XVI. Loltres de Constanlinople au pape
t:ependant l'empereur Basile et le patriarche Ignace écrivirent au pape Adrien, par l'abbé Théognoste, qui retournoità Rome (4). Le patriarche consultoil le pape sur les lecteurs ordonnes par Pliotius, qui étoienl en très-grand
HISTOIRE DtJ CHRISTIANISME.
[An de J.-C. un.
Jîj Opus. 4, 5, lo. i, p.
(i) Toni. 8, Conc. p ÎITO. Sup. liv. \xi. II. 30
nombre dans tous les lieux de la dépendance de Conslantinople pour savoir s'ils |)ouvoient être promus aux ordres supérieurs. Il demandoit encore dispense pour Paul , gardo-charles de l'église de Conslantinople , que Photius avoit ordonné archevêque, et à qui le pape avoit permis de conférer toute autre dignité, hors le sacerdoce. Ignace demandoit qu il fut rétabli dans l'èpiscopat. Enfin, il demandoit grâce pour Théodore, métropolitain de Carie. C'est moi, disoit Ignace, qui l'ai ordonné, et il a beaucoup souffert pour moi. H est vrai qu'il a cédé enfin à la persécution de Photius, mais il s'en est repenti , et a demandé pardon. Vos légats l'ont nUerdit des fcmctions du sacerdoce, parce qu'il avoit souscrità la déposition du pape Nicolas. Nous vous prions d'user, s'il est possible, de dispense sur ces trois articles.
L'empereur demandoit au pape la même grâce, et témoignoil être en peine des légats, qui avoient présidé au concile, n'ayant point eu de nouvelles de leur retour. (À*s deux lettres étoient accompagnées de présents. (À»ux de l'empereur sont des étoffes, dont les noms nous sont inconnus : ceux du patriarche un Evangile grec-latin , très-exactemenl corrigé, une étole ornée d or, une belle chasuble et de la Ihériaque très-èprouvée.
Le pape répondit à 1 empereur: Nos légats sont entin revenus, quoique tard, et après beaucoup de périls. On les a pillés, on a tué leurs gens ; ils sont arrivés dépouillés de tout , et sans aucun secours humain. Tout le monde en gémit, et on s'étonne qu'ils aient souffert ce qui n'est arrivé à aucun légal du sainl-siége sous aucun empereur, et cpie vous ayez si mal pourvue leur sûreté. Après les avoir demandés avec tant d empressement , vous deviez au moins suivre l'exemple de JMichi l, votre prédécesseur, qui renvoya avec une bonne escorte ceux qui lui furent envoyés. Il y a encore un autre point , sur lequel vous avez elTiicè toutes les marques de bonté que aviez données au saint-siège. C'est que , sous votre protection , notre frère Ignace a bien osé consacrer un évêque chez les bulgares. Nous vous supplions de l'obliger, du moins à présent, à s'abstenir du gouvernement de ce pays; autrement il n'évitera pas la peine canonique, et ceux qui s'attribuent en ce pays-là le titre d'évêque, ou quelqu'aulrequecesoit, seront déposés, outre l'excommunication qu'ils ont déjà encourue.
Quant aux trois arlick^ dont vous nous avez priés à la sollicitation d'Ignace, nous ne pouvons rien changer à ce qui a été réglé, principalement en ce qui regarde les ordinations (le Photius. Si ce n'est que les parties intéressées se présenlrnt contradic toirement devant nous, et nous instruisent de quelqn(»s faits que nous ignorons, (^iir il n y a ïmuiU en nous de oui et de non , et nous m» pouvons en aucune manière nous écarter de ce que le pape Nicolas ou nous avons ordonné, et de ce qui vient d'êlre décidé par le concile um'versel. Ce
An de.rc.«7t.]
n'est pas notre coutume d'abuser selon notre fantaisie des ordonnances de nos pères , comme font chez vous quelques prélats , qui allèguent les canons des conciles ou les décrets du samtsiège , quand ils veulent nuire à quelqu'un ou favoriser leurs prétentions, et les passent sous silence quand ils seroient contre eux ou pour lesaulres. Au reste , l'abbé Théognoste n'a rien épargné pour obtenir ce que vous désiriez. La lettre est du dixième de novembre, indiclion cinquième, quiesllan huit cent soixante-onze. Il faut bien remarquer cette fermeté des papes à refuser les disj)enses, et s'a l lâcher inviolableraent aux règles.
Nous n'avons pas la réponse au patriarche Ignace , mais seulement un fragment d'une autre lettre, où le pape lui dit : Vous m'avez écrit que nos prêtres et nos évrHiues soient chassés honteusement de Bulgarie , quoiqu'il n'y ait eu encore sur ce point aucun jugement devant vous , car nous n'avons jamais été appelés en justice pour ce sujet. Si vous dites que nous avons commencé à défendre aux prêtres de la dèp'udance de Conslantinople de faire leurs fonctions en ce pays-là , nous ne le nions pas. C'étoient des gens de la communion de Photius que nous avons interdits, non-seulement en Bulgarie, mais par toute l'Eglise , comme nous faisons encore. Vous, qui le saviez , ne deviez pas les souffrir en Bulgarie. Nous avons appris que vous faites plusieurs autres choses contre les canons ; et en particulier que vous aviez ordonné de laïques tout d'un coup diacres nonobsîant les décrets du dernier concile. Vous savez que la chute de Photius a commencé par-là.
Le fondement de celte plainte du pape étoit, qu'après la conférence de Conslantinople au sujet des Bulgares, les légats d'Orient et les Grecs leur persuadèrent de chasser les prêtres latins, et de recevoir des grecs (1) Ils renvoyèrent à Rome l'évêque Grimoalde , qui se retira chargé de richesses, sans congé du pape, et apporta une grande lettre du roi des Bulgares, où ce prince prétendoit justifier sa conduite 'par 1p jugement des légats , qui avoient présidé au concile. Grimoalde^ disoit que les B ulgares l'a voient chassé, quoique la lettre n'en dit rien j et les prêtres qui l'accompagnoient disoient qu'ils n'avoient été chassés ni par les Grecs ni par les Bulgares, mais trompés par Grimoalde lui-même. Ce qui donna grand sujet de le soupçonner d'avoir trahi son ministère.