LIVRE CINQUANTE-DEUXIÈME
pète mot pour mot ce qu'il avoit écrit aux évéques, et veut que le roi l'envoie à Rome avec escorte. H répète aussi ce qu'il avoit dit d' \ctard de Tours, et prie le roi de prendre la protection de cette église si vénérable, puis il ajoute • Vous savez que tout le monastère doit être suivant les canons, en la puissance de l évéque ; et le mépris de cette règle a cause la ruine de plusieurs monastères, comme celui de Saint-INlédard de Tours, où sont ses premiers èvckjues , saint Lidoire et saint Catien , comme Mannoutier et plusieurs autres dans la même cité Saint-Médard est un prieure au faubourg de la Riche.
XXll. Lettre du roi Charles au pape.
Actard ayant apporté cette lettre au roi , il en fut extrêmement choqué, el y répondit par une lettre très-ferme, qui se trouve entre les œuvres d'Ilincmar de Reims, etquiest bien de son style (1).ll répond pied à pied à toute la lettre, et se plaint d abord de ce que le pape 1 accuse de murmurer contre ses corrections. Dans vos lettres précédentes, dit-il, vous m'avez appelé parjure, tyran, perlide et dissipateur des biens ecclésiastiques , sans que j'en sois convaincu : dans ceUe-ci vous m'accusez de murmure, qui est encore un grand crime, suivant l'Ecriture; et vous voulez que je reçoive agréablement vos corrections. Ce seroit tacitement me reconnoître coupable de ces crimes et me rendre indigne, non-seulement des fonctions de roi , mais delà communion de 1 Eglise. Ecrivez-nous ce qui convient à votre ministère et au notre, comme ont fait vos prédécesseurs, el nous le rece V rons avec joie et reconnoissance (2; .
Vos lettres portent : Nous voulons et nous ordonnons par lautorité apostolique, qu'llmcmar de Laon vienne à Rome et devant nous , appuyé de votre puissance. Nous admirons ou l'auteur de cette lettre a trouvé qu'un roi , obligé à corriger les méchajits et à venger les
crii coikIj
qu'avant sa dép<
trois conciles, d'entreprise contre le repos public, et qu'après sa déposition il persévère dans sa désobéissance. Nous sommes obliges de vous écrire encore que nous autres, roisue France , nés de race royale , n'avons Fjm nasse iusan'à orésent pour les lieutenants (its
obligé à corriger les méchants et à venger les crimes, doive envoyer à Rome un coupable condamné selun les règles, vu principalement qu'avant sa déposition il a été convaincu, en
passé jusqu'à présent pour
évéques , mais pour les seigneurs de la u rrt ,
et comme dit saint Léon et le concile r<^";;'''.V
les rois el les empereurs , que Dieu a eiaoïis
pour commander sur la terre, ont permis, u^
ev
.êques de régler les affaires suivant le r^
idonnances, mais ils n'ont pas été les et-onu-
..les des évéques. Et si vous feuilletez les u-
cistresde vos prédécesseurs, vous ne trouve^ t^
point qu'ils aient écrit aux noires comme vous
mi
venez de nous écrire. Il rapporte ensuite deux lettres de saint Grégoire, pour montrer avec quelle modestie il écrivoit, non-seulement aux rois de France, mais aux exarques d Italie. 11 insiste sur la dignité royale établie de Dieu ; il rapp()rle le passage du pape Gélase, sur la distinction des deux puissances spirituelle et temporelle, que j'ai rapportée en son lieu (1).
Ne nous faites donc plus écrire, ajoute-t-il des commandements et des menaces d'excommunication, contraires à l'Ecrilure et aux canons. Car, comme dit saint Léon , le privilège de saint Pierre subsiste, quand on juge selon s(m équité : d'où il s'ensuit que, quand on ne suit pas cette équité, le privilège ne subsiste plus. Quant à l'accusateur, que vous ordonnez qui vienne avec Hincmar, quoique ce soit contre toutes les règles, je vous déclare que, si l'empereur, mon neveu, m'accorde la liberté des chemins, et que j'aie la paix dans mon royaume contre les païens, j'irai moi-même à Rome me porter pour accusateur, et avec tant de témoins irréprochables qu'il paroitra que j'ai eu raison de l'accuser. Enfin , je vous prie de ne me plus envoyer, à moi ni aux évéques de mon royaume , de telles lettres que vous nous avez envoyées jusqu'ici, afin que nous puissions touj(mrs rendre, comme nous désirons, à vos lettres et à vos légats l'honneur et le respect qui leur convient. Cette réponse éloit dans un cahier scellé, accompagne d'une petite lettre d'envoi (2).
Les évéques du concile de Douzi répondirent au pape à peu près sur le m me ton (3). JNousavons trouvé, disent-ils, dans vos lettres des choses que nous avons fait relire plusieurs fois, doutant si nous les avions bien entendues; et, par le récit de notre confrère Aciard, nous avons compris que la grandeur de vos occupations ne vous a pas permis de lire tout au long les actes de notre concile , ni même de donner 1 attention nécessaire à notre lettre. Nous prenons donc la liberté de vous représenter qu'avant que de cwidamner Hincmar nous avons
faitliredansnotreconcilelecanondeSardique, touchant les appellations au saint-siége. La lettre des évéques est imparfaite en cet endroit; seulement il paroît qu ils vouloient prouver que l'appel d'Hincmar ne devoit pas être jugé 3 Rome, mais en France, par des juges délégués, suivant le concile de Sardique.
XXIIL Réponse douce du pape.
L'archevêque Actard retourna à Rome porter ces réponses, el en rapporta une lettre du pape au roi Charles, bien différente des précé- «t'ules (4) , dont il excuse la dureté , et s'étend ^Uï* les louanges du roi. Nous avons appris,
rt) P. 7oa, ^oi.
^ (JJ P. 707. Sup. I. XXX, '^'^7, p. 701.
(3) Tom. 8, Conc. p
4} Ep. 34.
dit-il, de plusieurs personnes vertueuses, et principalement de notre confrère Aciard , que vous êtes le plus grand amateur et protecteur des églises qui soit au monde ; en sorte qu'il n'y a dans votre royaume ni évéque ni monastère que vous n'ayez enrichi de vos biens et que vous souhaiteriez ardemment d'honorer le siège de saint Pierre, de répandre vos libéralités sur son vicaire et son clergé, et de les défendre de tous leurs ennemis. Et ensuite : Tenez secrète cette lettre, et n'en faites part qu'à vos pluslîdèles serviteurs; nous vous assurons el vous promettons que, si vous survivez à notre empereur et nous aussi , quand ou nous donneroit plusieurs boisseaux d'or, nous ne reconnoîtrons jamais d'autre empereur romain que VOUS; et dès à présent, ce cas arrivant, le clergé, le peuple et la noblesse de Rome vous désirent pour chef, roi , patrice, empereur et défenseur de l'Eglise. Quant à Hincmar de Laon, le pape déclare qu'il né veut prendre connoissance de son appel que suivant les canons, et promet, après qu'il sera venu à Rome, d'en renvoyer le jugement sur les lieux. C'est la dernière lettre que nous ayons du pape Adrien , qui mourut vers la fin de cette année huit cent soixante-douze.