XLI. Lettre du pape à l'empereur Michel
Cependant le pape Nicolas se préparoit à envoyer des légats à Constantinople avec une lettre à l'enpereur Michel , pleine de douceur paternelle et de charité, qui étoit déjà prête, quand Michel, protospataire de l'empereur, arriva à Rome pendant la treizième indiction, c'est-à-dire l'an huit cent soixante-cinq , apportant une lettre de son maître, remplie d'injures et de menaces contre le pape s'il ne révoquoit le jugement prononcé contre Photius.Cette lettre obligea le pape à changer de style, et il en envoya une autre par le même officier, pendant l'indiction quatorzième, c'est-à-dire à la fin de la même année huit cent soixantecinq , où il prend et réfute tout le contenu de la lettre de l'empereur (3).
Au lieu qu'elle commençoit par des injures, celle du pape commence par des prières , afin ^e Dieu lui inspire ce qu'il doit dire dans celte occasion, et donne à l'empereur la docilité pour en profiter (4). Il représente le res-
(1) Ann. Met. 866.
(S) To. 8, Conc. p. 493.
(3) I^icol. Epist. 8. Ep.
3i6, A. Ep. 70, p. 470, A.
(4) Epist.8, p. 205,0.
pect dû au sacerdoce , et dit : Dans les vicaires de saint Pierre , vous ne devez pas regarder quels ils sont , mais ce qu'ils font pour la correction des églises et pour votre salut ; car vous ne direz pas qu'ils soient au-dessous des scribes et des pharisiens (1) , à qui le Seigneur vouloit qu'on obéît, parce qu'ils étoient assis sur la chaire de Moïse. Vous dites que, depuis le sixième concile, aucun de nos prédécesseurs n'a reçu un honneur pareil à celui que vous avez fait de nous écrire. C'est à la honte de vos prédécesseurs d'avoir été tant d'années sans chercher le remède aux diverses hérésies, dont ils ont été affligés , ou de l'avoir rejeté quand nous le leur avons offert. Il est vrai que depuis ce temps-là il y a eu très-peu d'empereurs catholiques, et les hérétiques savoient que nous ne pouvions avoir de commerce avec eux : quand ils l'ont tenté, nous les avons honteusement repoussés, ce que n'a pas fait l'église de Constantinople. Quand les empereurs ont été catholiques, ils ont cherché notre secours, pour soutenir la foi, comme le fait voir le concile tenu sous Constantin et Irène , et diverses lettres à Léon et à Benoit, nos prédécesseurs. Il se plaint ensuite que l'empereur prétend lui avoir commandé, au lieu que les empereurs précédents n'usoient envers le pape que de prières et d'exhortations. Puis il ajoute (2): Vous traitez de barbare la langue latine , si c'est que vous ne l'entendez pas , voyez combien il est ridicule de vous nommer empereur des Romains, dont vous ne savez pas la langue. Bannissez-la donc, et de votre palais et de vos églises. Car on dit qu'à Constantinople , dans les stations , on lit l'épître et l'Evangile en latin, avant que de les lire en grec.
Vous dites que quand vous avez envoyé vers nous, ce n'étoit pas pour faire juger Ignace une seconde fois ; l'événement prouve le contraire, puisque vous l'avez fait juger. Nous n'avions envoyé nos légats que pour informer de son affaire. S'il étoit déjà jugé, comme vous dites , pourquoi l'avez- vous fait juger une seconde fois , contre la défense de l'Ecriture (3) ? Mais on voit bien que, connoissant les défauts de ce premier jugement , vous avez voulu le réparer par la présence et l'autorité de nos légats. Il s'étend ensuite sur les nullités du dernier jugement porté contre Ignace ; en ce que les juges étoient les uns suspects, ou même ennemis déclarés, les autres excommuniés ou déposés, les autres ses inférieurs. Il prouve que ces sortes de personnes ne peuvent pas même accuser un évêque, par le sixième canon du second concile œcuménique , tenu à Constantinople en trois cent quatre-vingt-deux, mais il ne manque pas d'observer que l'église romaine n'a pas reçu les canons du concile (4). 11 soutient qu'à peine se trouvera-t-il quelque
(1) Math. x.\in, 2, p. 269. (4) Tom. 8, Conc. p. 947.
(2) P. 298. Sup. liY. xvill, n,3,p.309,D.
(3) Nahum. 1.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
An de J.^. 866. ]