‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 842 sur 2407 · II. Mort de saint Ignace · texte numérisé non relu

II. Mort de saint Ignace

Cependant le patriarche Ignace , âgé de près de quatre-vingts ans , tomba malade , et vint à l'extrémité (3). Au milieu de la nuit , comme on disoit l'office près de lui , le lecteur lui demanda sa bénédiction suivant la coutume.

(1) Ep. Stylian. to. 8, Gonc p. ti02, C.

(2) Nicet. p. 1253.

(3) Id. p. 1243.

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I«rnacc fit le signe de la croiv sur sa bouche, el dit d'une voix foible : De quel saint fait-on aujourd'hui la mémoire? On lui répondit : De saint Jacques , frère du Seigneur, votre ami. Il répondit avec un grand sentiment d humihte :

C'est mon maître. Puis il dit adieu au\ assistants prononça la bénédiction , et expira aussitôt. Cétoit lé vingt-troisième d'octobre, jour auquel les Grecs font la fête de cet apôtre (I). On revêtit le corps de saint Ignace de son habit pontifical, et par-dessus on mit l'épomide ou pallium de saint Jacques , qu'on lui avoil envoyée de Jérusalem quelques années auparavant , el qu ilciiérissoit tellement qu'il avoit ordonné qu'on l'enlerràt avec lui. 11 fut mis ainsi dans un cercueil de bois et porté à Sainte-Sophie, pour faire sur lui les prières accoutumées. Les tréteaux sur lesquels il avoit été exposé, et le drap qui le couvrit furent mis en pièces par le peuple, pour les garder comme des reliques. On transfera le corps à l'église de Saint-Menas,où il fut quelque temps en dépôt , et deux femmes possédées y furent délivrées. Puis on le mit dans une barque, on le passa à l'église de Saint-Michel, qu il avoit bâtie, el on l'enterra dans un tombeau de marbre, où il S3 lit plusieurs miracles. C'étoit l'an huit cent soixante-dix-huit, et il avoit tenu le siège de Coustantinoplc plus de trente ans, compris le temps de l'usurpation de Pholius. L'église, tant grecque que latine, l'honore comme saint le jour de sa mort ^2).

m. Photius rétabli patriarche.

Le troisième jour n éloit pas encore passé quand Pholius reprit le siège patriarcal de Constantinople , et dès lors il reconmiença à persécuter les amis el les serviteurs du défunt , par le fouet, la prison , l'exil et toutes sortes de peines. Il attaqua en diverses manières ceux qui s'opposoient à son retour comme illégitime. 11 gagna les uns par des présents , par des dignités, par des translations d un èvèché à un autre, pour les attirer à sa communion. Il chargea les autres de calomnie , les accusant d impuretés abominables -, mais tout s'évanouissoitsilôt qu'on embrassoit sa communion j et celui qui éloit hier un sacrilège , un voleur, mi débauché, se trouvoil aujourd hui son confrère el un prélat vénérable : non-seulement il les rétablissoit , mais les faisoit passer à un plus grand siège. 11 y en eut qu'il déposa ainsi et rétablit plusieurs fois. Plusieurs demeurèrent attachés au concile général qui l'a voit condamné , el refusèrent constamment sa communion. 11 essaya de les intimider, et ceux qui ne se rendirent pas, il les livra à son beaufrère , Léon Catacale , qu'il avoit fait capitaine des gardes. C'étoit le plus cruel de tous les

(1) Menot. 23 oct.

(2) Sup. 1. XLViii, n. 38 Mwiol el Martyr. 2a oct.

noncer à son siège , et se contenter de gouverner un hôpital, et mit à iNicée Amphiloque de Cyzique , qui , étant mort peu après , il mit à 5a place (iréffoire de Syracuse. Celui-ci mourut

hommes. Il en fit mourir plusieurs qui demeurèrent fermes jusqu'à la lin, et plusieurs cédèrent à la violence des tourments. Ce que Photius affectoille plus c'étoit de déposer les évèques qu'Ignace avoit ordonnés, et de rétablir ceux qu'il avoit dè|K)sès. IMais, comme l'empereur ne l'approuvoit pas, il voulut ordonner de nouveau ceux qu Ignace avoit ordonnés ; el, voyant que cette proiK)sition taisoit horreur, il acheta des palliums, deséloleset les autres marques du sacerdo<e, qu il leur donnoit , et faisoit secrètement sur eux les prières de lordination. Ce qu'il accordoit comme une griîce; et, pour toutes celles qu'il faisoit, il exigeoit des serments el des promesses par écrit d être toujours attachés à lui.

Il ôta par force à Euphémien le siéee d'Euchaïte en JNatolie, pour le donner à Théodore Santabaren, qui le trouvoil à sa bienséance (1). Il ôta même aux métropoles voisines tous 1( s évéchés que Thœdore voulut , pour les lui donner, el le nomma protothrone, c'est-à-dire évéque du premier siège dépendant de Constantinople, le faisant asseoir auprès de lui. Il força JNicéphore, métropolitain de JNicèe,à renoncer à son siège , et se contenter de gouverne

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sa placeCrégoiredeSy

aussi bientôt , et Photius lui lit une oraison funèbre, où il le comparoitaux pères de l'Eglise les plus illustres.

Peu de tempsaprès le rétablissement de Photius, et la même année huit cent soixante-dixneuf, l'empereur Basile perdit Constantin, son fils aine , qu'il avoit fait couronner empereur dès la première année de son règne. Ce prince fut emporté en peu de jours par une lièvre violente, n'étant qu'à la fleur de son Age ; et Photius, iK)ur apaiser la douleur extrême de I empereur, osa bien mettre Constantin au nombre des saints , et consacrer en son honneur des églises el des monastères. On dit même que Sanlabaren avoit fait paroilre a l'emjH^reur, comme il marchoit dans un bois, un fantôme à cheval et revêtu d or, qu'il prit pour son lils Constantin, et 1 embrassa, après quin il disparut (2). Mais les catholiques ^e*^^rdèrenl cette mort comme une punition divine du rappel de Photius : aussi bien que la perte de la grande ville de Syracuse , capitale de Sicile, qui fut prise par les musulmans d'Afrique, le peuple emmené c^iptif, les églises brûlées, la ville entièrement ruinée, de sorte qu'elle ne s est jamais bien relevée depuis.

Ceux qui ne vouloienl point reconnoltre Photius alléguoienl , entre autres raisons , que le pape n'avoit point consenti à son rétablissement (3). Pour répondre à ce reproche et tromper les plus simples , il gagna les deux légats , que le pape Jean avoit envoyés a Con-

(1) Vila. Ign. p. 1258 B. Ep. Styl. p. Ii06, A.

(2) Simeon.Wag. n. 17 (3^ Ep. Stylia, p. 2i03

slanlinople pour l'affaire de Bulgarie, Paul, évêque d'Ancône, et Eugène , évéque d'Ostie; ils trouvèrent Ignace mort quand ils arrivèrent; et d abord ils refusèrent de communiquer avec Pliotius (1) ; mais ensuite il fit si bien par ses présents, et par k^ menaces de l'empereur, qu'ils dirent , en présence des évêques, du clergé et du peuple, que le pape Jean les avoit envoyés contre Ignace pour l'anathèmatiser, et déclarer Photius patriarche : ce qui trompa même plusieurs évêques.

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