VII. Lettres sur l'afralre de Lothaire
Il écrivit dans le même temps plusieurs lettres en France, touchant l'affaire du roi Lothaire. Premièrement à Louis, roi de Germanie, qui le pressoitde rétabfir Theutgaud et Gonthier, déposés en huit cent soixantequatre (3). Le pape le refuse absolument, et reproche à ce roi de n'avoir jamais pris intérêt aux maux de l'église. Il déclare que, quand même ces deux évéques feroient pénitence, et répareroient les maux qu'ils ont faits, ils ne
(2) An. Fuld. 8G8. Epist.
(3) An. Fuld. 863. Nie.
Epist. 50, SupJ.L, n. 32, EpLst. 55. Ann. Bertin,
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ An de J.-C. sn:
peuvent jamais espérer de rentrer dans leur dignité. Peu de jours après , le pape écrivit au même roi Louis, en ces termes : Vous nous avez mandé , que vous avez eu une conférence avec le roi Charles, votre frère. C'éloit à Metz au mois de juillet de la même année huit cent soixante-sept, et que le roi Lolhaire, votre neveu , ne s'y étant pas trouvé , vous lui avez envoyé le roi Charles avec un évéque de votre royaume, pour l'exhorter à obéir à nos ordres.^ous louons votre charité pour lui , et votre obéissance envers nous ; mais nous n'en voyons encore aucun effet , quelque promesse qu'il vous ait faite. Non-seulement il ne nous a point envoyé Yaldrade, mais comme elle étoit à Pavie pour venir ici, il l'a fait retourner en Gaule. Non-seulement il ne traite point la reine Thietberge comme il doit , et comme il a promis par serment , mais encore il la laisse dans l'opprobre et la pauvreté. Il laisse vaquer depuis tant de temps les églises de Trêves et de Cologne, au mépris et de nos ordres et des sacrés canons. Voilà comme le roi Lothaire nous obéit.
Et il dit encore qu'il veut venir à Rome, quoique nous lui ayons souvent défendu de le faire sans notre permission. Empêchez-le d'y venir maintenant , autrement il n'y sera pas reçu avec l'honneur qu'il désire. Qu'il accomplisse auparavant ses promesses, non de paroles , mais en effet. Car que sert à la reine Thietberge qu'il ne l'éloigné pas de sa présence, quand son cœur en est entièrement éloigné? Que lui sert le vain titre de reine sans aucune autorité? N'est-ce pas Yaldrade sa rivale, tout excommuniée qu elle est, qui règne en effet avec Lothaire, et qui dispose de tout ? Quoique pour la forme il s'abstienne de lui parler, elle fait plus par divers entremetteurs que ne feroit une épouse légitime. Ce n'est que par elle que l'on trouve accès auprès du roi ; c'est elle qui procure tous les bienfaits et qui attire toutes les disgrâces. Enlin, le pape prie le roi de Germanie de lui faire tenir sûrement les revenus des patrimoines de saint Pierre , situés dans son royaume , se plaignant de n'en avoir rien reçu depuis deux ans.
Comme les évêques de Germanie a voient écrit au pape avec leur roi en faveur de leurs confrères Theutgaud et Gonthier, le pape leur répondit aussi par une grande lettre , où il reprend dès l'origine tous les sujets de plaintes qu'il avoit contre ces deux évêques (1). Savoir, la protection qu'ils avoient donnée à Ingeltrude et ensuite à Yaldrade, et rapporte le tout à sept chefs d'accusation , pour lesquels ils furent déposés à Rome. Il exhorte donc les évêques à ne plus intercéder pour eux ni pour le roi Lothaire , à moins qu'il ne se convertisse ; mais à se joindre au pape , pour travailler efficacement à le ramener. Cette lettre est du dernier jour d'octobre huit cent soixante-sept.
^t) Ep. 58, Ann. Fuld. 868,
Le pape n'écrivoit plus à Lothaire, parce qu'il l'a voit excommunié, comme il le dit expressément dans une lettre au roi Charles, son oncle, en faveur d'Heltrude, veuve du comte Bérenger, et sœur de Lothaire, à qui ce prince avoit ôté des terres que l'empereur Lothaire, leur père, lui avoit laissées, et les avoit données aux Normands (1).