‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 764 sur 2407 · XXXV. Objections pour Pholius · texte numérisé non relu

XXXV. Objections pour Pholius

Zacharie établi par Photius évéque de Chalcédoine dit : Les canons sont au-dcssns du pape Nicolas et de tous les patriarche* ; quand ils font quelque chose contre les canons, nous ne nous y soumettons pas. Le pape Jules reçut Marcel d'Ancyre, et le concile de Sardiqù », composé de trois cents évoques, le juslilia ; toutefois, il est à présent analhématisé comme hérétique. Le malheureux Apiarius , justifié par les évéquesde Rome, fut rejeté par leconci le d'Afrique, qui écrivit au pape de se mêler de ses affaires , et ne point passer ses bornes. Nous avons dix mille exemples semblables. Quant à ce qu'on dit, que Pholius ne devoit pas élre tiré d'entre les laïques, c'est un avis pour rendre les consécrateurs plus circonspects ; mais ce n'est pas un sujet de le condamner, et la coutume a prévalu sur cette règle. Taraise a été ainsi ordonné, Nicéphorc, Nectaire; à Césaréc , Talassius et Eusébe ; Ambroise à Milan, et une infinité d'autres. Quant aux reproches d'avoir été ordonné par des évéques déposés, premièrement, nous ne le cn^yons pas Vrai. Ils n'ont pas été déposés pour des crimes, mais pour désobéissance , et se sont soumis depuis. Mais quand Grégoire auroit été déposé, Photius, consacré de sa main, n'en seroit pas coupable , ni les autres qui ont eu part à son ordination. Flavien déposa Eutychés, qui fut reçu par Anatolius, toutefois les évéques du quatrième concile ne furent point condamnés pour avoir communiquéavec celui-ci (1). Pierre Monge fut déposé par Protérius comme hérétique, et fut patriarche après Timolhée , sans l[ue l'on ait condamné personne de ceux qu'il avoit ordonnés. Acace, de Conslantinople, fut condamné par le pape de Rome , comme étant en communion avec les hérétiques (2). 11 ne tint aucun compte de cette condamnation , et êes successeurs qui l'avoîent reconnu, Fravitta , Eufhymius et Macédonius, sont reçus dans l'Eglise. Nous disons donc que , si quelque canon nous dépose, nousacquic^sçons, et non autrement ; car les Romains n'ont point reçu Flavien d'Antioche, mais aucun canon ne l'a condamné.

L'empereur Basile dit (3) : Tous ceux dont vous parlez, qui sont tombés en divers temps,

(1) P. 1051. Sup. liv.

XXVII, D. 29, 41;x\vin, n.

l.Sup. liv. xxxix, n. 29.

(i) Sup. I. x\x, n. 16.

(3) P. 1051,BjU20, A.

ont été relevés par d'autres patriarches ; mais vous n'avez point eu de pareil secours, tous les patriarches vous condamnent. Nous prenons soin de vous, et v(»us exhortons à recevoir le pardon que vous offre le concile. Nous savons bien que vous n'êtes que des laïques, et nous ne vous avons pas amenés ici pour crier on vain , car tout ce que vous dites n'est quo menwmgeet séduction. Ix»s évéques de Photius dirent : Le diable même n'a pas osé parler ainsi. L'empt^reur continua : Vous pourriez dire qu'en même ti^mps que Dieu a |)ermis quo vous fissiez les fonctions de l'épiscopat , il a p<Tmis encore de plus grands maux que vous v(»yczdevos yeux. JNoUs avons des évnjues. dont les uns s<mt patrices, les autres écu vers, ou sous-écuyer» , et je vous puis prouver que lecuyer Théophile portant le pallium comme un patriarche, ollVoit l'encens à Photius.Ae l'avez-vouspas vu ? dit-il à Eulampiui^. Enlampius dit : Si je l'ai vu , Dieu m'efface du livre de vie ; toutefois, seigneur, Ignace a renoncé. L'empereur reprit . Où etoit-il quand il a fait sa renonciation ? Enlampius répondil : llétoit dans son Ile, et peut-être c'étoit pour sa vieillesse ou sa mauvaise santé. L'empereur dit : Peut-être qu'il a envoyé quelqu'un à l'empereur, dire qu'il vouloit se démettre, et lui a demandé une personne par qui il put envoyer sa démission.

