XLII. Faux témoins cantre Ignace
(t) Sup. I. L, n. io
(t) It février, p. H03.
'») Sup. n. 3.
(3) Sup. I. V, n. 38.
Le concile ayant déclaré qu'il en étoit content, les sénateurs demandèrent aux légats de quoi ils jugeoient à propos de traiter ensuite. Les légats du pape dirent : Nous avons appris que certaines gens ont porté faux témoignage contrtî le patriarche Ignace. S il y en a quelques-uns de présents , nous ordonnons qu'ils entrent. Apres avoir demandé lavis aux autres légats et à tout Je concile, on fit entrer les témoins qui a voient déposé contre Ignacedevaut les légats Rodoalde et Zacharie; et, ayant ete résolu qu'on les interrogeroit séparément, les légats du pape demandèrent au premier- Comment vous appelez-vous ? 11 répondit • Théodore. Quelle est votre dignité ? Protos^ pataire. Etes-vous venu au concile volontaire^ ment ou par force ? J'y suis venu volontairement. El pourquoi y ôles vous venu ? Pour le serment que nous avons fait dans l'église d<^ Saints-Apôtres. De quoi avez-vous fait ce serment ? Du patriarche Ignace. L'avez- vous fait de vous-même ou par violence.? J'ai juré malgré moi ; car l'empereur médit : Tu étois de service le jour qu'Ignace fut fait patriarche, et tu n'as pas vu son élection : c'est pourquoi
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entre et jure J'entrai et je jurai , car je n'ai point vu son élection. Les légats reprirent : Vous saviez bien pourtant qu il étoit patriarche depuis douze ans , et vous commufiiquiez avec lui depuis ce temps-là. Je le savois bien, dit Théodore; mais l'empereur me dit: Tu n'es ni métropolitain ni évêqui», voulant dire que son serment ne tiroit pas à conséquence. Les légats dirent : Et qu'avez-vous juré ? J'ai juré que je n avois p unt vu son élection. Et saviez-vous que vous faisiez un péché en le jurant? Je le savois bien ; mais je ne savois comment faire. Vous éles-vous confessé de ce péché , et en avez-vous reçu pénitence ? Oui , mais celui qui m'a donné la pénitence est mort. Comment s'appeloil-il ? Je ne sais ; je sais seulement qu'il étoil cartulaire qu'il seût moine, et passa quuranleans sur une colonne. Etoit-il prêtre? Je ne sais; il étoit abbé, et j'avois conliance en lui. Avez-vous observé la pénitence ? Oui , grâce à Dieu , car je suis chrétien. Croyez-vous qu'Ignace ait été justement rappelé dans son siège ? Je le crois ; autrement Uieu ne lui auroit pas donné une si longue vie. Vous recevez donc ce concile et tout ce qu'il a jugé? L'empereur le reçoit et tous les chréliens, et comment ne le recevroisje pas ? Assurément je le reçois, car je suis orthodoxe.
Les légats interrogèrentensuite Léonce, greffier, et lui dirent: Comment êtes- v. us entré dans ce concile ? Léonce répondit: On nous a dit : Venez recevoir l'indulgence. De quel péché ? dirent les légats. Lé<mce répondit t De ce que j'ai juré aux saints apùlres. Qui vous y mena ? L'empereur qui réguoit alors et le césar. Par violence ou de votre bon gré ? Ils me demandèrent si j'avois vul'éleclion du patriarche Ignace. Je dis que non ; et ils nje tirent jurer. Los légats dirent: Combien y a-t-ilqu'lgnaceaété sacré patriarche? Léonce ré}K)ndil : Je compte qu'il y a vingt-quatre ans. Avant que d'avoir juré communiquiez-vous avec lui ? Oui. Comment donc vous éles-vous à la fin tourné conlre lui? Savez-vous que c'est un péché ? vous en étes-vous repenti? avez-vous reçu pénitence? Je n'en ai point reçu. Avezvous communié depuis ? J\on. Recevez -vous maintenant le patriarche Ignace? Je reçois ce que reçoit tout L* monde. Voulez-vous recevoir pénitence ? Si vous me la donnez, je la recevrai. Recevez vous ce concile^ je le reçois, Analhématisez-vous Photius et tous ceux que le concile a anathématisés? Qui suis-je , dit Léonce, pour l'anathématiser ? On pionmce anathéme en matière de foi, Photius est orthodoxe: pourquoi l'anathématiserai-je? Les légats dirent : Ses œuvres sont pires que toute sorte d'hérésie. Léonce dit: Puisque vous jugez que l'on peut prononcer anathéme pour autre cause que d'hérésie , je l'a nathema lise et tous ceux que le concile a anathématisés.
Après ces deux, on en examina onze autres, la plupart ofifiiciers de l'empereur , qui dirent
HISTOIRE DU CHRISTIANISME. ( An de J.-C. W©, ii Fe>
qu'on lesavoit fait déposer contre Ignace par violence, par menace d'exil, de perte de leurs biens; en un mot, tous malgré eux (1). Les uns s'en éloient confessés aussitôt, et avoient r(?çu pénitence, les autres la reçurent du concile , qu'ils reconnurent tous , et anathématisérent tout ce qu'il avoit condamné. Ensuite le sénat , par la bouche de Rabanes , dit aux légats du pape : Tous ceux qui ont déposé contre le patriarche ne sont pas ici : quelquesuns sont morts, d'autres scmt absents par maladie ou autrement. Jugerez-vous les uns sans les autres ? Les légats dirent : Nous les attendrons. Le sénat reprit : On ne fera pas pour eux un autre concile; mais les absens apprendront la pénitence que vous leur allez donner. S'ils viennent à vos pieds, ils la recevront ; s ils demeurent obstinés , leur pénitence croîtra comme vouslejugerezii propos. Le patriarche Ignace dit: Il est nécessaire de les examiner en particulier. Plusieurs sont des épingliers, des hôteliers , des maréchaux. Et bien , reprit le sénat , ils viendront se présenter à votre sainteté et à tous les métropolitains. Le patriarche en convint , et on lut la pénitence imposée par leconcileà ces faux témoins. lisseront deux ans hors de l'église, puis deux ans auditeurs, conïme les catéchumènes, sans communier. Pendant ces quatre ans ils s'abstiendront de chair et de vin, excepté les dimanches et les fêtes de Notre Seigneur. Les trois annéi^s suivantes ils seront debout avec les fidèles, et communieront seulement aux fêtes de Noire Seigneur, s'abstenant de chair et de vin trois fois la semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi. Tous ceux qui ne sont pas venus aujourd'hui se présenter au concile demeureront excommuniés , jusqu'à ce qu'ils se soumettent à la pénitence. Le sénat représenta que la pénitence étoit longue, et demanda qu'il fut permis au patriarche Ignace de la diminuer: ce que le concile accorda, et donna plein pouvoir à Ignace de diminuer ou augmenter la pénitence en connoissance de cause , selon la disposition des sujets.