‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 7 sur 2407 · VII. Lettres à l'empereur · texte numérisé non relu

VII. Lettres à l'empereur

Il ne nous reste de ce concile que les deux lettres à l'empereur , l'une , au nom du pape en particulier , l'autre , au nom du concile : toutes deux adressées , non-seulement à Constantin , mais à ses frères, Héraclius et Tibère, qui portoient aussi le titre d'augustes. La lettre du pape est très-longue, suivant le style du temps ; mais en voici la substance (2) : Nous avons reçu avec une grande consolation vos lettres adressées au pape Donus, notre pré décesseur , par lesquelles vous nous exhortez à examiner la vraie foi. Aussitôt j'ai commencé à chercher des personnes telles que le malheur du temps et l'état de cette province permet de les trouver. J'ai pris le conseil de mon clergé, et des évéques voisins de ce siège ; mais il a fallu du temps pour assembler ceux que nous attendions des provinces plus éloignées, où mes prédécesseurs ont envoyé prêcher la foi , sans parler de mes maladies continuelles.

Donc, pour vous rendre l'obéissance que nous vous devons, nous vous envoyons nos vénérables frères , les évéques Abondantius , Jean et un autre Jean et nos chers fils Théodore et George, prêtres, Jean, diacre, et Constantin , sous-diacre de notre église ; Théodore, prêtre, légat de l'église de Ravenne, avec des moines, serviteurs de Dieu (3). Ce n'est pas par la confiance que nous avons en leur savoir ; car, comment pourroit-on trouver la science parfaite des Ecritures chez des gens qui vivent au milieu des nations barbares, et qui gagnent à grande peine leur nourriture chaque jour par leur travail corporel ? Seulement nous regardons avec simplicité de cœur la foi que nos pères nous ont laissée , demandant à Dieu, comme notre principal avantage, de conserver et le sens et les paroles de leurs décisions, sans rien ajouter ni diminuer. Nous avons donné à ces députés quelques passages des pères , avec les livres même pour vous les présenter quand vous l'ordonnerez, et vous expliquer la foi de cette église apostolique , votre mère spirituelle, non par l'éloquence séculière, dont ils sont dépourvus, mais par la sincérité de la foi que nous avons apprise dès le berceau , et nous vous supplions de les écouter favorablement.

Le pape explique ensuite laïoi de l'Eglise sur la trinité et l'incarnation', principalement par

(1) Tom.6,Conc.p.l887. (3) P. 634.

(2) Tom. 6, Conc. p.630.

LlYRE QUARANTIEME.

rapport à ta question des deux volontés ; sur laquelle il dit nettement, que les trois personnes divines n'ayant qu'une nature n'ont aussi qu'une volonté; mais qu'en Jésus-Christ, comme il y a deux natures , il y a deux volontés et deux opérations. Il soutient que le saint-siége n'a jamais erré , et ne s'est jamais écarté du chemin de la vérité , en vertu de la promesse faite à saint Pierre , et que ses prèdècesseiu-s n'ont jamais cessé d'exhorter les hérétiques pour les ramener. Ensuite, il prouve la distinction des deux volontés , par les passages de l'Ecriture expliquée par les pères. Il y joint la définition du concile de Chalcédoine , et celle du cinquième concile; puis, plusieurs passages des pères grecs en original , et des pères latins traduits en grec , de saint Grégoire de Nazianze, de saint Grégoire de Nysse, de saint Jean Chrysostômc , de saint Cyrille d'Alexandrie, de saint Hilaire, de saint Athanase, du prétendu saint Denis, de saint Ambroise, de saint Léon. Le pape Agathon fait l'application de tous ces passages , et ajoute : On y pourroit joindre ceux qui ont combattu pour le concile de Chalcédoine, savoir, Jean , évêque de Scythopolis,Euloge d'Alexandrie, Ephrem elle grand Athanase d'Antioche(l).

D'ailleurs , il rapporte les passages des anciens hérétiques , qui ont soutenu qu'il n'y avoit en Jésus-Christ qu'une opération et une volonté ; d'Apollinaire , de Sévère , chef des acéphales, de Nestorius, de Théodose d'Alexandrie (2) , puis des nouveaux hérétiques, c'est-à-dire des monolhélites , Cyrus, Théodore de Pharan , Sergius , Pyrrhus , Paul et Pierre de Constantinople, et relève leurs contradictions. Après avoir ainsi prouvé la vérité de la foi catholique , il exhorte l'empereur à se servir d(^ sa puissance pour la soutenir, et délivrer l'Eglise de ceux qui la combattent. Puis il ajoute : Si l'évêque de Constantinople enseigne avec nous cette doctrine, il n'y aura plus de division ; s'il embrasse la nouveauté, il en rendra compte au jugement de Dieu (3). Il finit en priant l'empereur de donner une entière liberté à quiconque voudra parler pour la foi cathohque. Telle est la foi particulière du pape Agathon.