Marin , l'un des légats du pape, dit : Qui est cet homme qui parle à v(»tre majesté ? L'empereur dit : C'est Enlampius. Les trois légals dirent : Il a été déposé et anathématisé par l'église romaine, et comment ose-t- il parler ainsi devant vous ? Nous ne parlons point à un homme déposé et analhématisé, et ne pouvons souffrir que vous lui parliez. Nous voulons qu'<m leur lise le libelle de l'église romaine , afin qu'ils soient reçus à la communion , s ils veulent faire pénitence ; mais s'ils demeurent dans leur endurcissement , nous ne pouvons renverser le jugement prononcé par l'église romaine sous l'onzième indiction, c'est-à-dire l'an huit cent soixanletrois , contre Pholius et s(»8 adhérents, ^ous n'avons autre chose h leur dire, sinon que nous les analhématisons et les séparons de tous los chrétiens (1). Puis, ils ajoutèrent: Qui sont ceux d'entre vous qui ont été ordonnés par le patriarche Ignace ? Il s'en présenta trois, à qui les légats du pape demandèrent, sils se soumettoient au jugement du concile, et s'ils vouloient écrire le libelle de Rome? A Dieu ne plaise, dirent-ils, mais si l'empereur l'ordonne, nous dirons tout ce qui s'est passé. Le* légats du pape leur dirent : Si vous ne voulez

F as obéir au concile , allez chercher V(»s pères Is s'en allèrent de l'autre côté.

XXXVI. Réponses aux objections de Pholius. Alors Mélrophane de Smyrne dit à Zacharie

de Chalcédoine : A ce que vous avez dit, nous n^pondons que toutes les lois tant ecclésiastiques que civiles, obligent celui quia choisi un juge de s'en tenir absolument à sa décision ; donc, votre parti ayant demandé pour juge le pape Nicolas, vous n'êtes pas recevables à vous plaindre de son jugement, et à dire qu'il est contre les canons. Autrement il n'y auroit jamais de jugement certain ; car personne n'approuve le jugement qui le condamne.

Quant aux exemples de Nectaire, d Ambroise et de ^icéphore, que vous ramenez, comme si vous n aviez pas ouï les solutions du pape Mcolas, nous voulons bien vous en montrer la différence. Nectaire fut élu et ordonné archevêque de (Conslantinople , par un concile univers<»l et par divers patrian hes , sans que l'empereur l-'ur lit aucune violence, nique l'on chassât de ce siège un homme vivant (!). Ambroise fut ordonné évêque de IMilan après la mort de l'arien Auxence, par un concile d'évêques catholique s , sans que le prince les y poussât en aucune manière. Taraise fut ch(Hsi sur le témoignage de Paul , son prédécesseur, et de tous les catholiques, sans aucune violence (2). Apri's la mort de Taraise, Nicéphore fut élu de même, et consacré volontairement par les évêcpies assemblés. Il n'y a rien de semblable en Pholius, intrus du vivant de l'évéque légitime, ordonné par des évê(jues forcés et accablés de l'autori é impériale, et qui n'a été reconnu par aucune des chaires patriarcales. Enfin, quelques exemples particuliers ne renversent pas la règle générale.

Vousdilesque plusieurs de ceux que l'église romaine a justifiés passent pour condamnés , el plusieurs qu'elle a condamnés, passent pour justifiés ; cela est faux. Le pape Jules et le concile de Sardique eurent raison de recevoir Marcel qui anathémalisoit toutes les hérésies et principalement celle dont il étoit accusé {:<). Le grand Athanase et le confesseur Paul , ces colonnes de l'Eglise, le reçurent de même , et communiquèrent avec lui. Enfin étant retourné à son vomissement et reconnu hérétique, il fut anathématisé par Sylvain et par Libérius, successeur de Jules. Le prêtre Apiarius fut excommunié par Urbain, son évêque, et ensuite déposé par un concile ; mais le pape Zosime, auquel il eut recours, le dédara innocent, et le renvoya au concile d'Afrique pour être rétabli (i). Le concile rendit compte au pape lioniface, successeur de Zosime, de sa conduite à légard d' Apiarius, dont il borna l'interdiction à l'église de Sicque, à cause du scandale qu'il y avoit causé. Ainsi, le concile d Afrique déféra au décret du pape Zosime, *0'n d'y résister, comme vous prétendez.

Quanta Flavien, patriarche d'Antioche, 1 église romaine refusa pour un temps de le

(IJ Sup. l.L, Û.20.

