‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 884 sur 2407 · XLII. Capilulaires de Carloman · texte numérisé non relu

XLII. Capilulaires de Carloman

Au mois de mars de l'année suivante , huit cent quatre-vingt-quatre, le jeune roi Carloman tint un parlement à Yerneuil sur Oise (1), où on fit un capitulaire de quatorze articles, pour tâcher d'arrêter le cours des pillages qui alloient toujours croissant. Outre les peines temporelles, il est ordonné que le coupable fera pénitence publique ; et , si c'est un serf , son maître y sera soumis pour ne l'avoir pas empêché de piller , parce que ces pillages attirent des homicides , des incendies et toutes sortes de crimes. Pour parvenir à cette pénitence, l'évêque dans le diocèse duquel le pillage aura été commis avertira le coupable par son curé, jusqu'à trois fois, s il en est besoin. S'il ne vient se soumettre à la pénitence, lé vêque prononcera contre lui l'excommunication, qu il notiliera au seigneur du coupable et aux évêques ses confrères. Si le pillage a été commis dans un diocèse où le coupable n'ait point de terres en propre ou en fief, l'évêque l'avertira par un de ses prêtres; et, s'il est obligé de l'excommunier, il le dénoncera à son seigneur et à son évéque , et aucun évéque ne trouvera mauvais qu'un autre excommunie son diocésain pour ces sortes de crimes. Les commissaires du roi , les comtes et tous les olficiers fiublics prêteront la main aux évêques pour 'exécution de ce règlement. Quand les évêques seront obligés de s'absenter de leur cité, ils y laisseront des vicaires , à qui les opprimés puissent avoir recours , et , lors même qu'ils seront présents, ils en établiront dans les lieux éloignés de leur résidence. Pour ôter tout prétexte aux pillages, les prêtres, c'est-à-dire les curés , exerceront l'hospitalité envers les passants (2).

XLllI. Alfred le grand, roi d'Angleterre.

Pendant que la France étoit dans un tel désordre, l'Angleterre étoit tranquille scjus le règne d'Alfred , le plus grand prince qui portât al()rs counmne. Il fut le dernier des cinq fils d'Ethélulfe, roi de Wessex, et naquit l'an huit cent quarante-neuf. Dès l'âge de cinq ans, son père le déclara roi de la province nommée Démétie, et l'envoya à Rome, où il fut sacré par le pape Léon IV. Deux ans après , savoir, lan huit cent cinquante-cinq, Ethèlulfe, allant lui - même à Rome , y mena encore le jeune Alfred , scm fils , qui , après la mort de ses frères Ethelbalde, Ethelbert et Ethelred, fut reconnu roi de Wessex (3).

On remarque une preuve singulière de la piété de ce dernier roi (4). Les Danois ou Normands païens ravageoient l'Angleterre depuis

(1) Fuld. 882. Metens.

(2) Bertin, 882.

(3) Tom. 8,Conc. p.871.

Flod. IV, Hisl. 6, c. 1, 4.

(1) Tom. 2, Cap. p. 283.

(3) VilaAlfr. per.Speim.

Vila per Asser. Inil Sup. I.

XLix, n. 29.

(4) Asser. p. 7, Malmesb p. 24.

Vilb.

long-temps ; ils avoienl partagé leurs troupes en deux : en runeéloient deux de leurs rois, en l'autre tous leurs ducs. Le roi Ethelred survint avec son frère Alfred, et partagea aussi son armée en deux corps ; il devoit avec l'un s'opposer aux rois , et Alfred avec l'autre combattre les ducs. E*ant en présence , la nuit fit différer le combat. Le matin Alfred se trouva prêt , et , voyant que le roi son frère ne sortoit point de sa tente , il lui envoya courrier sur courrier l'avertir que les païens donnoient sur eux. Ethelred assistoit à l'office divin, et manda à son frère que jusqu'à ce qu'il fût fini , il ne sortiroit point. Alfred cependant chargea les ennemis, qui, ayant l'avantage du lieu, poussèrent les Anglois, et ils étoient prêts à fuir; mais Ethelred, faisant le signe de la croix, s'avança lorsqu'on l'altendoit le moins, et releva tellement le courage des siens , qu'il gagna la bataille , où fut tué un des rois ennemis, cinq comtes et quantité de peuple. Cette victoire lut regardée comme une récompense de sa piété.

Ce liit donc après sa mort qu'Alfred fut reconnu roi de Wessex, en huit cent soixantedouze. Mais les six premières années de son règne furent troublées par les guerres continuelles des Danois , qui s'étant enfin rendus maîtres de tout le pays en huit cent soixantedix-huit, le roi Alfred fut réduit à se cacher dans un bois environné de marais inaccessibles, et se retirer chez le pâtre de ses vaches. Il y demeura environ six mois , et en cette extrémité on dit qu'il fut consolé par cette merveille : Toutes les eaux étant glacées, il avoit envoyé ses gens au loin chercher quelque poisson ou quelque gibier pour subsister, demeurant seul au logis avec la reine sa femme (1). Il prit un livre, et lisoit quand un pauvre frappe à la porte , demandant l'aumône. Le roi s'adressa à la reine pour savoir ce qu'ils avoient à lui donner ; elle répondit qu'il ne leur restoit qu'un seul pain. Dieu soit béni , dit le roi , donnez-en la moitié à ce pauvre. Celui qui a nourri cinq mille hommes de cinq pains peut bien faire que l'autre moitié nous suffise. Ayant ainsi contenté le pauvre , il reprit sa lecture et ensuite s'endormit.

Pendant le sommeil, saint Culbert, évéque de Lindisfarne, lui apparut et lui dit : Dieu m'a envoyé vous dire qu'il est enfin touché des peines que souffrent les Anglois depuis si longtemps (2). L'aumône même que vous venez de faire lui a été si agréable, qu'il a résolu de vous rétablir maintenant dans votre royaume; et, pour signe de la vérité de ma prédiction, ceux que vous avez envoyés à la pêche , nonobstant la saison contraire, apporteront une telle quantité de vivres , que vous en serez surpris. Le roi , s'étant éveillé, appela la reine ( t lui raconta son songe ; elle lui dit que , s'étant endormie en même temps , elle en avoit eu un

(1) Ingulf. p.869. Asser.p.9. (2) Sup. 1. xl, n. 43.

HlSTOIRi: DU CHRISTIANISME.

AndeJ.-C 881 j

ibtii semblable. Alors les serviteurs arrivèrent avec un si grarid nombre de poissons, qu'il y avoit de quoi nourrir une armée.

Alfred apprit peu de temps aprèsqu'Hubba , ilti des chefs danois qui avoient tué saint Edmond, avoit été tué lui-môme, et que l'on avoit pris le Corbeau , étendard magique, auquel les païens avoient {grande confiance. Il rassembla ses troupes dispersées, surprit les tianois , les défit , assiégea le reste qui s'éloient enfermés dans un château , et les obligea à se rendre au\ conditions qu'il voulut (1) : ce fut que leur roi , Gulhrum , se feroit baptiser, que Ceux qui voudroient 1 imiter demeureroient dans le pays, et qu'on leur donneroit des terres à habiter , que les autres en sortiroient aussitôt. Les Danois acceptèrent ce parti, Guthrum reçut le baptême , Alfred fut son partain , et le nomma Edelstan , nom de quelques rois anglois. Il le traita magnifiquement pendant douze jours ,avec les autres nouveaux baptisés, et les renvoya avec de grands présents.

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