Sup. I. I, n
l'-Pist. 91.
ne vous demande ni des dignités, ni de la gloire, m de la prospérité, mais ce que les barbares ne refusent pas à leurs esclaves de mener une vie qui ne soit pas pire que la mort, ou d'être promptcment délivré de ce corps.
11 écrivit aussi au patrice Bahanes en ces termes(l) : Autrefois les Romainsetles Grecs pour ne pas dire les chrétiens, mettoient des bornes au mal qu'ils faisoienl à leurs plus grands ennemis : les barbares gardent des règles dans les punitions , et on dit qu'il y a même des bêles qui épargm*nt les malheureux. Cependant l'état où vous m'avez mis, vous qui êtes si humain, m'a rendu malade; il y a un mois que je le suis, j'ai besoin d'un médecin, on vous a souvent prié de permettre qu'il me visite; et toutefois, où est l'humanité et le christianisme.^ Vous ne l'avez pas accordé. Je ne puis encore me résoudre à vous traiter de barbare ni de bête féroce ; c'est à vous à considérer, après avoir inventé contre nous des supplices si étranges et si nouveaux sous le soleil , quel nom vous trouverez convenable à vos actions, au lieu de ceux de chrétiens, de Romains, de Grecs, de barbares, de bétes farouches. Pour moi , si je cède à la maladie , sachez que je remporterai contre vous une plus illustre victoire, laissant ma mort violente pour un monument éternel de votre inhumanité. Telle étoit la douceur et la patience de ce prétendu confesseur.
On voit les mêmes hyperboles et la même amertume en plusieurs autres lettres , particulièrement dans une très-longue aux évéques de son parti (2). C'est une apologie contre les reproches de quelqu'un, qu'il ne nomme point, parce, dit-il, que l'on profite plus aisément des avis qui sont donnés ainsi sans désigner personne. U se plaint que ce calomniateur prétend deviner même ses pensées pour l'accuser d avoir perdu la raison, jusqu'à mépriser les lois de Dieu, et trahir toute l'Eglise, c'esl-àdire qu'on publioit qu'il avoit dessein de faire sa paix avec le pape et avec Ignace. Ce n'est pas, dit-il . que les maux dont je suis accablé ne soient capables de faire perdre l'esprit; et là-dessus il décrit pathétiquement ses souffrances ; mais il dit que l'ami qui l'accuse de trahir l'Eglise, est plus cruel que tous ses persécuteurs. U emploie tout l'artifice de son éloquence pour le charger de c<>nfusion et le faire rentrer en lui-même. Je ne m'étonne pas, dit-il , qu'on m'abandonne en l'état où je suis , quoique sous mon nom ce soit abandonner la vérité ; ce qui est insupportable, c'est de vouloir m'atlribuer la cause de cet abandon. Il rapporte ensuite, comme une preuve de la bonté de sa cause et un miracle évident, que personne ne s'est séparé de lui dans une si grande tempête, ni grand , ni petit, ni évéque,
(1) Epist. lu..
(2) Episl. 174, p. 840, 255, i57.
i^«fcfci
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
d'une ville obscure ou d'une ville célèbre ; les ignorants , les savanis , les éloquents, les vertueux , pas un seul n a cédé au temps el ne s'est laissé emporter au torrent. Et il est vrai qu'il n'y eut que les cent évéques , qui avoient été ordonnés par Méthodius et par Ignace, qui'souscrivirent au huitième concile ; Pholius sutVetenir dans son parti tous ceux qu'il avoit ordonnés , qui étoient plus de trois cent. Il revient enûnâ la douceur, et emploie toutes les expressions les plus tendres de la charité pour ramener celui qui l'avoit offensé. Puis il s'adresse aux évéques , qu'il exhorti; à demeurer fermes, et tinit en leur recommandant de prier pour l'empereur.