I. Lettres d'Adrien contre le roi Charles
QoAND le pape Adrien eut appris que le roi Charles, sans s arrêter à ses défenses, s'éloil mis en possession du royaume de J.olhaire, il le trouva fort mauvais, et lui renvoya de nouveaux légats, chargés de six lettres de même date, du cinquième des calendes de juillet, indiction treizième , c'est-à-dire du vingt-septième de juin huit cent soixante-dix. La première est à Charles même, à qui il reproche d'avoir méprisé ses légats sans les recevoir, comme les rois avoienl accoutumé : c'étoient Paul et Léon, envoyés l'année précédente (1). Il lui reproche encore davoir viole les serments par lesquels il avoit promis de ne point usurper les royaumes de ses frères ; et par conséquent tous les états de l'empereur Lothaire , dont ceux du jeune Lothaire faisoient partie. Enfin, de l'avoir fait au préjudice de l'empereur Louis, héritier légitime de son frère, tandis qu'il est occupé à combattre les Sarrasins, ennemis du nom chrétien. H conclut en disant : Nous vous enjoignons paternellement, qu'après cette troisième monition vous cessiez d'envahir le royaume de ce prince, autrement nous irons nous-méme sur les lieux , et ferons ce qui est de notre ministère. Enfin , il lui recommande ses légats, savoir, Jean et Pierre, évéques, et Pierre, cardinal, chargés de lui dire de bouche ce qu il ne vouloit pas écrire (2). Il y avoit deux autres évéques, Yibode et Jean, envoyés par l'empereur Louis. Le pape écrivit les mêmes choses aux évéques dii royaume de Charles, et en particulier à Hincmar, comme le premier en dignité. Il se plaint que ce prélat n'a point répondu à ses lettres envoyées par les légats précédents; ce qu'il dit être sans exemple. 11 dilqu'Hincmar, n'ayant pas détourné le roi de cette usurpation, s'en est non-seulement rendu complice, mais auteur ; et lui ordonne, à lui et aux autres évéques , qu'en cas que le roi Charles persiste dans sa désobéissance , ils se séparent de sa communion et n'aient aucun commerce avec lui, s'ils veulent demeurer dans la communion du pape. Il adressa aussi une lettre aux sei-
(1) Sud. liv. u , n. 2.7.
Hadr. Eplst. 33.
(3) Episl. 37.
gneurs du royaume de Charles, qui n'ctoit qu'une copie de lettre aux évéques (1).
Enfin, il écrivit à Louis, roi de Germanie, et aux évéques de son royaume (*2). Il loue le roi de ce qu'il a toujours conservé la paix et Tunion avec l'empereur Louis , sans prétendre au royaume de Lothaire ; ce qui montre qu'il éloit mal instruit des intentions du roi Louis, comme nous allons voir. Mais il se plaint que ce roi eiit permis d'ordonner un évêque de Cologne sans la participation du saint-siège. Car, dit-il , Gonthier ayant été déposé par notre jugement , on n'a piis dii lui donner un successeur sans nous consulter. C'est pourquoi nous ne confirmons point cette ordination , jusqu'à ce que celui qui a été ordonne se présente devant nous , pour être jugé dans un concile.