LIVRE CINQUANTE-UNIÈME
lui donna de bonne heurerhabit monastique (1). Nous avons vu comme le jeune Nicolas fut lé compagnon de son exil , de ses prisons et de ses soutfrances , pendant la persécution de Léon l'Arménien, iconoclaste. Ayant été rappelés par Michel le bègue, Nicolas suivit son saint abbé dans les divers lieux où il se retira , et ce fut dans ce temps qu'il fut ordonné prêtre malgré lui , par le commandement de l'abbé et à la prière de la communauté. Depuis son ordination il ne fut pas moins appliqué au travail des mains , particulièrement à transcrire des livres, ayant la main bonne et légère.
Cydonia ayant été prise par les Sarrasins, quand ils conquirent l'île de Crète sous Michel le bègue, Tite, frère de Nicolas, vint à Constantinople, et lui apporta celle méchante nouvelle (2). Mais il fut si surpris du détachement de Nicolas et de l'indifférence avec laquelle il apprit la désolation de sa patrie et la captivité de ses parents, qu'il résolut de quitter aussi le monde, et s'enferma dans le même monastère.
Après la mort de saint Théodore, Nicolas demeura près de son tombeau, dans l'île du Prince; mais la persécution, renouvelée par l'empereur Théophile, l'obligea à changer souvent de retraite , et même après la mort de ce prince il continua quelques années à vivre en sijliiude. Toutefois, INaucrace, qui avoit succédé à saint Théodore dans le gouvernement du monastère de Stude , étant mort en huit cent quarante- huit, la communauté choisit pour abbé Nicolas, et il ne put s'en défendre. Il quitta la charge au bout de trois ans, mit à sa place Sophrone du consentement du patriarche Ignace, et retourna à sa solitude. Mais Sophrone mourut quatre ans après , et Nicolas lut obligé à reprendre la conduite du monastère de Stude en huit cent cinquantecinq.
Quand Photius usurpa le siège de Constantinople, Nicolas, pour éviter sa communion, se retira avec son frère Tite dans un hospice de son monastère , qui étoit à Prenète , près de Nicomédie. Sa retraite fit grand bruit à Constantinople, où son rang d'abbé de Stude et son mérite personnel lui donnoient beaucoup d'autorité. Le césar Bardas alla le trouver à Prénète , et y mena même l'empereur Michel ; ils s'efforcèrent par des discours flatteurs de le ramener; puis, irrités de sa fermeté, ils lui firent signifier, en partant , de ne demeurer en aucun hospice du monastère de Stude. Ainsi Nicolas fut obligé de se cacher et changer souvent de retraite. Enfin Bardas le fit ramener à son monastère de Stude, où il fut gardé prisonnier pendant deux ans, sous la conduite de Sabas de Callistrade, qui en étoit alors abbé, après Théodore Santabaren.
L'empereur Basile , ayant rétabli le patriar-
(1) Sup. 1. xLix, n. 19, r2) Sup. I. xLix, n. 10, 39,43.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ Andc J.-C. 807
che Ignace, délivra aussi INicolas, et ils le prièrent l'un et l'autre de reprendre le gouvernement de son monastère. Il voulut s'en excuser sur son grand âge et sa foiblesse causée par tant de souffrances ; mais il fallut céder, et l'empereur le faisoit souvent venir au palais pour s'entretenir avec lui , charmé de sa simplicité. Il ne vécut que quelques mois depuis ce dernier réiablissement , et mourut le quatrième de février huit cent soixante-huit, âgé de soixante-quinze ans, après avoir fait plusieurs miracles. Il fut enterré auprès de Théodore et de Naucrace , ses prédécesseurs , et l'église grecque honore sa mémoire le jour de sa mort.
y. Concile de Troy es.
