fidèles le glaive qu'il a reçu du vicaire de saint Pierre pour s'en servir contre les infidèles. Qu'il lui soit permis de gouverner les royaumes qui lui sont échus par succession , confirmée par l'autorité du saint-siège, et par la couronne que le souverain pontife a mise sur sa tète. On voit que le pape vouloit tirer à conséquence la cérémonie du couronnement et la tradition de l'épèe qui en fait partie. Il ajoute une menace de la colère de Dieu à quiconque osera attaquer l'empereur , et déclare que lui-même le défendra de tout son pouvoir (4).
Quant à l'affaire du roi Lothaire , le pape écrivit aux évéques de son royaume de lui parler avec la liberté épiscopale , pour l'obliger à chasser 4 Valdrade , et le menacer , s'il ne le fait , de n'avoir plus de communion avec lui (3). Il les exhorte à agir de concert avec Arsène. Il y exhorte aussi Adon, archevêque de Vienne , par une lettre , où il dit d'abord , que le concile qui avoit été proposé , n'a pf)int été célébré à Rome , parce que les évéques françois qui l'avoient eux-mêmes demandé n'y sont pas venus, c'est-à-dire que ce concile n'avoit pas été aussi nombreux que le pape espéroit ; car il est certain qu'il en tint un à Rome à la fin de l'année précédente , où Rothade fut rétabli. Il se justifie ensuite du bruit que l'on répandoit , qu'il eût rétabli Theutgaud et Gonthier , et ajoute à la fin: J'ai trouvé ridicule une expression de votre lettre, dont vous dites que le porteur est un prêtre du comte Gérard. Ce comte l'a-t-il ordonné prêtre ? est-il de son diocèse ? On or-
(1) Sup. Ilv, XLIV, 22. (8) Epist. 26, p i02, c. Evar. Ep. 2, lo. 1. Conc. p. (4) Pontifie. R. de Car. 538, A. Anic. Ep. c. 3. Re?.
Eleth. Ep. c. 2. (5) Ep. tO, Ep. 1, lo. 8.
(2) Nie. Ep. î5, et ibid. Conc. 494.
Sirm.
donne des prêtres pour une église de la ville ou de la campagne , ou pour un monastère , mais non pas pour les maisons des laïques. C'est peut-être un des abus que nous devons réformer quand nous nous assemblerons. Ces paroles font voir que les ordinations vagues n'étoient pas encore en usage.
Après qu'Arsène fut parti, et vers la fête de Pâques, qui cette année huit cent soixante-cinq fut le vingt-deuxième d'avril , le pape Nicolas reçut des lettres des deux rois Louis et Charles , où ils s'excusoient de n'avoir pas envoyé leurs évéques au concile de Rome. Le pape témoigne être peu content de leurs excuses (1) , surtout de ce que le roi Charles disoit, que la plupart des évéques de son royaume étoient obligés à veiller jour et nuit avec ses autres sujets contre les pirates maritimes , c'est-à-dire les Normands. C'est, ditil , aux guerriers du siècle de porter les armes, et aux évéques de vaquer à la prière. Et ensuite : Vous dites que vous avez averti Lothaire, et qu'il vous a souvent mandé qu'il vouloit venir à Rome, et se apporter à nous de l'affaire de son mariage. Il nous Ta mandé luimême par les ambassadeurs de l'emptTeur ; mais nous lui avons défendu et lui défendons absolument de se mettre en chemin dans les dispositions où il est. Nous avons attendu jusqu'ici sa conversion, et avons différé de publier la censure contre lui , pour éviter les guerres et l'effusion de sang ; mais s'il lève les cornes et méprise nos avertissements et les vôtres, il sera désormais tenu pour tel, que nous avons marqué dans la lettre dont Rolhade et Jean étoient chargés , c'est-à-dire qu'il sera excommunié. Le pape ordonne ensuite de consacrer un évêque à Cologne à la place de Gonthier, et à Cambrai à la place d'Hilduin. On y en ordonna en effet un nommé Jean. Le pape ajoute : Nous n'avons pas fait écrire cette lettre à la manière accoutumée , parce que votre envoyé ne pouvoit attendre, et que nous n'avons pu avoir nos secrétaires , occupés à d'autres devoirs pendant les fêtes de Pâques. C'est-à-dire que ces secrétaires étoient des clercs, qui faisoient leurs fonctions dans l'église.
Ce fut aussi depuis le départ d'Arsène , que le pape Nicolas répondit à Arduic, archevêque de Besançon, qui l'avoit consulté sur divers points de discipline. Le pape, après avoir loué son obéissance et son attachement au saints-iége, lui donne les décisions suivantes (2) : Ceux qui ont épousé deux frères ou deu\ sœurs ne peuvent ensuite se remarier à d'autres, ni être réconciliés qu'à la mort. En général, tous ceux qui ont contracté des mariages illicites, pour cause de parenté , ne peuvent en contracter d'autres, si ce n'est par indulgence, en cas qu'ils soient encore jeunes. Un évêque
(1) Epist. ?7.
(2) Tom. 12, Spicil. p.
une fois élu canoniquement par le clergé du consentement des premiers de la ville, ne peut plus être rejeté. Les chorévèques ne peuvent consacrer des églises, ni donner la confirmation réservée à l'évêque seul. Un prêtre une lois tombé, ne peut plus être rétabli dans les Jonctions de son ordre. Qui a tué son parent, doit être excommunié jusqu'à la mort Le pape renvoie l'archevêque à son légat Arsène , pour les autres difficultés qu'il pourroit avoir. ^