XV.* Translation d'Aclard de Nantes
Hincmar de Beims écrivit aussi sa lettre particulière (3), où il commence par Vaffairc d'Aclard, et dit au pape • J'en ai pris soin, comme vous me l'aviez ordonné ; et parce qu'il éloit chassé de son siège par les Normands et les Bretons , je lui ai permis, du consentement de mes suffragants et du roi, de faire les fonctions épiscopales dans une église vacante de ma province. C'étoit celle de Térouane. Mais il ne pouvoil en être évêque (itu'aire, parce que ce qui reste des biens de l'église de Nantes est trop éloigné de notre province, et qu'il ne pouvoit pas régulièrement appartenir à deux provinces Maintenant qu'il est demandé par le clergé et le peuple de l'église métropolitaine de Tours, en laquelle il a été baptisé, tonsuré et élevé par tous les degrés, jusquà Tépiscopat : nous vous l'envoyons pour l'ordonner an lievêque titulaire démette église; à ccmdilion qu'après sa mort, son successeur sera ordonné, suivant les règles , par les évêques de la province, sur l'élection du clergé et du peuple.
Il vient ensuite à Hincmar de Laon ; et après
avoir relevé sa mauvaise conduite et les efforts inuliles qu'il a faits pour le corriger, il déclare qu'il ne veut plus s'en mêler ni le regarder Comme son suffragant. J'aimerois mieux , ditil , perdre un œil, un pied ou une main que de disputer davantage avec lui sans aucune utilité. Il est temps que je cherche le repos, et que je songe à finir ma vie en pai\. Enfin , il rend compte au pape de l'affaire d'un curé de Son diocèse, nommé Trisinge, qui, étant ivre, avoit blessé un homme à dessein de le tuer (1). Hincmar de Reims l'avoit déposé, et le coupable avoit été se plaindre au pape.
Nonobstant ce qu'Hincmar dit ici en laveur d'Aclard,une lettre qu'il écrivit depuismontre qu'il n'approuvoit pas sa translation (2) Un évéque l'avoit consulté sur ce sujet, et il lui répond que les évéques étant établis , non pour jouir des honneurs et des revenus attachés à leur dignité, mais pour travailler au salut des âmes , aucun motif d'ambition ni d'intérêt ne doit les fai.e passer d'une ville à l'autre. Venant au fait particulier, il dit q'Actard ne devo t quitter Nantes s'il pouvoil y demeurer, ni être élu pour le siège de Tours si on pouvoit trouver un autre sujet ausbi digne de le remplir ; mais qu'il est absolument contre les canons de garderensemblel'uneell'autreéglise.
Pour montrer qu'il peut demeurer à Nantes, il dit que c'est une ville où réside un comte, habitée par des clercs et des laïques nobles et non nobles, et que dans le diocèse il y a des laboureurs et même des juifs (3). Or, ajoutet-il , un évêque qui n'a ni femme ni enfiints peut bien vivre dans une ville où demeure un comte, homme séculier et marié , quoiqu il y demeure entre les païens. D'autant plus, que cet évêque a d'autres terres et des abbayes par la libéralité du roi. Ainsi , quand il dit qu'à Nantes il y a des ecclésiastiques suffisants, pour assister le peuple , mais qu'il n'a pas de quoi y soutenir sa dignité , ce n est que la cupidité qui le fait parler. Et que sait-il si entre ces païens, qui y demeurent, il n'y a point plusieurs prédestinés qui pourroient être convertis par ses instructions ? Il devroil au moins demeurer, en payant tribut aux fidèles, comme le patriarche de Jérusalem , et comme les chrétiens de Cordoue et des autres villes d'Espagne. Cette lettre fait juger que, quand Hincmar éerivoit eu faveur d'Actard, ce n'étoit pas de son mouvement, mais par ordre du roi.