‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 720 sur 2407 · LIX. Lettre pour la reine Thielberge · texte numérisé non relu

LIX. Lettre pour la reine Thielberge

Le pape Nicolas répondit, quc^lque temps après, aux lettres qu'Egihm de Sens et Adon de

(l) Tom. 8,Conc. p. 509.

Ep.2l.Sup. liv.XLVUi.n.i.

(%) Grat. 7, p. 1, c 10.

a^) Acla SS. Ben. t. 6, p.

187 et ii3. Sup. I. .UVIII; n. 43; ibid. p. lOi-

Vienne avoient apportées touchant Taffaire de la reine Thielberge (1). Cette princesse lui avoit écrit que d'elle-même, et de son bon gré, elle désiroit renoncer à la dignité royale et quitter Lothaire pour passer le reste de sa vie en continence, reconnoissant que son mariage étoit nu! , qu'elle étoit stérile , et que Valdrade avoitd'abord été l'épouse légitime de ce prince ; elle ajoutoit qu'elle vouloit aller à Rome pour découvrir au pape ses peines secrètes. Le pape, bien informé par tout ce qu'il y avoit de personnes considérables en Gaule et en Germanie, que Thielberge ne parloit ainsi que pour se délivrer des mauvais traitements de Lothaire et mettre sa vie en sûreté, écrivit une lettre à cette princesse, où il dit :

Le témoignage que vous rendez à Valdrade ne lui peut servir de rien, puisque, quand même vous seriez morte, elle ne peut jamais devenir la femme légitime de Lothaire (2). 11 n'est pas à propos que vous veniez à Rome, tant à cause du peu de sûreté des chemins, que parce que nous ne vous permettrons point de quitter Lolhaire tant que Valdrade sera prés de lui , car ce n'est que pour la reprendre qu'il cherche à vous éloigner. Votre stérilité ne vient pas de vous, mais de l'injustice de votre mari, et votre mariage ne peut être rompu. Ne travaillez donc pas à vous perdre ; il vaut mieux qu'en disant la vérité vous receviez la mort des mains d'un autre que de tuer votre àme par le mensonge ; c'est une espèce de martyre de souffrir la mort pour la vérité. Nous ne recevoi.s point votre confession extorquée par violence ; autrement tous les maris qui auroient pris en haine leurs femmes n'auroient qu'à les maltraiter pour leur faire déclarer que leur mariage ne seroit pas légitime, ou qu'elles auroient commis un crime capital. Nous ne croyons pas, toutefois , que Lothaire en vienne à cet excès d'atlenterà votre vie, ce seroit se mettre lui-même et son royaume en péril , puisque vous êtes non-seulement innocente, mais sous la protection de l'Eglise, et particulièrement du saint-siége ; que si vous voulez venir à Rome, il faut qu'il réponde de votre sûreté et qu'il commence par y envoyer Valdrade. Quant à ce que vous dites que c'est l'amour de la pureté qui vous fait désirer la dissolution de votre mariage, sachez qu'on ne peut vous l'accorder si votre époux, de son côté, n'embrasse sincèrement la continence. Cette lettre est du neuvième des calendes de février, indiction quinzième, c'est-à-dire du vingtquatrième de janvier huit cent soixante-sept.

Le pape écrivit en même temps à Lothaire, répétant les mêmes choses , et témoignant sa douleur de se voir trompé par les promesses de ce prince (3) ; à la fin, il le menace d'excommunication s'il ne rompt tout commerce avec Valdrade, déjà excommuniée. 11 adressa cette

(t) Sup. n. 48. p. 425.

vi) Ep. 48, lo. 8. Conc. (3^ Epist. 528, 50.

lettre au roi Charles , avec une pour lui , où il le loue de la protection qu'il a donnée à Thietberge ; puis il ajoute : Maintenant on dit que Lolhaire a fait un traité avec vous , et vous a fait consentir à la perte de cette princesse en vous donnant un p^ciiastère de son royaume ; c'ètoit Saint-Vaasl d'Arras, donné au traité de juillet huit cent soixante-six. Le pape dit ensuite que Thielberge, ayant eu recours à l'Eglise , ne doit plus être soumise à un jugement séculier, et que les parties s'étant rapportées au saint-siège, ne peuvent être jugées ailleurs (1). 11 prie le roi Charles de faire rendre sûrement la lettre au roi Lothaire et une qu'il écrit aux èvéques de son royaume.

Dans celle-ci, il déclare qu'il n'a point permis à Valdrade de retourner en France comme on avoit publié, et dénonce, pour la troisième fois, son excommunication (2). Il se plaint de ce que, même après tant d'exhortations, ces èvéques ne font rien pour retirer leur roi de son égarement ; il s'efforce d'exciter leur zèle , et les conjure , par la sainte trinitè, de lui envoyer incessamment des députés avec des lettres pour lui faire savoir si Lothaire traite comme il doit Thielberge, suivant qu'il avoit promis au légat Arsène. Quiconque n'obéira pas, ajoute-t-il, se déclarera par là fauteur de iadullère, et sera retranché de notre communion. Celui qui n'aura personne à envoyer doit du moins écrire, excepté l'évêque de Verdun; car nous voulons absolument qu'il envoie quelqu'un de son clergé. Cette lettre et la précédente sont du vingt-cinquième janvier huit cent soixante-sept.