En France , le concile de Troyes se tint au jour marqué, vingt-cinquième d'octobre huit cent soixante-sept. Les évéques du royaume de Louis , c'est-à-dire de Germanie , y a voient été kivilés par ceux des royaumes de Charles et de Lothaire; et, dans la lettre qu'ils écrivirent pour cet effet, ils représentèrent ainsi les raisons de s'assembler : les églises sont pillées, les évéques déshonorés , les peuples opprimés. Il a voit été saintement ordonné de tenir des conciles deux fois l'an , et nous voyons tant de maux parce qu'on les tient rarement, et que les ennemis de l'Eglise s'appliquent à séparer ses ministres. Il nous est donc important de tenir un concile général. Nous vous y invitons du consentement de nos rois, et ils envoient notre frère, l'évéque Advenlius, pour y faire consentir le vôtre. Toutefois , cette invitation fut sans effet , et nous ne voyons à ce concile de Troyes que vingt évéques , tous des deux royaumes de Charles et de Lothaire. Il y avoit six archevêques : Hincmar de Reims, Hétard de Tours , Yénilon de Rouen , Frotaire de Bordeaux , Egilon de Sens , et Yulfade de Bourges (1). Les évéques les plus fameux sont : Rothade de Soissons , Actard de Nantes , Enée de Paris , et Odon de Beau vais.
En ce concile (2), quelques évéques, voulant favoriser Yulfade pour faire leur cour au roi Charles , commencèrent à émou> oir des questions au préjudice d'Hincmar, c'est-à-dire qu'ils vouloient examiner de nouveau son ordination et la déposition d'Ebbon. Mais Hincmar sut si bien se défendre , et par la raison, et par l'autorité des canons, qu'on résolut à la pluralité des voix de ne point approfondir ces questions, et d'envoyer seulement au pape la relation de ce qui s'étoit passé, comme il l'avoit demandé. C'est ce qui paroit par la lettre synodale du concile de Troyes, qui comprend une ample relation de toute l'affaire d'Ebbon, commençant à la destitution de Louis le débonnaire, et finissant au concile indiqué à
(ï) Ann.Bert.867,FIod.
III, c. 17.
Trêves, à la poursuite de l'empereur Lothaire, en huit cent quarante-six (1). Elle conclut rn priant le pape de ne point toucher à ce que ses prédécesseurs avoient réglé, et de ne point souffrir qu'à l'avenir aucun év(»que fut déposé sans la particip^ition du saint-siège, suivant les décrelales des papi»s. Ainsi les év(k|nes de France et Hincmar lui-même se soumet toionl au droit nouveau des fausses décrétâtes, contre lesquelles il avoit tant disputé. Ils deniandoient à la fin le paliium pour Yulfade.
Actard, évéque de Nantes, fut chargé de porter cette lettre à Rome ; mais auparavant il alla trouver le roi Charles, qui l'avoil mandé , et qui l'obligea de lui donner la lettre synodale; puis, ayant rompu les sceaux des archevêques, dont elle étoit scellée, il la lut, et, la trouvant trop favorable à Hincmar, il en fit écrire une autre au pape en son nom , où il reprend l'affaire d'Ebbon dès son origine (2) , et relève tout ce qui lui étoit avantageux, et par conséquent à Yulfade, dont il soutient que la déposition étoit nulle. Il s excuse sur la nécessité des affaires de l'avoir lait sacrer archevcHjue de Bourges avant le retour 'd'Egilon, et demande pour lui le paliium. Enfin il recommande au pape rév(k|ue Actard. 11 a souffert , dit le roi , Texil , les fers , la mer, des périls terribles, par le voisinage des Bretons et des Normands; et, comme il n'a plus despé rance de recouvrer son siège, nous désirons qu'il en remplisse quelqu'autre qui se trouvera vacant. Il a résolu de faire à Rome quelque séjour, afin que , quand les Bretons y viendront, ils puissent les convaincre du dommage qu'ils ont fait à son église et à celle du voisinage, et qu'ils soient repris par l'autorité du saint-siége.
Hincmar recommanda aussi l'évéque Actard par une lettre particulière, dont il le chargea pour Anastase , abbé et bibliothécaire de I église romaine (3). En cette lettre, il se plainl que le pape, dans sa dernière réponse , avoit autrement rapporté ses paroles qu'il ne les avoit écrites. C'est pourquoi, craignantquequelqu'un ne falsitie encore les lettres du concile de Troyes, il avertit Anastase qu'Actard en a les vrais originaux, et le prie de véritier à Rome quelques pièces touchant l'affaire d'Ebbon. Il s'excuse de ce qu'il n'envoie pas des présents convenables au pape, à Arsène qui avoit été légat en France , et à Anastase même. Ce qui marque l'usage de ne point envoyer à Rome sans quelques présents.