XIV. Fin de Photius. Sa bibliothèque
C'est la dernière pièce touchant le schisme de Photius , qui duroit depuis plus de trente ans; et Photius ne parolt plus depuis: ce qui fait croire qu'il ne survécut pas long-temps. Ses ouvrages les plus fameux sont la bibliothèque et le nomocanon. 11 rapporte ainsi luimême l'occasion qui lui fit écrire la bibliothèque, dans la lettre qui est en tête, adressée à son frère Taraise : Depuis que j'ai été choisi par l'empereur et par le sénat, pour aller en ambassade en Assyrie , vous m'avez prié de vous écrire les sujets des livres, à la lecture desquels vous n'avez pas assisté; tant pour vous consoler de notre séparation, que pour avoir au moins une idée sommaire et générale de ces livres, qui sont presque au nombre de trois cent. Je vous envoie donc cet extrait , de ce que la mémoire m'en a pu
1) Sup. I. XV, D. 36, 28. <2) Tom 8, Conc p
Ulltom. 9, p. «8
fournir, dans Tordre où elle me lésa présentés. ' On peut croire que le commencement de l'ouvrage a été fait ainsi de mémoire, car les extraits y sont assez courts ; mais ensuite ils deviennent très-longs, et paroissent faits sur les livres mêmes. Il y en a deux cent quatrevingt, dont une grande partie sont d'ouvrages qui ne se trouvent plus ; et par ceux qui nous restent, on voit que les extraits sont fidèles et judicieux.
Je ne parlerai que des auteurs ecclésiastiques perdus , qui sont au nombre d'environ quarante , tant théologiens qu'historiens , sans compter les ouvrages perdus d'auteurs , dont nous avons les autres, comme les Hypotyposes de saint (Jément Alexandrin , sans compter aussi quelques conciles et plusieurs ouvrag(»s d'hérétiques. Photius marque d'ordinaire .^n jugement sur chaque auteur, particulièrement sur la qualité du style. Voici le premier article de s^ bibliothèque : On a lu le traité du prêtre Théodore, que le livre de saint IK»nis est véritablement de lui (1). On y résout quatre objections. La première. Si ce livre étoit véritable, comment quelques-uns des pères qui l'ont suivi, n'en auroienl-ils point cité des passages? La seconde. Eusèbe de Pamphile n'en fait aucune mention , dans le dénombrement des écrits des pères. La troisième. Comment ce livre peut-il décrire dans un si grand détail les traditions, qui peu à peu se sont augmentées dans l'Eglise par un long temps ? (]ar saint Denis étoit du temps des apôtres, comme il parolt par les actes (2) ; et il est incroyable , ou plutôt mal inventé, que saint Denis se soit avisé d'écrire, ce qui ne s'est introduit dans TEglise que long-temps après sa mort. La quatrième objection. Comment peut-il parler de l'épitre de saint Ignace? Car saint Denis a vécu du temps des apôtres, et saint Ignace a souffert le martyre sous Trajan, peu de temps après avoir écrit cette lettre. L'auteur selTorce donc de résoudre ces quatre objections, et de prouver que le livre du grand saint Denis est véritablement de lui.
Photius n'en dit pas davantage ; mais il montre assez le peu de cas qu'il faisoit de ces réponses, puisqu'il ne daigne les rapporter; et par conséquent quel est son jugement sur les prétendus écrits de saint Denis l'aréopagiste. Mais apparemment il ne vouloit pas s'en expliquer plus clairement, pour ne pas choquer les prcjugès de son siècle. Entre les historiens ecclésiastiques dont il parle, on peut remarquer Philostoge , arien passionné ; Jean d'Egée , dont l'histoire commeiiçoit à l'hérésie de i\estorius , et finissoit à la déposition de Piorre le foulon: il étoit eutyché, et enneuii du concile de Chalcédoine ; Basile deCilicie, depuis la mort du pape Simplicien, jusqu'à celle de l'empereur Anastase : il avoit inséré " .1111 I —— — ^1— >
(^) Snp. 1 xwii, n. 33. ^a^ Ad. xvii, i3.
dans son histoire grand nombre de lettres d'évêques; Sergius, confesseur pour la cause des images , sous Michel le bègue ; et un certain Leucius Charinus, qui avoit fait une histoire apocryphe et absurde sous le nom de Voyage des apôtres (1).
Entre les théologiens, on peut remarquer ApoUinaire, évêque d'Hiérapolis en Asie, sous l'empereur Vérus, qui avoit écrit pour la défense de la religion contre les païens. Méthodius, évêque et martyr, pour la résurrection contre Origéne (2). Tlîéognoste Alexandrin, cité par saint Athanase, dont toutefois les sentiments ne sont pas corrects. Piérius, prêtre et docteur de l'église d'Alexandrie et martyr. Son disciple le prêtre Pamphile , aussi martyr. Hippolite disciple de saint Iréuee. Saint Hippolyte , martyr, sur Daniel. Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste (3). Jean de Scytoptdis, contre les eulychéens. Eusèbe, évêque de Thessalonique , contre ceux d'entre eux qu'on nommoit incorruptibles. Modeste, évêque, ou plutôt vicaire de Jérusalem. Saint Euloge, patriarche d'Alexandrie, qui avoit beaucoup écrit contre les no va tiens et les eutychcens , mais dont il ne nousj| reste que ces extraits, comme je l'ai dit en son lieu. Photius enfin donne l'extrait d'un grand ouvrage du moine Jobius sur l'incarnation, divisé en neuf livres et en quarante-cinq chapitres. Et c'est ce que j'avois à dire de sa bibliothèque (4).
XY. Nomocanon de Photius.
Son nomocanon est un recueil de canons distribué en quatorze titres, et chaque titre en plusieurs chapitres, suivant la diversité des matières (5). Ce recueil comprend tous les canons reçus dans l'église grecque, depuis ceux des apôtres jusqu'au septième concile œcuménique, auxquels Photius n'a pas manque de joindre ses conciles Savoir celui qui fut tenu dans l'église des Apôtres en huit cent soixante-un , et que l'on nomma premier et second , et celui qui le rétablit patriarche en huit cent soixante dix-neuf (6). Il joint aux canons les lois civiles, qui y sont conformes, les rapportant sous chaque chapitre , et renvoyant aux endroits du code et du digeste où elles se trouvent. En tout cet ouvrage, il ne fait qu'indiquer les canons et les lois, sans rapporter aucun texte. Par exemple , sous le premier chapitre du premier titre, qui est : De la reUgion et de la foi catholique. Canons
(1) Cod. 40, p. 26; il, p. 38, 117, elc c. 95; p. 250,
*7 ; 42 ; 67, p. 9j ; lli, p. C. 262. Sup. 1. XXXVI, II. 28;