II. Ignace rétabli à Constantinople
Dès le lendemain qu'il fut déclaré seul empereur , il chassa Photius du siège patriarcal de Constantinople , et le relégua dans le monastère de Scepé (1). Le jour suivant, il envoya Elie, drongaire ou chef de la flotte, avec la galère impériale, au patriarche Ignace, pour le tirer de l'île où il étoit relégué, et le ramener à Constantinople, où, attendant son rétablissement, il lui rendit le palais de Manganes , qui étoit sa maison paternelle. Cependant l'empereur Basile manda à Photius de lui envoyer incessamment toutes les souscriptions qu'il avoit exigées , et qu'il avoit emportées en sortant du palais patriarcal. Photius jura qu'on l'avoit tellement pressé de sortir, qu'il n'avoil pu rien emporter de s(?mblable ; mais , tandis qu'il rendoit cette réponse au préfet Baanes, ses domestiques, embarrassés , cachèrent dans des roseaux sept sacs pleins et scellés de plomb. Les gens de Baanes le virent , enlevèrent les sacs et les portèrent à l'empereur. Les ayant ouverts , on y trouva deux livres ornés en dehors d'or et d'argent , avec des couvertures violettes , en dedans curieusement écrits et de belle lettre, dont l'un contenoit les actes supposés d'un concile contre Ignace, l'autre est une lettre synodique contre le pape Nicolas.
Ce prétendu concile étoit divisé en sept actions , et à la tête de chacune il y avoit des mignalures de la main de Grégoire Asbestas , évoque de Syracuse, car il étoit peintre. En la première , on voyoit Ignace traîné et battu de verges, et sur sa tête cette inscription : ffo diabolos , c'est-à-dire le détracteur. En la seconde , on le tiroit encore avec violence , et on crachoit sur lui , et l'inscription étoit : Commencement du péché. En la troisième , on le déposoit, et l'inscription étoit : Le fils de perdition. En la quatrième, on Tenvoyoit lié en exil, et l'inscription étoit : L'avarice de Simon le magicien. En la cinquième, il avoit
(1) Nicel. inlgn.p.l220.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An lie J.-C. 807
le cou chargé de fers, et rinscriplion étoit : Qui s'élève au-dessus de tout ce qu'on appelle Dieu, ou qu'on adore (1). En la sixième, on le condamnoit, et l'inscription étoit : Abomination de désolation. En la septième , on le Iraînoit encore et on lui coupoit la tète, et l'inscription étoit : L'anlechrist. Dans ces actes , il y avoit cinquante -six chefs d'accusation contre Ignace, tous manifestement faux, et à la fin de chacun on avoit laissé une ligne de blanc pour y ajouter ce que l'on voudroit.
La lettre synodale contenue dans l'autre volume étoit remplie de calomnies et d'injures contre le pape Nicolas , inventées pour servir de fondement à la déposition et à l'anathème que Photiiis avoit prononcé contre lui. Il avoit fait écrire deux exemplaires de chacun de ces deux livres, dont il avoit gardé l'un par devers lui, et envoyé l'autre à l'empereur Louis en Italie, par Zacharie et Théodore; mais ils furent arrêtés en chemin par ordre de l'empereur Basile (2) , qui , s'élant saisi de ces quatre volumes et les ayant montrés au sénat, puis à l'église, découvrit les fourberies de Pholius, au grand étonnement de tout le monde, et garda ces livres dans le palais.
Le dimanche, vingt-troisième de novembre , la même année huit cent soixante-sept, l'empereur Basile tint une assemblée dans le palais de Magnaure, où il fit venir le patriarche Ignace, il lui donna de grandes louanges. C'étoit à pareil jour que, neuf ans auparavant, il avoit été chassé (3). Ce jour- là donc, il entra solennellement dans son église, avec un grand applaudissement de toute la ville. On célébroit la messe , le prêtre disoit ces paroles de la préface : Rendons grâce au Seigneur, et le peuple répondoit : Il est digne, il est juste, ce qui parut un heureux présage. Car les Grecs y faisoient grande attention , et les his toiresdu temps en sont pleines. Ignace, étant ainsi rétabli dans son siège, interdit les fonctions sacrées, non-seulement à Pholius et à ceux qu'il avoit ordonnés , mais encore à tous ceux qui avoient communiqué avec lui , et pria l'empereur d'indiquer un concile œcuménique pour remédier à tant de scandales (4). On envoya donc aussitôt à Rome Euthymius , spa taire ou écuyer de l'empereur Basile, chargé d'une lettre que nous n'avons plus.
L'empereur Basile envoya aussi en Orient pour faire venir des légats, qui assistassent au concile au nom des trois patriarches d'Alexandrie , d'Anlioche et de Jérusalem (5). Pour cet effet, il envoya des lettres et des pré-
(1) Ecdi. X , 5. 2 Thess.
II, 3. 2 Thess. II, 4.
(2) Sup. I. L, n. 34.
(3) Metroph. p. t489, D.
p. 1230. Sup. 1. I, n. 2.
(4) Ep. Hadr. t. 8, Conc.
(5) Vila Ignalii, p. 1230.
Conc. 8, Acl. 4, p. 1035.
sents à celui qui commandoit en Syrie, par Isaïe et Spiridon , natifs de Chypre. Théodoso. patriarche de Jérusalem , envoya Elie , son syncelle, et comme le siège d'Antioche étoit vacant , Thomas , archevêque de Tyr , qui étoit le premier siège de ce patriarchat , alla lui-même au concile. Ces deux légats, Thomas et Elie, demeurèrent plus d'un an à Constantinople , attendant ceux du pape. Le patriarche d'Alexandrie envoya le dernier, et son légat n'arriva qu'à la fln du concile.