‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 874 sur 2407 · LIVRE CINQUANTE-TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTE-TROISIEME

toient à l'élection de Guillebert. Ils l'assurèrent, tant pour eux que pour les absents. Hinemar dit : Nous ne le connoissons pas, montrez-le-nous, afin que nous voyions s'il est digne de ce rang. 11 se présenta, et Hinemar lui demanda d'où il étoit. Guillebert répondit : Je suis de Touraine. De quelle condition? dit Hinemar. Il répondit : Quoique pécheur, je suis né libre. Où avez-vous étudié? J'ai été mis à l'école de Tours pour apprendre les lettres humaines. Quel ordre avez-vous, et de qui lavez-vous reçu ? Hérard , mon père , que voilà, m'a donné tous les ordres jusqu'au diaconat; puis, en vertu de ses lettres, Erpoin m'a ordonné prêtre. Pourquoi étes-vous venu dans notre province? Mes parents m'ont mis au service du roi avec la permission d'Hérard, mon archevêque. Que faisiez- vous chez le roi? Je tenois les registres de ses revenus.

Alors Hinemar dit : Puisque vous avez été receveur du bien d'autrui , écoutez ce qu'en dit le concile de Chalcédoine, et il fit lire le canon. Guillebert répondit : Je n'ai point été receveur ni fait d'exactions sur personne, ou exercé de contrainte ; je n'ai fait qu'écrire les revenus et en faire le rapport au roi. On demanda à ceux qui éloient à la cour, s'ils avoient connoissance que dans cette fonction il eut fait quelque chose indigne du sacerdoce. Plusieurs nobles laïques répondirent qu'il n'y avoit rien fait de contraire aux canons et à sa profession. Hinemar lui demanda encore s'il avoit eu quelque emploi ecclésiastique. Il répondit qu'il avoit été prévôt du monastère de Saint-\ aast d'Arras, par l'ordre de l'évêque Jean et du consentement des moines, et il fit lire les lettres de l'évêque Jean et des moines qui lui rendoient un témoignage avantageux. Hinemar continua : Comme vous avez eu une commission du roi , il faut savoir s'il n'a point quelque prétention sur vous. On rapporta des lettres avec le sceau du roi, portant qu'il lui avoit rendu très-bon compte de ses commissions, et qu'il ne lui demanderoil jamais rien; mais que si on le trouvoit digne de lépiscopat, il demandoit qu'on l'ordonnât évêque de Chàlons. Tout cela ayant été prouvé par lettres et par témoins , Hinemar dit à l'archevêque de Tours : Puisqu'il est né, élevé et ordonné chez vous, et que le clergé et le peuple de Chàlons le désirent pour évêque, nous demandons votre permission pour examiner avec vous s'il est digne de cette charge. Hérard l'accorda trèsvolontiers.

On fit asseoir Guillebert devant eux, on lui donna le pastoral de Saint-Grégoire, on lui fit lire le premier chapitre , et on lui demanda B'il l'entendoit et s'il vouloit y conformer sa vie et sa doctrine. Il dit que oui : on lui fit lire le premier canon du quatrième concile de Carthage, et il déclara qu'il l'entendoit et le vouloit observer. On lui lut l'instruction que le nouvel évêque doit recevoir de ceux qui l'ont ordonné , et qui contient les règles de sa vie et

de sa conduile ; on lui demanda s'il vouloit s'y conformer, et il le promit. Entin, on lui dit de lire publiquement sa confession de foi , de la souscrire s'il croyoit ainsi; s'il y trouvoit quelque difficullé, de se retirer librement. H la lut et déclara que c'étoit ce qu'il vouloit en-

seigner.

La profession de foi de Guillebert n'est pas rapportée, mais nous en avons une formule générale de ce même temps, et en particulier celle d'Adalbert, lorsqu il lut ordonné par Hinemar évêque de Thérouane. Elle commence par l'article de l'église catholiqu»', dars laquelle seule est la rémission des péchés , et hors laquelle on ne peut être sauvé (1). le reçois , dit-il , avec respect les six conciles généraux de Nicée contre Arius, de Constantinople contre Macédonius, d'Ephèse contre Nestorius, de Chalcédoine contre Eulychès, de Constanlinople contre Théodore et les autres hérétiques, et enfin, de Constanlinople touchant les deux opérations en Jesus-Christ. Il ne parle point des deux derniers conciles, mais il ajoute : Je condamne tous ceux qui ont été condamnés par ces conciles, je reçois la lettre de saint Léon à Flavien, et le symbole de saint Athanase que l'on chante si souvent dans l'église. Ainsi, je crois trois personnes en une divinité. 11 explique la foi de la trinité et de l'incarnalion , et ajoute : J anathématise toutes les hérésies et les schismes que l'Eglise anathématise, et je reçois touf ce quelle reçoit. Je promets d'observer les canons et les ordonnances des conciles, et particulièrement les droits de la métropole de Reims.

Après que Guillebert , élu évêque de Chàlons, eut été ainsi examiné et trouvé catholique, letlré et digne de lépiscopat, on lut les canons touchant ceux qui sont tirés d'une autre province, suivant lesquels l'anhevêque Hincn)ar avec ses sufTragants, h» clergé et le peuple de Chàlons, le demandèrent humblement à l'archevcH^ue Hérard et l'obtinrent. Hinemar avertit Guillebert qu'il devoit souscrire sa profession de foi qui l venoit délire, et il le fit aussitôt. Alors on lut les lettres des évéques, qui, pour divers empêchements, n'avoient pu se trouver à cet examen, portant leur consentement à tout ce qui se feroit canoniquement p<>ur l'examen et l'ordination de Guillebert. Nous avons un exemple de ces lettres d'excuse en celle de Prudence , évêque de Troyes, que j'ai rapportée en son lieu , où il déclare à quelles conditions il consent à l'ordination d'Enée, évêque de Paris (2j.

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