VIII. Lettre vigoureuse d'Hincmar
Ce fut vraisemblablement par ces ambassadeurs qu'Hincmar de Reims envoya au pape une grande lettre pour réponse à celle que le pape lui avoit écrite le vingt-septième de juin (2). Hincmar dit qu'il a exécuté les ordres du pape autant qu'il lui étoit possible , et rapporte une protestation qu il dit avoir donnée aux deux rois et aux évéques des trois royaumes, après le traité de partage, portant en substance : Le pape Adrien par ses lettres, que j'ai en main , défend à qui que ce soit, sous peine d'anathème , d'envahir le royaume de lothaire, comme appartenant par droit héréditaire à l'empereur Louis; et, si quelqu'un de nous autres évéques y consent , il ne sera plus tenu pour pasteur, mais pour mercenaire. 11 m'ordonne à moi , en particulier , de détourner les rois et les autres de celte entreprise. Toutefois, j'apprends que les rois ont fait un traité pour s'obliger à partager ce royaume, dont ils se disent héritiers ; que sans ce traité il y auroit déjà une grande division entre leurs sujets; et que, s'il ne s'exécute, il s'élèvera entre eux des guerres aussi cruelles qu'il y en eut après la mort de l'empereur Louis. D'ailleurs, on soutient que les évéques et les seigneurs, attaqués par les païens, ne peuvent demeurer sans roi , et ont la liberté , en ce besoin, de s'en choisir un qui soit en état de les
(1) An. Fuld. 870. Sup. (2) Opusc. 41, tom. 2, p, n. 1. 689. Sup. n. 1.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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défendre. Entre le péril de désobéir au pape , | que Jésus-Christ a donnée aux papes et aux et celui de nous exposera lanl de maux, je ' " ' *
n'ose rien résoudre sans l'avis des autres èvéques , et je réserve au pape la décision.
Hincraar dit ensuite dans sa lettre au pape : Quant à ce que vous dites qu'entre les évéques du royaume de Charles je suis le premier en dignité, je ne vois point que je sois au-dessus des autres métropolitains; puisque, suivant les canons, chaque province doit èlre contente du sien. Vous dites que si le roi Charles demeure obstiné, je dois me retirer de sa communion si je veux demeurer dans la vôIre; sur quoi je vous dirai , avec une sensible douleur, ce que médisent les ecclésiastiques et les séculiers , à qui cet ordre n'a pu être caché. Jamais aucun ordre semblable n'a été envoyé à aucun de mes prédécesseurs , quoique de leur temps il y ait eu des guerres civiles entre les frères, et entre le père et les enfants , et maintenant vous n'ordonnez rien de semblable aux évéques, mes frères, dont quelques-uns, à ce qu'on dit , ont appelé notre roi pour leurs intérêts dans le royaume de Lothaire. On dit au roi Charles que jamais votre prédécesseur n'a rien ordonné de semblable contre Lothaire, quoique engagé dans un adultère public ; et que jamais les papes ni les plus saints évéques n'ont évité de paroîlre devant les tyrans ou les princes hérétiques et schismatiques , et de leur parler, quand il étoit besoin : comme à Constantius, arien, à Julien l'apostat, et au tyran Maxime. Enfin , on dit que si je me sépare seul de la communion de notre roi , les autres évéques , qui communiquent avec lui, se retireront de la mienne. Vu, principalement , que le roi ne convient point des crimes de parjure et d'usurpation dont on l'accuse, et n'en est point convaincu juridiquement, comme devroil être le moindre particulier avant que d'être condamné.
Ils nous font lire dans les histoires comment
èvtk|ues, ils nous répondent : Défendez donc le royaume par vos seules prières contre les Normands et les autres ennemis, sans chercher notre secours; mais si vous le voulez avoir, comme nous ne refusons pas celui de vos prières, ne cherchez pas notre perte, et priez le pape de considérer qu'il ne peut être tout ensemble roi etévêque; que ses prédécesseurs ont réglé l'Eglise qui \vs regarde, et non pas l'état qui appartient aux rois, et que, par conséquent, il ne doit pas nous ordonner de reconnoitre un roi trop éloigné pour nous secourir contre les attaques subites et fréquentes des païens, ni prétendre nous asser\ir, nous qui sommes Francs. Car ses prédécesseurs n'ont point imposé ce joug aux nôtres, nous ne le pouvons porter, et nous avons appris qu'il est dit dans l'Ecriture : Que nous devons combattre jusqu'à la mort pour notre liberté et notre héritage. Si un évêque excommunie un chrétien contre la règle, il abuse de sa puissance, mais il ne peut ôter à personne la vie éternelle si ses péchés ne la lui ôtent. Une convient pointa un évêque de dire, qu il doive priver du nom de chrétien et mettre avec le diable celui qui n'est point incorrijiible, et le faire, non pour ses crimes, mais pour ùler ou donner à quelqu'un un royaume temporel. Donc, si le pape veut procurer la paix , qu'il le fasse sans exciter des querelles; car il ne nous persuadera pas que nous ne puissions arriver au royaume du ciel, qu'en recevant le roi qu'il nous veut donner sur la terre.
Hincmar, ayant ainsi mis dans la bouche des autres ce qui lui s(>mbloit trop dur dans la sienne continuedeceltesorte.Jene vois pas comment je puis , sans péril de mon âme et de mon église, éviter la compagnie et la présence du roi, dans le royaume duquel est situé mon dio- ( èse et ma province. 11 apporte des passages de .saint Augustin, pour montrer qu'il ne faut se
An de J.-C. 871. J
Pépin, son bisaïeul, fut sacré roi par le pape séparer des pécheurs que quand l'Eglise les a T?4: , ^^i?^^^^^: 1 jugés, puis il ajoute (1) : Je ne dois pas être
séparé de votre communion pour le fait des autres, auquel je ne prends point de part Vos légats sont témoins qu'en exécution de vos ordres j'ai résisté au roi et aux seigneurs, jusqu'à me faire dire par lui , que si je demeurois dans mon sentiment, je pourrois bien chanter dexant l'autel de mon église, mais que je n'aurois aucun pouvoir sur les biens ni sur les hommes qui en dépendent. On nous a f««it encore d'autres menaces, qu'on ne manquera pas d'exécuter, si Dieu le permet, et je vois par expérience, que ni ma défense ni le discours d'aucun homme n'empêchera notre roi et les seigneurs de .son royaume d'exécuter leur entreprise.
Je ne sais comment je pourrois éviter la présence et la communion du roi et de sa suite, qui viennent souvent , non-seulement dans mon
Etienne, venu en France implorer son secours, et soumit le roi Astolfe, non par lexcommunication du pape , mais par la force de ses armes ; ce que fit Charles du temps du pape Adrien et du roi Didier ; comment il reçut la dignité de patrice , et du temps du pape Léon le nom d'empereur (1) ; comment le pape Etienne couronna à Reims lempereur, son père ; et comment le pape Grégoire , surpris par Lothaire , vint en France malgré son père, et retourna sans y avoir été honoré comme il devoit. Ils font le dénombrement des désordres que notre roi a déjà corrigés dans le royaume de Lothaire, et disent que la conquête des royaumes de ce monde se fait par la guerre et par les victoires , et non par les excommunications du pape et des évéques.
Quand nous les exhortons à recourir à Dieu par la prière, et leur représentons la puissance
• (1) Sup. liv. XLiii, n. li, 18. Snp. liv. XLV, n. 21,