L'évêque de Verdun étoit Hatton, à qui Adventius de Metz écrivit, vers le même temps, en ces termes (3) : Nous avons appris de deux côtés , c'est-à-dire du royaume de Charles et du royaume de Louis, que le pape Nicolas a déclaré sa résolution fixe touchant le roi Lothaire, notre maître, à savoir, que si dans la veille de la purification il ne quitte Valdrade, il sera exclu de l'entrée de l'église. Cette nouvelle nous met dans une peine mortelle ; c'est pourquoi nous vous prions de l'aller trouver incessamment et lui représenter le péril qui nous menace. Nous croyons que le meilleur parti est que deux jours avant la fête il se rende à Floriquing, ou en tel autre lieu qu'il lui plaira , avec trois èvéques au moins qu'il aura choisis , et qu'en leur présence il confesse secrètement ses péchés, avec douleur et promesse de se corriger, et reçoive l'absolution. Alors il promettra d^examiner de nouveau l'affaire de son mariage par le conseil de ses fidèles serviteurs ; ainsi il pourra entrer dans l'église de Sainl-Arnoul pour célébrer la fête sans mettre son âme ni son royaume en péril; autrement il se jettera, et nous avec lui, dans dans une perte irréparable. Adventius recom-

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(1) Ann. Bert. 860.

(2) Ep. 40.

(3) Ap. Bar. an. 867.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

mande le secret de cette lettre sous le sceau de la confession. Elle fait voir les alarmes des partisans de Lothaire , qui craignoiont que si le pape prononçoit une fois l'excommunication contre lui , ses oncles ne s'en prévalussent pour envahir son royaume. C'est pourquoi Lothaire continua d'écrire au pape des lettres très-soumises, témoignant un grand désir d'aller à Rome se présenter à lui , et offrant de joindre ses forces à celles de l'empereur Louis, son frère , pour secourir l'Italie contre les Sarrasins. Peu de temps après , c'est-à-dire le septième de mars, le pape écrivit à Louis, roi de Germanie (1) , afin qu'il travaillât de son côté à ramener Lothaire , et lui ôter l'espérance de conserver Valdrade par les déclarations forcées qu il tiroit de Thietbcrge. Il l'exhorte aussi à faire obéir Ingellrude, excommuniée, qui apparemment étoit dans son royaume, et l'obliger de retourner avec Boson , son mari , qui vouloit absolument se remarier à une autre.

Egilon , archevêque de Sens , revint en France chargé de toutes ces lettres du pape , qu'il rendit au roi Charles le vingtième* jour de mai huit cent soixante-sept, à Samouci, maison royale près de Laon. L'archevêque Hincmar y a voit amené par ordre du roi Charles les clercs de Reims , compagnons de Yulfade, qui s'y étoit aussi rendu, et deux autres évéques , Rothade de Soissons et Hincmar de Laon (2). On lut en leur présence les lettres du pape pour la restitution de ces clercs , les évéques s'y soumirent volontiers , et le roi indiqua pour cet effet un concile à Troyes, pour le vingt-quatrième d'octobre. Cependant, au mois de juillet, Farchevéque

(1) Episl. 53.

(2) An. Bert. 807.

[ An de J.-C. 8()7.

Hincmar, étant de retour de ce voyage et se préparant à un plus grand qu'il devoit faire pour suivre le roi à la guerre contre les lintons, écrivit une grande» lettre au pape, qu'il envoya secrètement par quelques-uns de ses clercs déguisés en i)èlerins , craignant les traverses des princes à qui il étoit odieux , c'està-dire du roi Lotliaire et de l'empereur Louis (1).

En cette lettre , qui est très-soumise , oi toutefois vigoureuse, Hincmar déclare au pape que , conformément à ses ordres , il ;i rétabli dans leurs fonctions les clercs ordonnes par EbtKm , sans attendre le terme d'un au qui lui étoit accordé (2). 11 se justifie fort au long sur tous les reproches que le pape lui avoit faits; et ajoute à la fin ; Comme vous avez défendu à ces clercs de monter à des degrés plus élevés, je vous prie de me mander si je dois refuser de les promouvoir , en cas que nos confrères les élisent évétpies, parce que je ne veux ni les ch<>quer ni xms désobéir en rien. Il est vraisemblable qu'llimmar se pressa d'envoyer ces lettres au pape, afin de l'apaiser avant la tenue du concile de Troyes, où il craignoit que Von n'examinât de nouveau la déposition d'Ebbon, et son ordination qui en dépt^ndoit.

Les clercs, [K)rteurs de cette lettre, arrivèrent à Kome au mois d'août, et trouvèrenl le pape JNicolas déjà fort malade, et fort occupé des différents qu'il avoit avec les empereurs Miehel et Rasile, elles évéques d'Orieul, tant sur le schisme de Photius que sur les erreurs qu'ils imputoienl à l'église latine C'est pourquoi ils furent obligés de demeurer à Rome jusqu'au mois d'octobre.

An de J.-C. 867. J

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