La lettre synodale est aussi en son nom , et de tous les synodes soumis au concile du saintsiége , c'est-à-dire de toutes les provinces d'Occident. Elle contient en substance les mêmes choses que la lettre précédente. Les évéques y avouent de même leur peu de science ; et, parlant des légats , ils disent (4) : Yous nous avez ordonné d'envoyer des personnes de bonnes mœurs , et bien instruites dans les Ecritures. Quant aux mœurs, quelque pures quelles soient, personne n'ose s'y confier ; quant a la science, si on la réduit à ceUe delà religion, il

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

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n'y a que la connoissauce de la vérité ; s'il s'agit de l'éloquence séculière , nous ne croyons pas que personne de notre temps se puisse vanter de la posséder parlai tement. Nos pays sont continuellement agités par la fureur de diverses nations ; ce ne sont que combats , courses, brigandage. Au milieu de ces barbares, notre vie est pleine d'inquiétudes ; et nous subsistons du travail de nos mains, parce que l'ancien patrimoine des églises a été consumé petit à petit par diverses calamités. Il ne nous reste pour tout bien que la foi ; notre plus grande gloire est de la conserver pendant notre vie , notre avantage éternel est de mourir pour elle. Les lettres montrent elles-mêmes combien cet aveu est sincère , le fond de la doctrine est excellent ; mais le style est embarrassé , et les fréquentes répétitions produisent une longueur

excessive.

Les évêques s'excusent d'envoyer si tard les légats à cause de la longueur du chemin , et qu'une grande partie d'entre eux s'étend jusqu'à l'Océan. Nous espérions, ajoutent-ils, que Théodore le philosophe, archevêque de la grande île de Bretagne, viendroit avec des évéques du pays, aussi bien que plusieurs autres de divers lieux; afln de vous écrire au nom de tout noire concile , et que tous eussent connoissauce de ce qui se passeroit. Vu principalement que plusieurs de nos confrères sont au milieu des nations barbares , savoir, des Lombards, des Sclaves, des Francs, des Goths et des Bretons. Ils sont tous fort curieux de ce qui se fait touchant la foi ; et autant qu ils peuvent nous aider étant d'accord avec nous, autant nous seroient-ils contraires s ils étoient scandalisés sur cet article. Nous vous envoyons des personnes qui vous présenteront la confession de foi de tous tant que nous sommes d'évêques du Septentrion et de l'Occident, non pour disputer comme d'une doctrine incertaine, et sujette au changement (1). Et ensuite : Nous recevons comme nos frères tous ies évéques qui veulent enseigner avec nous tout ce qui est contenu dans cette confession de foi : et nous condamnons tous ceux qui la rejettent , et ne les souffrirons jamais en notre compagnie qu'ils ne se soient corrigés. Cette seconde lettre est souscrite par le pape et par tous les évéques qui assistoient au concile de Rome (2).

Vni. Voyages de saint Benoit Biscop.

Vers le même temps, et peut-être avant le concile, le pape renvoya en Angleterre saint Benoît Biscop , qui étoit venu à Rome pour la cinquième fois. Il y fit son quatrième voyage vers l'an six cent soixante-dix , après avoir cédé à l'abbé Adrien le monastère de saint Pierre de Cantorbéry , et en rapporta quantité de livres ecclésiastiques , qui lui avoient été

partie vendus , partie donnés (1). En repassant à Vienne , il en retira encore plusieurs qu'il avoit achetés et laissés chez ses amis. Etant revenu en Angleterre , il raconta au roi Egfrid de Northumbre tout ce qu'il avoit fait dans ses voyages pour le service de la religion : tout ce qu'il avoit appris à Rome et ailleurs touchant la discipline ecclésiastique et monastique, et lui montra les livres et les reliques qu'il avoit apportés. Le roi le prit en telle affection , qu'il lui donna une terre de soixante-dix familles , c'est-à-dire d'autant de charrues , afin d'y bâtir un monastère en l'honneur de saint Pierre. Il le bâtit en l'embouchure de la rivière de Vire , d'où lui vint le nom de Viremouth . c'étoit l'an six cent soixantiM^uatorze , quatrième du règne d'Egfrid , indiction seconde.

