‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 743 sur 2407 · LIVRE CINQUANTE-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTE-UNIÈME

soixanle-huit(l). Il déclare, dans l'une et dans l'autre, qu'il suivra inviolableraent tout ce qu'a fait le pape Nicolas , touchant Ignace et Photius.

Quelque temps après l'arrivée d'Euthymius, Jean, métropolitain deSylée, autrement Pergée en Paraphylie , apocrisiaire d'Ignace, et Basile, surnommé Pinacas, spataire, et envoyé de l'empereur Basile , arrivèrent aussi à Rome. Quantjà Pierre, métropolitain de Sardis, apocrisiaire de Photius, il périt en chemin par un naufrage , dont il ne se sauva qu'un moine , nommé Méthodius , qui , étant arrivé à Rome et cité trois fois sans se représenter, fut anathématisé , et se retira. Le pape Adrien reçut les envoyés du patriarche et de l'empereur dans la salle secrète de Sainte-Marie-Majeure , selon la coutume , accompagné des évêques et des grands. Les envoyés grecs se présentèrent avec grand respect , et rendirent au pape les présents et les lettres adressées à Nicolas, son prédécesseur. Celle de l'empereur Basile faisoit mention de la première , envoyée par Eulhymius ; et , comme on ne savoit à Constantinople si elle avoit été reçue , on vn répète le contenu (2). Ayant trouvé, dit Basile à notre avènement à l'empire, notre église privée de son pasteur légitime, et soumise à la tyrannie d'un étranger , nous avons diassé Photius, avec ordre de demeurer en repos ; et nous avons rappelé Ignace , notre père , manifestement opprimé , et justifié par plusieurs de vos lettres, que l'on avoit cachées jusqu'ici avec grand soin. Nous vous laissons maintenant à approuver ce que nous avons fait , et régler ce qui reste à faire, c'est-à-dire comment doivent être traités ceux qui ont communiqué avec Photius. Il y a des évéques et des prêtres qui, ayant été ordonnés par Ignace et s'étant engagés par écrit à ne le point abandonner, ont manqué à leurs promesses. D'autres ont été ordonnés par Photius, et plusieurs se sont engagés à lui , soit par violence, soit par séduction. Comme presque tous nos évéques et nos prêtres sont tombés dans cette faute , nous vous prions d'avoir pitié d'eux , afin d'éviter un naufrage entier à notre église, principalement de ceux qui demandent à faire pénitence, et ont recours à vous comme au souverain pontife ; quant à ceux qui ne veulent point rentrer dans le bon chemin , ils ne peuvent éviter la condamnation. Cette lettre étoit de l'onzième de décembre huit cent soixante-sept.

Celle du patriarche Ignace contient en substance les mêmes choses (3) , et commence par une reconnoissance authentique de la primauté du pape et de son autorité pour remédier à tous les maux de l'Eglise. Ignace relève les souffrances de Jean de Sylée, son légat, et de Pierre, èvêque de Troade, qu'il

(1) To. 8, Conc. p. 1084.

envoyoitavec lui. Il marque que plusieurs de ceux qu'il avoit ordonnés sont demeurés fermes, et ajoute : Paul, archevêque de Césarée en Cappadoce , ordonné par Photius, après avoir été contre nous dans le premier concile , a résisté fortement dans le second à nous condamner.

Après que le pape Adrien eut reçu ces lettres , les envoyés grecs rendirent grâce à l'église romaine d'avoir tiré du schisme l'église de Constantinople; puis ils ajoutèrent (1) : L'empereur Basile et le patriarche Ignace, après que Photius a été chassé , ont trouvé un livre plein de faussetés œntre l'église romaine et le pape Nicolas , qu'ils vous ont envoyé scellé, pour l'examiner, et déclarer comme chef de l'Eglise ce qu'elle doit croire de ce prétendu concile. Le pajK» répondit : Nous voulons bien examiner ce livre pour en condamner l'auteur une troisième fois, hc métropolitain , étant sorti et rentré, présenta le livre, et le jeta à terre, en disant : Tu as été maudit à Constantinople, sois encore maudit à Rome. Et le spataire Basile, le frappant du pied et de l'épée , ajouta : Je crois que le diable habite dans cet ouvrage, pour dire par la bouche de Photius ce qu'il ne peut dire lui-même. Car il contient une fausse souscription de l'empereur Basile, notre maître, après celle de Michel, que Photius fit souscrire de nuit , étant ivre. Pour celle de Basile, le rétablissement d'Ignace fait bien voir qu'elle n'est pas de lui, et nous sommes prêts d'en faire serment. Mais Photius a pu aussi bien contrefaire la signature de Basile que celle de plusieurs évêH|ues absents. Personne à Constantinople n'a eu connoissana^ de ce concile, parce qu'en effet il n'a pas été tenu. Mais Photius a pris prétexte de ce qu'à Constantinople il y avoit toujours plusieurs évêques de la province comme ici à Rome , et on dit qu'à la place des év(V|ues , il a fait souscrire des citoyens fugitifs de leurs villes, gagnés par argent. De là vient que ces souscriptions sontdc ditiérents caractères et de différentes plumes, l'une plus menue , l'autre plus grosse , pour représenter l'écriture des vieillards. Vous verrez bien ici la diversité des écritures, mais vous ne connoîtrez pas la fraude si vous n'envoyez à Constantinople.

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