XXXVII. Septième session. Pholius et Grégoire présents
La septième fut tenue quatre jours après, savoir le vingt-neuvième d'octobre, et l'em- I>ereur y assista encore (1). Par son ordre , le patrice Hahanes dit aux légats: Le délai accordé à Pholius étant expire, nous l'avons encore amené au concile, et si vous l'ordonnez il entrera. En effet, il y avoildix jours depuis la cinquième session où il a voit été présenta. Les légals dirent , Qu'il entre. Pholius entra, s'appuyant sur un bâton , et avec lui Grégoire de Syracuse. Marin, légal du pjp<^ , dil : Olez de sa main le bâton , qui est uni; marque de la dignité pastorale ; il ne doit pas l'avoir, c'esi un loup et non un pasteur. On le lui ôta, et les légats du pape dirent : Demandez-lui s'il a pensé à lui , et s'il veut faire le libelle d'abjuration Bahanes le lui demanda , et Pholius dit : Nous prions Dieu, Grégoire et moi , qu'il conserve l'empereur longues années; nous rendrons compte à l'empereur el non aux légats. Bahanes lui dil : iNavez-vous autre chose à dire? Pholius dil : S'ils avoient ouï ce que nous dîmes l'autre f.>is, ils ne nous fcroient pas celle question ; mais s'ils se rep<»nlent de ce qu'ils ont jugé, qu'ils le montrent par les œuvres. Comment ? dil Bahanes. Grégoire dil : Qu'ils fassent eux-mêmes pénitence du péché qu'ils ont commis.
Bahanes ayant rapporté ce discours aux légats, ils dirent par interprète , car ils ne parloient pas grec : Nous ne sommes pas assemblés pour recevoir d'eux , ou réprimande , ou pénitence, c'est à eux à la recevoir de nous. Ils parlèrent ainsi à la h(mte de l'Eglise. Nous ne leur demandons aulre chose, simm s'ils veulent faire le libelle d'abjuration. iNous savons qu'ils sont couverls de péchés depuis les pieds jusqu'à la télé, el nous n'avons rien à
leur répondre. Les légats d'Orient firent en substance la même réponse, el Pholius, elant encore interrogé par Bahanes, dit qu'ils n'avoient rien à répondre à des calomnies.
XXXVllI. Autres schismaiiques ouïs.
On fit entrer ensuite les évêques de son parti, et les légats du pape dirent : Dans la session précédente nous les avons admonestés de faire le libelle d'abjuration pour les recevoir à la conmiunion comme laïques ; demandez-leur à chacun s'ils le veulent faire; nous ne voulons [touii qu'ils disent aulre chose. Bahanes leur demanda : Quelqu'un de vous fait-il le libelle? Les évéques de Pholius répondirent : A iJieu ne plaise. Deux d'entre eux , Amphiloque et Zacharie , dirent : Quel libelle veut-on que nous fassions , notre profession de foi ? Bahanes consulta les légals, qui dirent : Celui que nous avons apporté de Rome. Qu'ils rejettent Pholius el ses actes, qu'ils analhénialisenl Grégoire de Syracuse el se soumettent à Ignace; enfin qu'ils exécutent en tout les décrets de l'église romaine. Jean, év(kjue d'Héraclée, répondit : Qui analhématise cet évoque, mon- Irant Pholius , soit analhéme. Zacharie de (^halcédoii'.e dil : Nous ne voulons point obéir à ce qui est contre la raison. Nous savons <'omme les choses s(» sont passées. Euschémon de Césaree en Capadoce dil : En ce qui est contre la raiscm cl contre les canons , soit qu'on vienne de Rome ou de Jérusiilem , fut-ce un ange venu du ciel , je n'obéis pas.
Bahanes, avec la permission des légals, parla ainsi à Pholius el à ses évéques au nom de l'empereur : Dites , mt»s amis, d'où élcs vous ? du ciel , de l'abîme ou de la terre que nous habitons? Quand il s'est élevé une hérésie ou un schisme , montrez-moi que quelqu un se soit sauvé n'élant pas de l'avis des qualre patriarches? Aujourd'hui les quatre, el même les cinq vous condamnent ; que vous en semble? quelqu'un est-il |K»ur vous, dites? 1>'S évéques de Pholius dirent • Nous avons les canons des apôtres el des conciles. Bahanes reprit : Où Di. u a-l-il mis les canons? neslee pas dans ses églises? et où sont aujourd'hui les églises; où préche-l-on l'Evangile? n'est-ce pas dans les lieux d'où viennent ces légits? y en a-l-il d'autres, diles? Les évéques de Pholius dirent , s'adressanl à l'empereur , qui leur parloil par Bahanes : Dieu conserve voire majesté. Nous avons demandé sûreté pour expliquer librement nos affaires , el on ne nous l'a pas donnée, comment donc pouvons-nous parler?
Bahanes dit : Rien ne vous empc^che de la part de l'empereur, il consent que vous parli(% mais les juges, voyant que vous ne dites que des injures , ne veulent pas vous entendre. Les évéques de Pholius dirent : Nous ne les reconnoissons pas pour juges. Bahanes dit : Et les canons rejettent-ils les légats des patriar
An de J.-C. m, 5 Nov.] LITRE CINQUANTE-UNIEME
ches? leurs jugements sont-ils déraisonnables ? Très-déraisonnables, dit Amphiloque. Et jugent-ils, dil Bahanes, contre les canons el contre les sentiments de leurs patriarches? Oui , dirent les évéques de Pholius. Bahanes dit : Allez donc chez les patriarches vous en informer. L'empereur ajouta lui-même : Vous qui convenez que ces légats sont venus de la part des patriarches, el chargés de leurs lettres, recevez-les el leurs jugements ; vous qui eiî doutez encore, allez vous en informer el nous en amenez d'autres. Nous vous en donnerons les moyens, el vous ramènerons en sûrelé. Les évéques de Pholius dirent : Qu'on examine ici les affaires.
Ensuite les légals du pape firent lire la grande lettre du pape Nicolas aux Orientaux, écrite en huit cent soixante-six, et contenant les décrets du concile tenu à Rome 61 huit cent soixante-trois ; puis la première lettre du pape Adrien à 1 empereur Basile, du premier août huit cent soixante-huit, el celle qu'il envoya au patriarche Ignace en même temps (f ). On relut aussi les secondes leltres d'Adrien à Basile et à Ignace, du dixième de juin huit cent soixante- neuf, qui avoient dc^à été lues dans le concile; puis les acles du a)ncile de Rnrae tenu par le pape Adrien. Aprè:> quoi on lut au nom des légals un dernier moniloire à Pholius el à ses partisans, pour les exhorter, sous peine d'ana- Inème, à se soumettre à ces jugements (•>). On lut aussi un discours au nom d'Ignace, contenant des actions de grâce sur son rétablissement et la réunion de l'Eglise ; puis on prononça plusieurs analhèmes contre Piiolius , 1 appelant usurpateur, schismatique, faussaire. On dit aussi analhéme a (Grégoire de Syracuse, a Eulampius el à tous les autres sectateurs de Pholius. El, après qu'ils furent sortis, on Unit la session par les acclamations ordinaires.