LIVRE CINQUANTE-DEUXIÈME
An de J.-C. 878.1
Ensuite Rostaing, archevêque d'Arles, seleva et présenta au concile une plainte contre les év(Hjues et les prêtres qui passoient d'une église à f autre, et les maris qui abandonnoient leurs femmes pour en épouser d'autres de leur vivant. Valbert , évêque de Porto, demanda l'avis du concile sur cette plainte, etfarchevêque Hincmar, répondant au nom de tous, demanda du temps |)our apporter les autorités des cimons. Théodorie, archevêque de Besancon, présenta une plainte contre une femme nommée Yersinde , qui, après avoir pris le voile, avoit contracté un mariage illégitime.
A la troisième session , tous les évéques du concile présentèrent au pape facte par lequel ils témoignoienl leur consentement , contenant en substance : Seigneur et très-saint père, nous, évéques de la Gaule et de la Belgique vos serviteurs et vos disciples , compatissons aux maux que des ministres du diable ont commis contre notre sainte mère, la maîtresse de toutes les églises ; et nous suivons unanimement le jugement que vous avez porté contre eux selon les canons, en les faisant mourir par le glaive de l'esprit. Nous tenons pour excommuniés ceux que vous avez excommuniés, pour anathémalisés ceux que vous avez anathèmatisés ; et nous recevrons ceux que vous recevrez, après qu'ils auront satisfait selon les règles. Mais nous avons tous dans nos églises de semblables maux à déplorer. C'est pourquoi nous vous supplions en toute humilité de nous secourir et de nous prescrire comment nous devons agir contre ceux qui pillent nos églises: aiin qu'appuyés de votre autorité, nous et nos successeurs soyons plus forts pour leur résister et les punir.
Le pape reçut cet acte agréablement et de ses propres mains, et de sa part en donna un aux évéques , portant excommunicaticm contre les usurpateurs de biens ecclésiastiques en général, s'ils ne les rcstituoient dans le premier jour de novembre, s'ils demeuroient opiniâtres, ils seroient anathématisés; et s'ils mouroient dans eur péché, privés de la sépulture ecclésiastique. Ensuite on présenta au pape et au concile deux plaintes, fune contre l'archevêque Hincmar , l'autre contre Katfred, évêque d'Avignon , à qui Valfred, évêque d' Usez, présçntau concile, disputoit la juridiction d'une paroisse. Comme l'è vêque d'Avili non étoitabsent, on ne passa pas outre à son égard ; mais le pape renvoya l'affaire aux archi^vêques d'Arles et de Narbonne, leurs métropolitains, pour la juger sur les lieux, avec un nombre compétent d'évêques (1).
LU. Plainted'Hincmar de Laon.
Ce fut Hincmar de Laon qui présenta la plainte contre son oncle ; et il y parloit ainsi ,
s'adressant au pape : L'archevêque de Reims m'a appelé au concile de Douzi pour répondre sur certains chefs (1). Comme j'y allois en diligence , je fus à mi-chemin séparé de mes ouailles par des gens armés, dépouillé de tous mes biens, et conduit ainsi jusqu'à Douzi. Le roi Charles y étoit déjà , tenant à sa main un écrit, où il m'accusoit de parjure , parce que j a vois envoyé à Rome sans sa permission , et prétendoit que je fy avois accusé. L'archevêque m'ordonna d'y répondre . je dis que j'étois prêt à répondre sur les chefs pour lesquels il m'a voit mandé ; et, comme il me pressoit de répondre à faccusation du roi, je remontrai que, suivant les canons , un homme dépouillé et retenu à main armée n'est point obligé de répondre. J'ajoutai qu'il m'étoit suspect, et même mon ennemi déclaré, c'est pourquoi j'appelois au saint-siège, tant de Faccusation du roi que de la vexation de farchevêque. Je lus des autorités du pape Jules et du pape Félix, touchant les appellations des évoques , et je me prosternois pour en demander l'exécution. J'avois même des lettres du pape que je venois de recevoir , où il m'ordonnoit de venir incessamment ; mais tout cela ne me servit de rien, et l'archevêque prononça contre moi une sentence de déposition. Les autres évéques pleuroient et gémissoient , car je ne m'étois attiré l'aversion d'aucun. Ils lisoient à regret la sentence que l'archevêque leur avoit mise entre les mains, et ajoutèrent à la tin : Sauf en tout le jugement du saint-siège. Ensuite on m'a envoyé en exil , où on m'a gardé et quelquefois mis aux fers. Au bout d'environ deux ans, on m'a ôté la vue ; aussitôt que j'ai été libre, je suis venu me présenter devant vous, vous suppliant de me juger suivant les canons. On donna un délai à l'archevêque de Reims pour répondre à cette plainte.