Un an après Benoît passa en Gaule, et emmena des maœns pour bâtir son église de pierre, et voûtée à la romaine. Et, comme il n'y avoit poipt encore de verriers dans la Bretagne, il en fit aussi venir de Gaule, et mit de^ vitres aux fenêtres de l'église , et des autres bâtiments. C'est ainsi que li^ Anglois apprirent l art de la verrerie. Il fit aussi venir de deçà la mer tout ce qui étoit nécessaire pour le service de l'autel et de l'église , et qu'il ne pouvoit recouvrer dans le pays, soit vases, soit ornements. Enfin, pour avoir (u\ qui ne se trouvoit pas même en Gaule , il retourna une cinquième fois à Rome. Mais, avant ce dernier voyage , il fonda un autre monastère. Car le roi Egfrid, voyant le bon usage qu'il avoit fait de la première terre , lui en doima une de quarante familles en un lieu nommé Girve , ou Jarou , à deux lieues de Viremouth , pour y fonder un monastère en Ihonneur de saint Paul. Le prêtre Céolfrid en fut le preinier abbé ; et ces deux monastères de saint Pierre et de saint Paul étoient tellement unis , que c'étoit comme une seule communauté. Benoît Biscop mit aussi un abbé à saint Pierre, à cause de ses fréquents voyages , et ce fut saint Estervin, son parent. Etant donc allé à Rome pour la cinquième fois , il en rapporta une multitude innombrable de livres de toutes sortes, et quantité de reliques. Il en rapporta aussi plusieurs images des saints pour orner son égfise de saint Pierre. Il obtint du pape Agathon un privilège suivant l'ordre qn'il en avoit reçu du roi Egfrid , pour conserver la liberté dû monastère. Enfin, pour y établir le chant et les cérémonies romaines, il pria le pape d'envoyer avee lui Jean , chantre de l'église de Saint-Pierre, et abbé de Saint-Marliu de Rome ; ce que le pape lui accorda.

Le pape Agathon chargea l'abbé Jean d'une cx)mmission plus imporUnte, qui étoit de s'informer exactement quelle étoit la foi de l'église d'Angleterre , et en faire son rapport à Rome (2). Car le pape vouloit connoître l'état

(1) Vita t. î, Act. p.l04. (8) Bed.IV, Biët. C. 18. Sup. liv. XXXIX, n. 43.

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de cette province aussi bien que des autres, par rapport principalement à l'hérésie des monothélites. L'abbé Jean emporta avec lui les actes du concile tenu à Rome sous le pape saint Martin. Quand il fut arrivé en Angleterre, il assista à un concile que l'archevêque Théodore assembla au sujet de cette même hérésie , la dixième année du roi Egfrid, le quinzième des calendes d'octobre, indiction huitième, c'est-à-dire l'an six cent quatre-vingt, le dixseptième de septembre. Le lieu de ce concile se nommoit Hetfeld. L'église d'Angleterre y fit sa profession de foi , et déclara qu'elle recevoit les cinq conciles généraux , et le concile du pape saint Martin, anathématisant ceux qu'ils condamnoient , et recevant ceux qu'ils recevoient (1). On donna à l'abbé Jean un exemplaire de ce concile pour le porter à Rome. Lui de ^n côté donna à transcrire dans le monastère de saint Benoît Biscop le concile du pape i^aint Martin.

Il y laissa par écrit Tordre de la célébration des fêtes pour toute l'année , dont plusieurs prireut des cx)pies, et y enseigna de vive voix léchant romain. Les plus habiles chantres venoient l'entendre de tous les monastères du pays, et plusieurs l'invitoient à venir chez eux. Enfin, l'abbé Jean s'embarqua pour retourner à Rome ; mais peu de temps après qu'il eut passé la mer, il tomba malade, et mourut. Ses amis firent porter son corps à Saint-Martin de Tours, où il fut enterré honorablement. Il y avoit passé en venant; car il avoit dévotion à ce saint, dont son monastère de Rome portoit le nom. Les moines l'y avoient reçu charitablement , l'a voient prié d'y repasser à son retour, et lui avoient (lonné des personnes pour l'aider dans son voyage. Sa mort n'empêcha pas que la confession de foi des Anglois ne fut portée à Rome , et reçue avec grande satisfaction du pape et de tous ceux qui la virent.

Saint Benoît Biscop orna ses deux monastères des images qu'il avoit apportées de Rome. Au fond de l'église de Saint-Pierre, il mit celle de la Vierge et les douze apôtres , à la muraille méridionale, les histoires de l'Evangile ; à la septentrionale , les visions de l'Apocalypse (2). Car toutes ces images étoient de plates peintures. De sorte que ceux même qui ne savoient pas lire , entrant dans cette église , trouvoient de tous côtés des objets agréables et utiles, voyant Jésus-Christ et ses saints , et rappelant en leur mémoire la grâce de son incarnation , ou la terreur de son dernier jugement. Ainsi en parle Bède, qui avoit ces peintures devant les yeux (3). Benoit Biscop mit dans le monastère de saint Paul des images qui marquoient la concorde de l'ancien et du nouveau Testament. Par exemple , Isaac portant le bois de son sa-

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