XXXIV. Suite du concile de Ponlion
La seconde session du concile de Pontion fut le vingt-deux de juin huit cent soixanteseize. On y lut l'acte du concile dePavie pour la confirmation de l'élection de l'empereur et les articles dressés à Pavie. Le tout fut confirmé, suivant l'ordre de l'empereur, par les L véques et les seigneurs de France, de Bourgogne, d'Aquitaine, de Septimanie, de iVeustrie et de Provence (3j.
La troisième session fut le troisième juillet mais l'empereur n'y assista pas. Un y disputa touchant les prêtres de divers diocèses qui réclamoient les légats du saint-siège. Le lendemain , fut tenue la quatrième session, l'empereur y étant. 11 donna audience aux ambassadeursdu roiLouis, sonfrère, savoir, Guillebert archevêque de Cologne et deux comtes , qui demandèrent au nom de leur maitre sa part du royaume de l'empereur Louis, suivant son droit de succession, et les serments faits entre les frères. Ensuite Jean, évêque de Toscanelle lut une lettre du pape Jean, adressée aux évêques du royaume de Louis, et en donna copie à l'archevêque Guillebert pour la leur rendre. En cette lettre, Louis est fortement blâmé d'être entré à main armée dans les états de l'empereur Charles, son frère, pendant son absence, quoique le pape se fût offert pour être enti^e eux le médiateur de la paix (4). Mais il blâme encore plus les évêques de ne lui avoir pas résisté, et applique à ce sujet ce ^ue dit saint Paul, que nous n'avons pa.« à combattre la chair et le sang (5)j ma»-« les princes et les puissances, et plusieurs autres passages
(2) Sup. liv. xLYiii, n.
(3) Tom. 9,Conc.p. 28*,
(4) Epist. 313.
(5) Eplies VI, 12
HISTOIÏIE DU CHRISTIANISME.
[ An de J.-C. 876.
de l'Ecriture aussi bien entendus. Il conclut, que les évèques doivent par leurs exhortations détourner le roi Louis de cette injuste entreprise, s'ils ne veulent être déposés, e\commu niés et anathèmatisés, sans espérance d'absolution. Car, ajoute-t-il, quicx)nque refusera de se trouver avec nos légats au lieu qu'ils auront marqué, pour examiner les affaires survenue» cette année entre C€»s deux princes , qu'il sache, de quelque condition qu'il soit, qu'il n'y aura point de pardon pour lui.
On lut une lettre aux comtes du royaume de Louis, contenant les mêmes repnxîhes contre lui , et les mêmes menaces contre eux , s'ils ne se trouvoient à la conférence indiquée par les légats. On lut aussi une lettre aux évéques et aux comtes du royaume de l'empereur Charles, qui lui étoient demeurés lîdèles pendant l'invasion du roi Louis ; et une à ceux qui avoienl pris le parti de celui-ci : louant les uns , blâmant les autres, et leur ordonnant à tous d'ohïiT aux légats (1).
Le dixième de juillet on tint la cinquième session du concile, où vinrent deux nouveaux légats du pape, Jean, son neveu et son apocrisiaire, évêque de Gabii , et Pierre, évéque de Fossembrune , apportant des lettres à l'empereur et à l'impératrice , et des complimentsaux évêques. Le lendemain, on tint la sixième session, où on lut une lettre du pape, adressée à tous les évèques de Gaule et de Germanie (2) , contenant la sentence prononcée contre l'èvéque Formfvse, le nomenclateur Grégoire et leurs complices, et exhortant les évèques à la faire publier et exécuter par tous les aiocèses. Dans celte même session, on donna à l'empereur les présents du pape, dont les principaux étoient un sceptre et un bâton d'or, et à l'impératrice des étoffes précieuses et des bracelets ornés de pierreries.
La septième session fut le quatorzième de juillet L'empereur y envoya les légats du pape, reprocher durement aux évêques de n'être pas venus le jour précédent, suivant son ordre , mais ils en rendirent des raisons si canoniques, que les légats s'apaisèrent. Jean de Toscanelle lut encore, par l'ordre de l'empereur, la lettre touchant la primatie d'Ansegise , el demanda la réponse. Les archevêques répondirent l'un après l'autre qu'ils prélendoient obéir aux décrets du pape selon les règles, comme leurs prédécesseurs a voient obéi aux siens ; et parce que l'empereur étoit absent , leur réponse fut mieux reçue qu'à la première session. Il y eut encore plusieurs contestations touchant les prêtres qui s'adressoient aux légav« du pape; enfin, on lut une requête de Frolaire, archevêque de Bordeaux, tendante à ce qu'il lui tàx permis de remplir le siège de Bourges , atteuAii que les incursions des païens, c'est-à-dire des» Normands, l'empôchoient de demeurer dans sa ville. Le» ôv4qnp<;
rejetèrent sa demande tout d'une voix ; maïs Frolaire ne laissa pas d'obtenir ensuite le siège de Bourges.
Les évêques s'assemblèrent pour la huitième et dernière fois, le matin du seize juillet, par l'ordre des légats. L'empereur vint au concile à r heure de none, paré el couronné à la grecque, c'est-à-dire comme on voit les empereurs de Constantinople dans les médailles et les manuscrits. L'annaliste de Fulde dit que Charles, à son retour d'Italie, portoit une dalmatique longue et une ceinture qui lui pendoit jusqu'aux pieds , un voile de soie sur la tête el une couronne par dessus; qu'il venoit ainsi à l'église les dimanches et les fêtes , et que , méprisant les coutumes des rois françois , il eslimoit les vanités grecques (1). Charles vint donc au concile en cet habit, conduit par les légats, habillés à la romaine , les évêques étant en babil ecclésiastique. L'évêque Léon prononça l'oraison, et Jean, évêque d'Arezze, autre îègat, lut un écrit destitué de raison et d'autorité, comme disent les annales de saint Berlin , écrites par Hincmar ou par son ordre. Ensuite, ajoutent-elles, Odon, évêque de Beauvais, lut certains articles, que les légats Ansegise et Odon lui-même avoient dictés sans la participation du concile, qui se contredisoient, n'étoient d'aucune utilité , et n'avoient ni autorité ni raison. C'est pourquoi ils ne sont pas insérés ici. On renouvela la question de la pri- I matie d'Ansegise; et, après plusieurs plaintes de l'empereur et des légats contre les évêques, Ansegise n'obtint rien de plus à ce dernier jour du concile qu'au premier. Les choses sont demeurées au même état ; l'archevêque de Sens , depuis ce temps-là , prend le titre de primat des Gaules et de Germanie, mais ce n'est qu'un titre sans aucune juridiction. Ensuite Pierre , évêque de Fossembrune, et Jean de Toscanelle, allèrent à la chambre de l'empereur, et amenèrent dans le concile l'impératrice Kichibfe, couronnée. Elle se tint debout près de lempereur, t(»us se levèrent ; Léon de Gabii et Jean de Toscanelle commencèrent les acclamations de louanges pour le pape, pour l'empereur, pour l'impératrice et pour les autres, suivant la coutume ; le légat Léon prononça l'oraison , et ainsi finit le concile.