‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 744 sur 2407 · XIX. Concile de Rome · texte numérisé non relu

XIX. Concile de Rome

Alors le pape donna le livre à examiner, pendant quelques jours , par des hommes instruits des deux langues grecque et latine ; puis , du consentement du sénat et du peuple , il assembla un concile à Saint-Pierre, où l'on entendit les envoyés de Constantinople, et on lut les lettres du pape Nicolas. Ensuite Jean, archidiacre de l'église romaine, depuis pape, lut un discours au ^nom d'Adrien , où , après

avoir représenté les crimes de Photius et la fermeté du pape Nicolas à le condamner, il dit (1) : Voyez donc , mes frères , ce que nous avons à faire , tant sur ce conciliabule et ses actes profanes qu'à l'égard de ceux qui y ont souscrit. Dites librement ce que vous pensez. Quant à moi , je suis prêt à tout souffrir, et même la mort, pour la loi de Dieu, les canons, les privilèges du saint-siège , la mémoire et les actes du pape Nicolas, mon prédécesseur. Ensuite Gauderic, èvêque de Vèlitre, lut au nom du concile une réponse à ce discours du pape, par laquelle il est exhorté à condamner ce conciliabule tenu à Constantinoplci par la facti(m de» Photius, sous le règne de 3Iichel. Le diacre Marin lut un second discours du pape, où il dit : Puisque le livre contenant les actes de ce conciliabule nous a été apporté par les envoyés du patriarche et de Tempereur, il faut voir ce que nous en devons faire ; pour moi , je suis d'avis de le jeter au feu , et le réduire en cendres en présence de tout le monde , et principalement des envoyés grecs. Le concile répondit par la bouche de Formose , èvêque de Porto : Cette sentence est juste , nous l'approuvons tous , nous vous prions tous de l'exécuter. Pierre, diacre et scriniaire, lut un troisième discours du pape, où il relève la témérité de Photius, d'avoir prétendu condamner Nicolas, son prédécesseur. Le pape, dit-il, juge tous les évcHjues, mais nous ne lisons point que personne l'ait jugé. Car, encore que les Orientaux aient dit analhème à Honorius après sa mort , il faut savoir qu'il avoit été accusé d'hérésie, qui est la seule cause pour laquelle il est pt^.rmis aux inférieurs de résister à leurs supérieurs ; et toutefois aucun , ni patriarche ni èvêque , n'auroit eu droit de prononcer contre lui si l'autorité du saint-siège n'avoit précédé. Le pape Adrien reconnoît ici bien nettement la condamnation d'Hoiiorius. Benoit, notaire et scriniaire, lut une autre réponse du concile , qui confirme, par les exemples de Jean d'Antioche et de Ûioscore,que l'inférieur ne peut juger son supérieur.Toutefois,les évêques prièrent le pape de se contenter de condamner Photius et de pardonner à ses complices , pourvu qu'ils condamnent de vive voix et par écrit ce qu'ils ont fait avec lui.

Alors le pape prononça de sa bouche la senlence en cinq articles et en ce sens (2) : Nous ordonnons que le conciliabule tenu depuis peu par Photius à Constantinople et par l'empereur Michel , son protecteur, contre le respect du ^int-siége, sera supprimé, brûlé et chargé d'anathème perpétuel , comme rempli de toutes faussetés. Nous ordonnons de même de tous les écrits que l'un et l'autre (mt publiés en divers temps contre le saint-siège , et les deux conventicules factieux, assemblés par Michel et par Photius, contre notre confrère Ignace, et

nous les rejetons avec exécration. Nous condamnons de rechef Photius, déjà condamné justement par notre prédécesseur et par nous, à cause des nouveaux excès qu'il a commis en s'élevant contre le pape Nicolas et contre nous, et nous le chargeons d'anathème. Toutefois , s'il se soumet de vive voix et par écrit aux ordonnances de notre prédécesseur et aux nôtres, et condamne les actes de son conciliabule, nous ne lui refusons pas la communion laïque. Quant à ceux qui ont consenti ou souscrit au concihabule, s'ils suivent les décrets de notre prédécesseur et reviennent à la communion du patriarche Ignace; s'ils anathématisent le conciliabule et en brûlent les exemplaires, ils auront la communion de l'Egfise (1). Mais pour notre fils Tempereur Basile, quoique son nom soit inséré faussement dans ces actes, aussi bien que celui d'Ignace , nous le déchargeons de toute condamnation , et le recevons au nombre des empereurs callioliques. Quiconque , après avoir eu connoissance de ce décret apostolique, retiendra les exemplaires de ce conciliabule sans les déclarer ou les brûler, sera excommunié ou dép(^)sè , s'il est clerc. (]e que nous ordonnons , non-seulement pour Constantinople, mais poui^ Alexandrie, Antioche et Jérusalem, et généralement pour tous les fidèles.

Cette sentence fut souscrite par trente évêques, dont les deux premiers sont le pape Adrien et l'archevêque Jean , légat du patriarche Ignace. Après les souscriptions des évêques, sont celles des cardinaux , c'est-à-dire de neuf prêtres et de cinq diacres de l'église romaine. Au reste , ces actes n'étoient plus , comme ceux des anciens conciles, des procès-verbaux fidèles de tout ce qui se passoit dans l'assemblée, mais des discours préparés et composés à loisir , comme j'ai observé sur le concile tenu en six cent quarante-neuf par le pape saint Martin. Le concile étant fini, on mit à la porte, sur les degrés, le livre apporté de Constantinople , qui contenoit les actes du concihabule de Photius (2). On le foula aux pieds, puis on le jeta dans un grand feu, où il fut consumé.

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