LUI. Suite du concile de Troyes.
Dans la quatrième session du concile de Troyes, ce qu'on fit de plus considérable , fut de lire les canons que le pape avoit dressés, et qui furent reçus et confirmés par le concile. Ils sont au nombre de sept, et ne regardent guère que le temporel de l'Eglise (2).
Les évéques seront traités avec toute sorte de respect par les puissances séculières; et personne ne sera assez hardi pour s'asseoir devant eux s'ils ne l'ordonnent. Les laïques ne toucheront point aux biens ecclésiastiques sans leur consentement. On ne demandera ni au pape ni aux autres évéques les monastères, les patrimoines, les maisons, les terres appartenantes aux églises , sinon ceux à qui les canons le permettent. C'est la confirmation des canons faits à Ravenne l'année précédente sur ce sujet. Les évéques ne mépriseront point les
(!) Pag. 308, 310, n. 3 ; pag. 308. Joan. Ep. 122. 1 (i) Pag. 315. Sup. n. 10. (2) P. 308, 312. Can I,
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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vexations que souffrent leurs confrères ; mais ils combattront ensemble pour la défense de l'Eglise, armés de 1 autorité pastorale. Les laïques ou les clercs excommuniés par leurs évêques ne seront point reçus par d'autres, afln qu'ils soient réduits à faire pénitence. Personne ne recevra le vassal d un autre que dans les cas portés par les lois séculières. On n'accusera point les évéques en secret, mais publiquement, suivant les canons. Tous ces canons serontobservés, sous peine de déposition, pour les clercs, et pour les laïques de privation de toute dignité. Cette dernière clause excède le pouvoir del'Eglise, mais la présence du roi, qui assista à ce concile , la pouvoit autoriser (1). Après ces canons, on lut dans le concile, au nom du pape, la condamnation réitérée contre Formose, évéque de Porto, et Grégoire, maîtredela milicedeRome. Elleportoitanathème sans espérance d'absolution , parce qu'ils ne cessoient point d'importuner les rois et les princes, et de prendre part aux pillages des églises. Tous leurs fauteurs ou adhérents, évé-
3ues, laïques, grands ou petits , sont frappés e pareil anathème (2).
Dans la cinquième session , Otulfe, évéque deTroyes, proposa une plainte contre Isaac de Langres, touchant un village qu'il prétendoit élre de son diocèse. Théodoric, archevêque de Besançon, présenta une plainte contre quelquesuns de ses suffragants, qui,ayantété appelés en concile, n'avoient point encore comparu. On lut les canons , qui défendent aux évéques de passer d'une moindre église à une plus grande. Cette plainte regardoit particulièrement Frotaire, archevêque de Bourges. Il se plaignoit de son côté de la violence du comte Bernard , qui lui fermoit le chemin et 1 empéchoit d'entrer à Bourges. Le pape les a voit tous deux mandés au concile ; et, comme Frotaire tardoit trop, le pape lui enjoignit une troisième fois d'y venir, et d'apporter les lettres des papes, par lesquelles il prétendoit autoriser sa translation. On lut donc à ce sujet les canons du concile de Sardique, le décret du pape Léon, touchant les évoques qui changent de siège; et lescanons d'Afrique, qui défendent les translations d'évéques , comme les rebaplisations et et les réordinalions (3). EnGn, le concile fit un décret qui défend aux laïques de quitter leurs femmes, pour en épouser d'autres, elles vivantes, leur ordonnant de retourner avec la première; et de même défend aux évoques de quitter un moindre siège pour un plus grand, et leur ordonne de retourner incessamment au premier.
Frotaire vint au concile , et justifia si bien sa conduite, qu'il obtint une seconde citation contre le comte Bernard, qui l'accusoit d'avoir voulu livrer la ville de Bourges aux ennemis
(1) G. 2. Sup. n. i2, c.
(2) Jo.Ep.34.Sup. n. 34.
(3) P. 308. Sup. n. 39.
Ep. 104. Conc. Tricass. n.
du roi Louis. Frotaire prétendoit s'en justifier devant le concile et devant le roi , qui y étoit arrivé. C'est pourquoi le comte Bernard y fut encore cité, avec son vicomte Girard et trois autres, pour être jugé suivant les canons et suivant les lois; et comme il ne comparut point, il fut excommunié par le concile, comme il l'avoit déjà été par Frotaire (1).