‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 898 sur 2407 · LIVRE CINQUANTE-TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTE-TROISIEME

ils faisoi(»nt des courses continuelles, renversant les églises , brûlant les villages, prenant les chrétiens captifs , tuant les autres ; en sorte que les chemins éloient semés de corps morts, de clercs , de nobles , d'hommes , de femmes , d'enfants. Plusieurs chrétiens renoncoient à leur religion pour se joindre aux .Normands, ♦ju du moins se metloient sous leur protection (11. Enûn , on traita avec eux , et ou leur donna douze mille livres pesimt d'argent, moyennant quoi ils se retirèrent au mois de novembre huit cent quatre-vingt-quatre ; une partie alla passer la mer à Boulogne, l'autre alla prendre son quartier d'hiver à Louvain , au royaume de Lolhaire. Pour leur fournir cette grosse contribution , on dépouilla les églises et leurs serfs. Mais peu de temps après, le roi Carloman (ut blessé à la chasse, et mourut le sixième de décembre huit cent quatrevingt-quatre , dans la dix-huitième année de son^'àge, et la sixième de son règne (2). Les jNormands l'avant appris revinrent aussitôt dans le royaume ; et , comme les seigneurs se plaignirent qu'ils ne gardoient pas leur parole, ils répondirent qu'ils n'avoient traité qu'avec le roi Carloman , et que son successeur leur devoit donner une pareille somme , s'il vouloit qu'ils le laissassent en repos. Les seigneurs, épouvantés de celte réponse , envoyèrent offrir leur obéissance à l empt^eur Charles, qui vint en France et y fut reconnu roi ; mais il retourna aussitôt en Allemagne.

Les Normands , profitant de l'occasion , recommencèrent leurs ravages ; et les François, pour les arrêter, fortiûèrent quelques places sur les rivières; entre autres Pontoise, que les Normands assiégèrent en novembre huit cent quatre-vingt-cinq , et l'ayant prise par composition, la brûlèrent (3). De là, ils marchèrent à Paris, voulant remonter la Seine et passer outre. Ils avoient tant de barques que la rivière en étoit couverte plus de deux lieues durant, en sorte qu on ne voyoit point l'eau. Leur roi Sigefroy alla trouver Gozlin, évéque de Paris , lui disant qu'ils ne demandoient que le passage (4 . L'évéque répondit que l'empereur Charles leur avoit confié cette ville, et qu ils la lui garderoient. Paris n'étoil encore que l'île qui garde le nom de cité : on y entroit par deux" ponts , le grand pont, aujourd'hui le Pont-au-Change , le Petit-Pont, qui n'a point changé de nom : chaque pont étoit gardé en dehors par une tour , et à la place de ces tours (ml été bâtis depuis les deux Chàtelets. Les Normands voulant donc se rendre maîtres de la rivière, attaquèrent la tour du grand pont à plusieurs reprises pendant plus de deux mois ; mais ils furent toujours repoussés par Odon ou Eudes , comte de Paris , et Robert, son frère, l'évéque Gozlin et son neveu.

(l) Fulco. ap. Flod. IV, i'i) Chr. Norm.

(i) Abbo. de Bell Paris, lib. I.

r2> An. Met. 88i.

l'abbé Ebole , qui combat loient en personne. Les Normands cessèrent leurs assauts le dernier jour de janvier huit cent quatre-vingt-six, tenant néanmoins toujours la ville bUjquée jusqu'à l'année suivante, où l'empereur Charles, ayant deux fois envoyé au secours de Paris, y vint lui-même avec une grande armée , et fit avec les Normands une paix honteuse. L'évéque Gozlin mourut avant la lin du siège, et Aschiric lui succéda. Le détail de ce siège fut incontinent après décrit en vers latins , par Abbon , moine de Saint-Germain-des-Prés , qui avoit été présent ; mais la rudesse de son style le rend très-difficile à entendre. Il y attribue la délivrance de Paris aux saints ses protecteurs , entre autres sainte Geneviève et saint Germain (1).

Pendant ce siège les Normands , ne pouvant avoir le passage de la Seine (2), trouvèrent moyen de traîner leurs barques par terre plus de deux mille pas, et les ayant remises à l'eau au-dessus de Paris, ils remonlèrent la rivière de Seine, entrèrent dans celle d'ïonne, et s'arrêtèrent à Sens, qu'ils assiégèrent pendant six mois, sans le pouvoir prendre. Mais ils ravagèrent et brûlèrent une grande partie de la Rourgogne. Evrard , archevêque de Sens, mourut , pendant ce siège , le premier jour de février huit cent quatre-vingt-huit. Ce prélat, célèbre par sa doctrine et par sa vertu , étoit moine et prévôt de Sa i nie-Colombe, quand il succéda à Anségise, mort en huit cent quatrevingt-deux. Il eut lui-même pour successeur Yaultier, beaucoup inférieur en mérite, neveu de Vaultier, évtHiue d'Orléans (3).

Page 1