LIVRE CINQUANTE-UNIEME
il témoigne être entièrement satisfait de lui (1). lien joignit une autre plus importante, adressée non-seulement à Hincmar, mais à tous les évéques du royaume de Charles, où il dit : Entre toutes nos peines, rien ne nous est plus sensible que les injustes reproches des empereurs grecs, 3Iichel et Basile, qui, poussés de haine et d'envie, nous accusent d'hérésie. Leur haine vient de ce que nous avons condamné l'ordination de Pholius , et leur envie de ce que le roi des Bulgares nous a demandé des missionnaires et des instructions. Car, voulant s'assujettir ce peuple sous prétexte de la religion, ils chargent l'égfise romaine de calomnies capables d'en éloigner des gens encore ignorants dans la foi. Et ensuite (2) : Ils nous accusent de ce que nous jeûnons tous les samedis, de ce que nous disons que le Saint-Esprit procède du père et du fils. Ils disent que nous condamnons le mariage, parce que nous défendons au\ prêtres de se marier. Ils trouvent mauvais que nous défendions aux prêtres de faire aux baptisés l'onction du chrême sur lo front, et disent faussement que nous faisons le chrême d eau de rivière. Ils nous accusent encore de ce que nous n'observons pas , comme eux , huit semaines avant Pâques sans manger de chair, et sept sans manger ni œufs ni fromage. On voit, par d'autres écrits, qu'ils nous imi)osent faussement d imiter les juifs, en bénissant et offrant à Pâques un agneau sur 1 autel avec le corps du Seigneur. Ils trouvent mauvais que chez nous les clercs rasent leurs barbes , et que nous ordonnons évêque un dia- < re sans l'avoir ordonné prêtre. Ils ont voulu exiger de nos légats une confession de foi , où tous ces articles fussent analhématisés , et les obliger à prendre des lettres canoniques de leur prétendu patriarche œcuménique.
Donc, puisqu'il est certain que tout l'Oceident a toujours été d'accord avec le siège de ^int Pierre sur tous ces points, il faut nous unir tous pour repousser ces calomnies. Ceux dentre vous qui sont métropolitains assembleront leurs suffragants pour examiner ensemble ce qu il faut répondre, et ils nous l'enverront , afin que nous puissions le joindre à <e que nous enverrons de notre part. Il est évident qu'une partie de ces reproches sont ^aux , et que le reste a été observé de tout temps à Rome et dans tout l'Occident sans au- <une contradiction. Mais il ne faut pas s'étonner si les Grecs s'opposent à ces traditions, puisqu'ils osent dire que, quand les empereurs ont passé de Rome à Constantinople , la primauté de l'église romaine et ses privilèges ont aussi passé à l'église de Constantinople, ^où vient que Photius, dans ses écrits, se jpialitie archevêque et patriarche universel (3). ^ est la première fois que je trouve nettement
(t) An. Bert. 867, et
J'of iii,c. l7.Episl. 70,t.
^) Udc. j). 408.
exprimée cette prétention des Grecs qui est le fondement de leur schisme. I^ pape continue :
Nous voudrions vous pouvoir assembler à Rome avec les autres évéques , pour examiner cette affaire , si les calamités publiques le perraettoient , mais rien ne peut vous empêcher d'étudier la matière et nous donner vos avis (1). Au reste, les Grecs ne nous chargent de ces reproches qu'en récriminant, et parce qu'ils ne veulent point se corriger. Avant que nous leur eussions envoyé nos légats, ils nous combloient de louanges et relevoient l'autorité du saint-siége ; mais depuis que nous avons condamné leurs excès , ils ont parlé un langage tout contraire , et nous ont chargés d'injures. Et n'ayant trouvé, grâces à Dieu, rien de personnel à nous reprocher , ils se sont avisés d'attaquer la tradition de nos pères , que jamais leurs ancêtres n'ont osé reprendre. Or, il est à craindre qu'ils ne répandent leurs calomnies dans les autres parties du monde. Car ils se vantent déjà d'avoir envoyé aux patriarches d'Alexandrie et de Jérusalem, pour les engager à approuver la déposition d'Ignace et la promotion de Photius. Nous ne craignons pas leur union , mais nous serions affligés de leur perte. Car étant sous l'oppression des Arabes , ils pourroient se laisser séduire, dans l'espérance d'être protégés par les Grecs.
A la fin le pape ajoute, parlant à Hincmar en particulier : Quand vous aurez lu cette lettre , envoyez-la promptement aux autres archevêques du royaume de Charles , afin que chacun dans sa province examine ces questions avec ses suffragants, et nous écrive leur avis, que vous aurez soin de nous envoyer. La date est du dixième des calendes de novembre , indiction première, c'est-à-dire du vingt-lroisième d'octobre huit cent soixante-sept (2). On voit clairement que le pape n'avoit point encore de connoissance du changement arrivé à Constantinople depuis un mois. Il écrivit au roi Charles, afin qu'il permît aux évéques de son royaume de s'assembler pour ce sujet; et écrivit aussi aux évt^ues de Germanie sur les entreprises des Grecs.