‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 875 sur 2407 · XXXV. Forme de la consécration · texte numérisé non relu

XXXV. Forme de la consécration

Ces lettres ayant été lues, on prit jour pour l'ordination de Guillebert , savoir le cinquième

de décembre, qui, cette année huit cent soixante-huit , étoit le second dimanche de l'Avent (1). On marqua le lieu, savoir, le monastère de IJréligny, dans le diocèse de Noyon; et l'archevêque Hinemar avertit Guillebert de faire une confession générale devant Dieu de toute sa vie, pour mieux se préparer à une si grande action. Le jour venu, l'archevtViue avec les deux évêques, ses sufTragants, Hinemar de Liion , et Odon de Beauvais , et les députés des évtHjues absents, se rendirent au lieu marqué ; et parce que le vendredi , lors de l'examen , l'archevêque avoit suffisamment parlé de l'élu devant le peuple , et que l'heure pressoit, il ne fit point de sermon le dimanche, mais, après l'introït, le Gloria in exccLsis ^ la première oraison de l'Avcnt, la seconde de l'ordination, et les litanies, Guillebert fut consacré évêque. Ensuite, on lut l'épître, et on acheva la messe ; puis on donna au nouvel évêque l'instruction qui lui avoit été lue le jour précédent , souscrite de l'archevêque , des deux évcHjues et des députés. Je remarque ici que Ton disoit, pendant l'Avent, le Gloria in excelsis.

On donnoit au nouvel évêque des lettres de son ordinaliondatées du jour et de l'année, dont nous avons un exemple dans l'acte donné à Electram, évêque de Rennes, portant que le vingt-neuvième de septembre huit cent soixante-six , il fut ordonné par Hérard , archevêque de Tours, Actard, évêque de Nantes, et Kobert du Mans , avec le consentement par écrit des autres évêques de la province et du roi Charles (-2). Mais l'acte d'ordination d'Hédenulfe, évêque de Laon, contient de plus les instructions que le métropolitain donnoit au nouvel évêque. Cet acte est en forme de lettre de l'archevêque Hinemar au clergé, aux magistrats et au peuple de l'église de Laon , et l'instruction qu'il renferme , tirée des archives de l'église de Ueims , comprend en abrégé tous les devoirs d'un évêque, avec quelques avis particuliers contre les abus de ce temps. Là on trouve une instruction semblable à la fin du pontifical romain. La lettre d'ordination d'Hédenulfe finit par une exhortation à son clergé et à son p(»uple de lui obéir, et est souscrite par Odon de Beauvais , et six autres évêques de la province.

On voit plus en détail la cérémonie de l'ordination des évêques dans la lettre de l'archevêque Hinemar à Adventius (3), Le dimanche , les évêques de la province , le clergé et le peuple doivent se rendre de bonne heure au lieu de l'ordination. Tout étant préparé , les évêques près de l'autel , revêtus des habits sacrés, comme tous les autres ecclésiastiques, l'élu , revêtu pontificalement, doit être amené de la sacristie par les premiers du clergé de sa

(1) Form. Prora. n. 15, (2) N. 14. Sup. I. xux, n. 12. n. 13.

(3) Opusc. 43.

cathédrale, et mis à la dernière place après les évêques. Le consécrateur commence la messe, et après l'introït et le A^We, il dit le Gloria in excelsis. Puis il dit l'oraison, qui est la première dans le formulaire de la consécration. Aussitôt, et avant la lecture de l'épître, il avertit le peuple de prier pour l'élu et pour ceux qui le consacrent. Il le prend par la main ; on commence les litanies , pendant lesquelles le consécrateur, l'élu et les évêques assistants demeurent inclinés devant l'autel.

A la fin des litanies , quand on dit ^gnus Bel , les évêques se redressent , et le consécrateur prend le livre , l'ouvre par le milieu et le met sur le cou de l'élu, toujours incliné devant l'autel, et deux évêques soutiennent le livre chacun de leur côté. Du temps que les livres étoient des rouleaux , cette cérémonie étoit facile , et le livre ouvert pendoit des deux côtés comme une étole. Tandis que l'élu porte ainsi l'Evangile , tous les évêques , avec le consécrateur, mettent la main droite sur la tête de l'élu ; le consécrateur dit une seconde oraison, puis une préface , et enfin la prière de la consécration. Quand il en est aux endroits où il y a des croix marquées, il prend à sa main gauche le vase du saint-chrême , et du pouce de la main droite il fait autant de fois la croix avec le saint-chrême sur le haut de la tête de l'élu. La consécration faite , les évêques lui ôtent l'Evangile du cou , et le consécrateur lui met l'anneau au doigt en disant ce qu'il signifie, savoir, la fidélité pour garder le secret des mystères, n'en découvrir à ses auditeurs que ce qu'il faut et en cacher ce qu'il faut. C'est que les anciens portoient leurs cachets à leurs bagues. Ensuite le consécrateur lui donne le bàlon pastoral , signe du gouvernement , puis il lui donne le baiser de paix; le nouveau consacré le donne à tous les évêques , et on lui met un siège où il s'assied selon son rang. On lit l'épître qui est de la première à Timothée , touchant les devoirs des évêques (1). Pendant l'épître, le métropolitain consécrateur et les comprovinciaux souscrivent l'acte d'ordination , et sitôt que la messe est finie , le donnent au consacré devant l'autel et se retirent.

Alors le nouvel évêque est mené ou porté à son église cathédrale en chantant ; et y étant arrivé il s'assied dans la chaire et recommande au clergé de le servir lui et son église, chacun selon son rang. Delà il va à la sacristie, et l'introït étant commencé, il vient dire la messe solennelle selon la coutume. S'il est métropolitain , ses comprovinciaux qui Tont consacré assistent à cette seconde messe , à la fin de laquelle ils mettent la lettre d'ordination sur l'autel, d'où ils la prennent pour la lui donner. Telles étoient les consécrations d'évêques du temps d'Hincmar ; et ce qui m'y paroît de plus remarquable , sont ces deux messes séparées

(1) Tlm. III. '

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ An deJ.-C.882,

du consacrant et du consacré que l'on a depuis jointes ensemble.

Hincmar a fait aussi un (railé des devoirs d'un évt^que (1), où il dit entre autres choses, qu'il doit pourvoir à son clerijé de lout le nécessaire, tant pour le spirituel que pour le temporel, qu'il doit prendre soin du luminaire de l'église, des ornements, de l'entretien et de la réparation des bâtiments, des pauvres et de l'hospitalité. C'est que les biens de l'Eglise n'étoient point encore partagés ; et par conséquent l'évéque étoit chargé de la subsistance des clercs et de toutes ses autres dépenses. Il dit encore que l'évéque doit fournir au roi des troupes pour la défense de l'E^^lise, selon son pouvoir et suivant l'ancienne coutume, [nmv rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. C'est le service de guerre que rendoient alors tous les seigneurs à proportion de leurs terres, et dont j'ai souvent parlé. Il s'étend ensuite sur les usurpations des biens d'église, et défend particulièrement de toucher à ceux de l'église de Beau vais, sous prétexte de l'autorité du roi, ce qui se rapportée la vacance de ce siège après la mort d Odon et à l'intrusion d'Odacre.

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