(1) Sup. liv. xvni, n. 5.

, i) Sup. l. xvni, D. 21; '•Xuv,n.2i;l. XLV, n. 33.

(3) Sup. 1. xn, n. 2,5,35.

(4) Sup. I. XXIV, n.6, 11; tom. f, Conc. p. 1671. '

' recevoir, à cause du grand Eustathe, voulant soutenir Paulin, qui étoit le chef des eustathiens (1). Toutefois, les Romains ne persisté^ rent pas dans ce sentiment , et ils reconnurent enlin Flavien pour patriarche d'Antioche par la médiation de l'empereur Théodose. De dire que Monge d'Alexandrie et Acace de Conslantinople furent déposés, et non pas ceux qu'ils avoient ordonnés, cela ne fait rien pour votre justification. J-es canons dislinguent les hérétiques convertis de a'ux qui ont été ordonnés |>ar des usurpateurs ; ils veulent que l'on reçoive ceux qui abjurent leur hérésie. Ainsi, le concile d'Urient et le pape Félix , successeur de Simplicius , condamnèrent absolument Pierre Monge, et le déposèrent , et Félix déposa Acace ; mais ils ne œndamnèrent iwint ceux que l'un et l'autre avoient ordonnés. Au contraire, les canons ne reçoivent en aucune manière ceux qui ont été ordonnés comme Photius et vous; et c'est ainsi que le second concile universel jugi>a de Maxime le cynique, et de ceux à qui il avoit imposé les mains. Grégoire de Syracuse , qui a ordonné Photius, étoit déposé, non-seulement comme schismatique , mais pour plusieurs crimes. Vous avez eu raison de dire que les autres évéques qui ont eu part à cette ordination ne sont pas coupables comme lui , à cause de la violence qu'ils ont soufferte.Mais Pholius étoil schismalique dès auparavant, et s'est fait ordonner par Grégoire volontairement, sans que personne l'y obligeât, malgré la prolestalion de quelques évéques qui sont ici présent.

Zacharie vouloit répliquer ; mais les légats du pape» dirent à l'empereur, qu'il étoit inutile de les ouïr tant de fois disputer sur une chose jugée. Alors le secrétaire Constantin monta sur la tribune, et lut un long discours au nom de l'empereur, pour exhorter les schisma tiques à se réunir. Sondez, leur dit-il, le fond de votre conscience, et vous trouverez que vous avez mal fait de vous séparer (2). Nous sommes à la dernière heure , mes frères , le juge est à la porte, qu'il ne nous surprenne pas hors de son Eglise. N'ayons point de honte de découvrir notre mal pour y chercher le remède. Si vcms craignez tant cette confusion, je vous montrerai l'exemple de vous humilier ; tout ignorant et tout pécheur qee je suis, je vous instruirai, vous qui êtes savants et exercés dans la vertu. Je me prosternerai le premier sur le pavé, au mépris de ma pourpre et de mon diadème. Montez sur mes épaules, roar*chez sur ma tête el sur mes yeux , je suis prêt à tout souffrir , pourvu que je voie la réunion de l'Eglise et que je sauve mon âme. Je ne sais ce que j'ai pu faire,que je n'ai pas fait Pensez à vous désormais ; je suis innownt de votre perte. Quittez donc, mes frères, l'cs^

it

(t) Sup. liv. xvni, n. 3; XIX, n. 27, 50.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME [An de J.-C. sw, 29 Oct

prit de contention et d'animosité , et reprenez l'esprit d union el de charilé: passez du bon côté, el vous jo^grncz à votre chef J\e vous mettez point en peine du Icmporrl; nous avons bien des moyens de vous eonsoler il de vous soutenir. N(»us inlercédcrons de fout notre pouvoir auprès de vos pères et de vos patriarches , pour user de dispense et vous traiter doucement. Seulement ne vous obstinez pas à chercher votre perle, et ne négligez p is une occasion si favorable ; n'alti'ndcz point d'autres temps, et des changements qui ne vous siTviroi<'nt de rien , quand même ils arrivcroient. Les légats du pape et ceux d'Orient approuvèrent l'exhortation de l'empereur , louant sa douceur et l'opposant aux violenc s exercées en faveur de Pholius. L'empereur dit encore aux schismaiiques qu'il leur donnoit sept jours de temps, après lesquels, s'ils ne se soumettoient , ils seroient jugés par lo concile. Puis on termina la cession par des acclamations ordinaires.

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