LIVRE CINQUANTIÈME
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évéque de Constantinoplequi ait été déposé sans le consentement du pape , et en rapporte plusieurs exemples.
Où avez- vous lu , ajoute-t-il, que les empereurs vos prédécesseurs ayent assisté aux conciles , si ce n'est quand on traite de la foi (1), qui est commune à tous les chrétiens, clercs ou laïques ? Vous ne vous êtes pas contentés d'assister à ce concile assemblé pour ju^er un évêque , vous y avez ramassé des milliers de personnes séculières , pour être spectateurs de s on opprobre. On a tiré l'accusateur de votre palais , on a donné des juges suspects et mercenaires. On a soumis le supérieur au jugement de ses inférieurs; quoique le jugement de l'évêque seul ne suffise pas dans la cause des moindres clercs contre les évéques. Car il faut un concile suivant le canon de Chalcédoine (2). Et ensuite nous avons eu envie de rire, de voir que, pour autoriser ce concile contre Ignace, vous dites qu'il étoit égal en nombre au concile de Nicée. Nommez-le donc aussi le septième ou le huitième concile général, mais la multitude ne fait rien sans la piété et la justice. Et ensuite.
Voilà ce que nous avons répondu au commencement de votre lettre , mais nous n'avons pu répondre au reste , parce que Dieu nous a affligé d'une maladie qui ne nous a pas permis de le faire, et votre envoyé a été si impatient qu'il est sorti de Rome sans prendre congé , craignant les approches de l'hiver, et à peine avons-nous pu obtenir qu'il attendit à Ostie que cette lettre fût écrite. Comme l'empereur témoignoit un grand mépris du siège de Rome, le pape en relève les privilèges , et dit (3) : Si vous vous élevez contre , prenez garde qu'il ne se tourne contre vous-même ; car, si vous ne nous écoutez pas, nous vous regardons comme Notre Seigneur a ordonné de regarder ceux qui n'écoutent pas l'Eglise (4) , c'est-àdire qu'il l'excommuniera. Ces privilèges , continue-t-il , sont établis de la propre bouche de Jésus-Christ. Ce ne sont pas les conciles qui les ont accordés , ils les ont seulement honorés et conservés. Ces privilèges sont perpétuels , on peut les attaquer, mais non pas les abolir ; ils ont été avant votre régne et subsisteront après vous, tant que le nom chrétien durera. Saint Pierre et saint Paul n'ont pas été apportés chez nous, après leur mort , par l'autorité des princes, comme l'on a fait chez vous , où l'on a enlevé aux autres églises leurs protecteurs pour enrichir Constantinople de leurs dépouilles. Saint Pierre et saint Paul ont prêché l'Evangile à Rome, et l'ont consacrée par leur sang. Ils ont acquis l'église d'Alexandrie par saint Marc , un de leurs enfants , comme saint Pierre, par sa présence, a voit déjà acquis Fèglise d'Antioche. C'est par ces
(2) Can.9,Sup. l.xxviii, d. 2tf.
(4) Mat. xviii, 17.
trois principales églises que saint Pierre et saint Paul gouvernèrent toutes les autres. Et ensuite:
Vous nous avez écrit de vous envoyer Théognoste , que votre frère Ignace a fait exarque des monastères de quelques provinces (1); vous demandez aussi d'autres moines, comme vous ayant offensé. Nous savons bien que vous ne les demandez que pour les maltraiter, quoique vous ne les ayez peut-être jamais vus, et ne connoissiez pas leur conduite. Quelques-uns d'eux ont servi Dieu à Rome dès leur jeunesse, et Théognoste ne nous a jamais dit que du bien de vous. Il a trouvé ici quelque repos comme une infinité d'autres ; car il vient fous les jours tant de milliers d'hommes se mettre sous la protection de saint Pierre, et finir ici leurs jours , que l'on voit à Rome toutes les nations rassemblées à proportion comme dans l'Eglise universelle. Croyez- vous donc juste que nous en livrions quelqu'un aux princes dont ils ont méprisé les grâces ou éprouvé l'indignation? Les païens mêmes ne le feroient pas. Outre que nous avons droit d'appeler à nous , non-seulement des moines, mais des clercs de tous les diocèses , pour l'utilité de l'Eglise. Que si vous croyez que Théognoste nous dise du mal de Photius, et nous recommande Ignace, sachez qu'il ne nous a dit de l'un ni de l'autre que ce que tout le monde en dit , et ce que nous en avons appris d'une infinité de personnes qui venoient à Rome d'Alexandrie, de Jérusalem, de Constantinople, du mont Olympe , enfin par vos envoyés et vos propres lettres.
Vous semblez vouloir nous épouvanter en nous menaçant de ruiner notre ville et notre pays. Mais nous nous confions en la protection de Dieu, et, tant que nous subsisterons, nous ferons notre devoir. Quel mal vous avons-nous fait? Nous n'avons pas ravagé la Sicile ni conquis une infinité de provinces soumises aux Grecs; nous n'avons point brûlé les faubourgs de Constantinople. On ne se venge point des inlidèles qui ont commis tous ces excès, et on nous menace , nous qui , grâce à Dieu , sommes chrétiens (2). C'est imiter les juifs, qui délivroient Barrabas et mettoient à mort Jésus-Christ.
Il poursuit en demandant qu'Ignace et Photius viennent à Rome -, s'ils ne peuvent venir en personne, qu'ils en disent la raison par lettres , et qu'ils envoient des députés de la part d'Ignace (3) , les archevêques Antoine de C>zique , Basile de Thessalonique , Constiuilin do Larisse , Théodore de Syracuse , Métrophane de Smyrne, et Paul, évêque d'Héraclée de Pont, les abbés Nicélas de Chrysopolis, Nicolas de Stude, d'Ositée d'Osidium, et Lazare, prêtre et moine , surnommé Cazare. Si vous ne les envoyez , ajoute le pape , vous vous reu-
drez suspect , parce que ce sont ceux qui peuvent nous faire connoître la vérité. Photius et Grégoire de Syracuse peuvent envoyer qui il leur plaira , et votre majesté deux personnes de sa cour. Nous vous prions aussi de nous renvoyer les lettres originales que nous envoyâmes par Rodoalde etZacharie,afinquenous voyions si on les a altérées (1). Envoyez-nous aussi les originaux des actes de la première déposition prétendue d'Ignace et de ceux qui nous ont été apportés par le secrétaire de Léon.
11 conclut, en exhortant l'empereur à ne point entreprendre sur les droits de l'Eglise, comme l'Eglise n'entreprend point sur ceux de l'empire (2). Avant Jésus-Christ, dit-il, il y avoit des rois qui étoient aussi prêtres, comme Mel( hisèdech. Le diable l'a imité en la personne des empereurs païens , qui étoient souverains pontifes ; mais , après la venue de celui qui est véritablement roi et pontife, l'empereur ne s'est plus attribué les droits du pontife, ni le pontife les droits de l'empereur. Jésus-Christ a sép<^iré les deux puissances , en sorte que les empereurs chrétiens eussent besoin des pontifes pour la vie éternelle, et que les pontifes se servissent des lois des empereurs pour les affaires temporelles.
Après la lettre finie, le pape ajoute : Quiconque lira cette lettre à Constantinople , et en dissimulera quelque chose à l'empereur Michel , ayant accès auprès de lui , qu'il soit anathème (3). Quiconque la traduira et y changera , ôtera ou ajoutera quelque chose , si ce n'est par ignorance ou par la nécessité de la phrase grecque , qu'il soit anathème. C'étoit une précaution contre les falsifications, par lesquelles on avoit altéré ses lettres précédentes.