Chr. 633. Sup. 1. XLVIII
(3) Chr. c. 40.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
tius comme son prédécesseur : ce qui lui attira des lettres injurieuses de Fempereur Basile, mais elles ne furent rendues qu à son successeur.Car Adrien avant tenu le saint-siége seize mois, mourut le vingtième de juillet huit cent quatre-vingt-cinq, étant en voyage pour aller trouver l'empereur Charles (1). Il fut enterre dans l'abbave de Nonantule , où il est honore comme sainl II eut pour successeur Etienne V, Romain de naissance, fils d'un autre Adrien, de famille noble (i2). Il fut instruit par les soins de Zacharie, son parent, évéque d'Anagnia , et blibliolhécaire du saint-siége. I « pape Adrien second, voyant ses bonnes inclinations, le tira de chez son père, l'ordonna sous-diacre, et le prit auprèsdelui dans le palais de Latran.Il fut aimé particulièrement du pape iMarin , qui l'ordonna prêtre du litre des Quatre couronnés, et l'avoit toujours auprès de lui. Apr's la mort du pape Adrien III , les évêques, le clergé de Rome, le sénat et tout le peuple étant assemblés pour l'élection, s'écrièrent qu'ils vouloient tous pour évéque le prêtre Etienne , croyant que par sa vertu il les délivreroit des périls qui les menaçoient ; car ils étoient affligés de sauterelles , de sécheresse cl de famine . Le pape Adrien en partant de Rome y avoit laissé Jean, évéque de Pavie, envoyé de l'empereur. Ils le prirent avec eux et allèrent tirer Etienne de sa maison , où il étoit avec son ptTe , et rompirent les portes et l'emmenèrent à son église des Qualre-couronnés , malgré toute sa résistance. Car ils croyoient, son père et lui , qu'ils étoient indignes de Ihonneur qu'on lui vouloit faire. Delà on le mena au palais de Latran, et avant qu'il y arrivât , il tomba une pluie si abondante, que Dieu parut approuver cette élection. Le dimanche suivant, qui devoit être le vingt-cinquième de juillet, il fut consacré à Saint-Pierre.
Quelques jours après , il fit la visite du palais de Latran accompagné des évêques , de l'envoyé de l'empereur el du sénat , afin d'avoir des témoins authentiques le l'état des choses. On trouva les garde-meubles pillés , en sorte qu'il n'y restoit que peu de vaisselle pour les festins solennels des papes, et rien de toutes les autres richesses. On trouva même peu de chose du trésor des églises. Pour les greniers et les celliers , ils étoient vides , et le pape avoit la douleur de ne rien trouver à donner au clergé et aux troupes , ni de quoi racheter les captifs, ou nourrir les pauvres pendant la famine , qui étoit violente. 11 eut donc recours à son riche patrimoine, et le distribua libéralement. Il chercha pour ses domestiques les hommes les plus habiles el les plus vertueux. A son dîner, il avoit toujours des orphelins, qu'il nourrissoit comme ses enfants. Quand ildonnoit à manger aux nobles, il y joignoit la nourriture spirituelle ; car on fi)isoit toujours à sa table de saintes lectures.llcé-
(l) Papebr.Conat, (2: Ann. Fui. 835, ap. Anast.
[Ande J.-C 885.
lébroit tous les jours la messe , et étoit jour et nuit occupé de psalmodie et d'oraison , autant que lui permetloient les besoins de son peuple, qu'il étoit obligé d'écouter cl de soulager.
Les sauterelles qui avoient commencé sous le pape Adrien, continuant d'affliger tout le pays, premièrement il publia qu'il donneroit tant à quiconque lui en apporteroit un boisseau : ce qui fut exécuté. Mats comme ce moyen ne sulhsoit pas , il alla à l'oratoire dr saint Gréu:oire, où il pria long-temps avec larmes ; puis il bénit lui-même de l'eau , la donna aux mansionnaires, et leur dit : Distribuezla à tout le peuple , pour asperger leurs blés et leurs vignes , en implorant le secours de Dieu. Partout où l'on jeta de cette eau , il ne parut plus de sauterelles ; ce qui attira tous les peuples d'alentour à Rome, pour y chercher le même secours.