‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 869 sur 2407 · XXXI. Lettres dilinrmar pour la liberté des élections · texte numérisé non relu

XXXI. Lettres dilinrmar pour la liberté des élections

Hincmar répondit en substance : Dans la lettre de notre concile, il n'y a rien contre le respect qui vous est dû , ni contre le bien de votre état : elle ne tend qu'à conserver au métropolitain et aux évèques de la province le droit d'examiner et de confirmer les élections suivant les canons. Que vous soyez le maître des élections et des biens ecclésiastiques , ce sont des discours sortis de l'enfer et de la bouche du serpent. Souvenez- vous de la promesse que vous avez faite à votre sacre, et que vous avez souscrite de votre main, et présentée à Dieu sur l'autel devant les évèques : faites-vousla relire en présence de votre conseil, et ne prétrndez pas introduire dans l'Eglise ce que les grands empereurs vos prédécesseurs n'ont

(t) Kp 20i.

(2) To. 9, Conc. p. 337 Martyr. H. «janu.

(1) C. 4,2, ft, 7, 8.

(2 Ap. Ilincra. Opusc.

32fi,to. 2, p. 2.'i.

(3) Hincni. Kpisl. 12, to.

pas prétendu de leurs temps. J'espère vous conserver toujours la fidélité et le dévouement que je vous dois , et je n'ai pas peu travaillé pour votre élection : ne me rendez donc pas le mal pour le biin , en voulant me persuader dans ma vieillesse de m'écarler des saintes règles que j'ai suivies , grâces à Dieu, jusqu ici pendanttrentesixansd'épiscopat. Quant aux promesses que vous me faites, je ne prétends vous rien demander, que pour votre propre salut en faveur des pauvres. Mais je vous prie de considérer que les ordinations contre les canons sont simoniaques, et que tous ceux qui en sont les médiateurs participent à ce crime. Je ne vous ai point ici parlé de mon chef, ni débité mes pensées. Je vous ai rapporté les paroles de Jésus-Christ, de ses apôtres et de ses saints , qui régnent avec lui dans le ciel : craignez de ne les pas écouler. Que les évèques s'assemblent donc en concile, [}Our procéder à une élection régulière avec le peuple de Beauvais, et de votre consentement^!).

Sur cette réponse , Hincmar reçut le treizième de juin une autre lettre plus pressante (:>), où on faisoit dire au roi : Si vous ne consentez pas à l'ordination d'Odacre, je tiendrai |M)ur certain que vous ne voulez pas me rendre le respect qui m'est du , ni conserver mes droits, mais résister en tout à ma volonté. Contre mon égal, j'emploierois tout mon pouvoir p(3ur maintenir ma dignilé ; mais je dois mépriser un sujet qui veut la déprimer. 11 n'en sera point autrement de cette afiaire, jusqu'à ce que j'en aie informé le roi mon frère cl les rois mes cousins , pour assembler tous les évèques de nos royaumes , qui prononceront conformément à notre dignité. Enfin, s'il est nécessaire , nous ferons encore d'ailleurs ce qui sera raisonnable.

La réponse d'Hincmar fut à proportion plus vigoureuse. Sur le manque de respect et la désobéissance , il donne un démenti au secrétaire qui a écrit la lettre ; sur le mépris qu'elle témoigne de lui , il relève la puissance spirituelle, et dit : Ce n est pas vous qui m'avez choisi pour gouverner l'Eglise ; mais c'est moi qui, avec mes collègues et les autres tidèles, vous ai élu , pour gouverner le royaume , à condition d'observer les lois. Nous ne craignons point de rendre raison de notre conduite devant les évèques, parce que nous n'avons rien fait que suivant les canons. IVlais si vous ne changez ce que vous avez mal fait , Dieu le redressera quand il lui plaira. L'empereur Louis n'a pas tant vécu que son père Charles : votre aïeul Charles n'a pas tant vécu que son père , ni votre père autant que le sien. Et quand vous êtes à Compiègne, à leur place, baissez les yeux, voyez où est votre père , et demandez où est enterré votre aïeul ; et ne vous élevez pas devant celui qui est mort pour vous et ressuscité,

et ne meurt plus. Vous passerez promptcment. mais LEglise, avec ses pasteurs sous Jésus-Christ, leur chef, subsistera élerneilement, suivant sa promesse. Celle menace d'Hincmar pouvoit paroître une prophétie , quand on vit ce jeune roi Louis mourir l'année suivante.

Il continue : Quant à ce qui suit, que s'il est nécessaire, vous ferez d'ailleurs ce qui sera raisonnable ; je vois bien que c'est pour mintimider. 31ais vous n'avez de puissance que celle qui vous est donnée d'en haut (1); et Dieu veuille, soit par vous, soit par qui il lui plaira, me tirer de cette prison, je veux dire, de ce corps vieux et infirme, pour m'appeler à lui, que je désire voir de tout mon cœur, non pour mes mérites, je n'ai mérité que du mal, mais par sa miséricorde et sa grâce gratuite. Que si j'ai péché en consentant à votre élection , contre la volonté et les menaces de plusieurs, je prie Dieu que vous m'en punissiez en cette vie, afin de ne l'être pas dans l'autre. Et puisque vous avez tant à cœur l'élection d'Odacre, mandezmoi le temps auquel les évèques de la province de Reims, avec ceux qui vous ont été députés par le concile de Fismes, se pourront assembler. Je m'y ferai porter , si je suis encore en vie. Faites-y venir Odacre, avec ceux qui l'ont élu, soit du palais, soit de l'église de Beauvais ; venez-y si vous l'avez agréable , ou y envoyez des commissaires; et l'on verra si Odacre est entré dans la bergerie par la porte. Mais qu'il sache que s'il ne vient, nous l' irons chercher, quelque part qu'il soit dans la province de Reims; et nous le jugerons selon les canons, comme usurpateur d'une église ; en sorte qu'il ne fera jamais aucune fonction ecclésiastique, en quelque lieu que ce soit de cette province; et que tous ceux qui auront eu part à son crime , seront excomuniés, jusqu'à c^ qu'ils satisfassent à l'Eglisiî.

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