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XXIV. Saint Alhanase, évéque de Naples

La même année mourut aussi saint Athanase, évéque de Naples(l). Cette ville étoit dés lors une des plus considérables d'Italie par la piété de ses habitants et la multitude des églises et des monastères; on y célébroit l'office divin en grec et en latin, et il y avoit quelquefois deux évéques pour les deux nations. Athanase étoit frère de Grégoire, gouverneur de la ville, et en fui ordonné évéque en huit cent cinquante , n'étant âgé que de dixhuit ans , tant les canons étoient alors mal observés. Grégoire, étant mort, eut pour successeur son fils Sergius , homme léger el intéressé, et tout-à-fait différent du père. L'évéque son oncle le reprenoit souvent, et lui donnoit des avis salutaires , qjue la femme de Sergius ne pouvoit souffrir, el lui disoit que, s il vouloit être le maître dans Naples, non-seulement il devoit ne point déférer aux remontrances de l'évéque, mais l'éloigner de la ville, ou même le faire périr.

Sergius, persuadé par sa femme, fit cacher ehez lui des gens armés, et, ayant mandé l'évéque Athanase sous prétexte de tenir un conseil, le fit arrêter, dépouiller de ses habite sacerdotaux , et mettre dans une étroite prison. Toute la ville en fut émue, et vint le redemander à Sergius. Les Grecs et les Latins, les prêtres el les moines vinrent au palais, et Antoine, abbé , vénérable par son âge et par l'austérité de sa vie, se mita la tête du clergé, se

(i) Vila Auct. Pelro. Cass.

HISTOIRE DU CHRISTIAJNISME.

tAniicJ.-C. 87i.

An8deJ-CS73el87i.] LIVRE CINQUANTE-DEUXIÈME.

faisant soutenir à cause de sa foiblesse. Il fit de grands reproches à Scrgius, et le menaça de sa perte el de celle de loule la ville s il ne lui rendoil son pasteur. Sergius demanda du temps pur délibérer, el les renvoya jusqu'à trois fois. Enfin, voyant que le clergé menaçoit de dépouiller lous les autels, el de le frapper lui-même d'un analhème perpétuel, il rendit ï'évéqueau bout de huit jours, el feignit de lui demander pardon ; mais il retint ses frères qu'il a voit aussi arrêtés.

Ensuite, voyant la joie du peupli» pour la liberté de l'évéque, il se rep<'nlit de l'avoir délivré, et le fil observer par des espions, qui ne permelloient à personne d'en approiher. Alhanase , ayant en vain prié son nev€»u de le traiter autrement, scella de son sceau le trésor de l'église, et y mil une inscription en ces mots : Analhème à qui fera ouvrir celle porte en mon absence ou sans mon ordre , et se retira dans l'Ile du Sauveur, distante de iXaples de demi-lieue, ou douze stades. Sergius lui fit dire : S'\\ veut vivre en repos, qu'il prenne rhabit monastique, qu'il me laissa' disposer de l'église, et renvoie les clercs qu il a emmenés. Athanase répondit : Je ne quitterai point volonlairemenl l'épouse que Dieu m'a donnée, et n'abandonnerai point ceux qui m'ont suivi par charité. Tout ce que je demande à Sergius , c'est qu'il me laisse en lieu sûr, jusqu'à c»' que Dieu lui louche le cœur.

Sergius, ayant reçu celle réponse, assembla des troupes de ISapolilains el de Sarrasins, el assiégea pendant neuf jours l'île où éloil Alhanase. Ce que l'empereur Louis ayant appris, il y envoya Marin, gouverneur d'Amalii, avec vingt barques, qui mirent en fuile les troupes de Sergius, et on amena l'évoque Alhanase à Bénévenl, où éloil l'empereur, qui le traita avec grand honneur. Sergius, au désespoir qu'il lui eut échappé , força le trésor de l'église et en dissipa toutes les richesses ; il fil fustiger des prêtres et les traîner nus par les rues, et il donna des églises à des laïques, qui en acheloient la garde à prix d argent. La ville de Naples éloil dans une extrême consternation.

Le pape Adrien, en étant averti, écrivit une lettre à Sergius, el une autre au clergé el au peuple de Naples, leur ordonnant sous peine d'ana thème de recevoir leur évêque. Ils n'en tinrent compte; c'est pourquoi Anastase, bibliothécaire, el l'abbé Césaire vinrent à Naples de la part du pape et de l'empereur, el prononcèrent l'analhème. Cependant , le saint évêque alloit de côté el d'autre errant el affligé, et la femme de Sergius, qui ne cessoil de persécuter ce prélat, envoya des gens j)our l'em poisonner à Rome. Dieu le garantit de ce péril, et il se relira à Surrenie. Un jour, comme il y éloil avec l'évêque Elienne, son frère, il commença à pleurer amèrement, Elienne lui en ayant demandé le sujet, il répondit : Voilà la malheureuse ville de Naples frappée d'ana-

thème de la part du pape et de la mienne; si nous mourrions l'un el l'autre, comme il peut arriver, que deviendroil-elle? J'irai à Rome, el je prierai le pape de la délivrer de celte excommunication ; il le fil , et le pape Adrien envoya un év(k|ue, nommé Dominicfue, lever la censure. Ensuite, comme Alhanase alloil avec l'empereur Louis pour être rétabli dans son siège, il mourut dans l'oratoire de Sainl-Quirice , à six milles du mont Cassin , le quinzième de juillet, indiclion cinquième, qui est Lan huit cent soixante-douze. 11 fut vingt-deux ans évêque, el la persèculion qu'il soullVit dura vingt-un mois. L'Eglise honore sa mémoire le jour de sa morl(l;.

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