XXI. Régies de Reclus
Le pape Formose , dans une de ses lettres, recommandoit à l'archevêque Foulques un
Ïirêtrc nommé Grimlaïc, qu'il chérissoit , pour e promouvoir à l'épiscopat, si l'occasion s'en présentoit (4). On croit que c'est le Grimlaïc auteur de la règle des solitaires , ou le prêtre de m^me nom à la prière duquel il l'écrivit.
Les solitaires pour qui elle est faite étoient des reclus , qui s'enfermoient dans une cellule, et faisoie it vœu de n'en sortir jamais. Aucun n'y étoit admis qu'après des épreuves suffisantes , et par la permission de levêque, ou de l abbé du monastère où il s'enfermoit ; car les cellules des reclus dévoient loujtmrs être jointes à quelque monastère (1). Après la permission du prélat, on les éprouvoil un an dans le mcmastère, dont pendant ce temps ils ne sortoient point ; puis ils faisoient leur vœu de stabilité dans l'église devant l'évêque, et après que le reclus éloit entré dans sa cellule , l'évêque faisoit mettre son sceau sur la porte.
La cellule devoit être petite et exactement fermée (2). Le reclus devoit avoir dedans tout ce qui lui étoit nécessaire, même , s'il étoit prêtre, un oratoire consacré par l'évêque, avec une fenêtre donnant sur l'église , par où il pût donner ses offrandes pour la messe, entendre le chant, chanter lui-mêmi» avec la communauté, et répondre à ceux qui lui parleroient. Cette fenêtre devoit avoir des rideaux dehors et dedans , afin que le reclus no pût voir ni être vu. Il pouvoit avoir au dedans de sa réclusion un petit jardin pour prendre l'air, et planter des herbes. Au dehors, mais tenant à sa cellule, étoit celle de ses disciples , avec une fenêtre par où ils le servoient et recevoient ses instructions. On jugeoit à propos qu'il y eût deux ou trois reclus ensemble , et alors leurs cellules se touchoient avec des fenêtres de communication. Si des femmes vouloient les consulter ou se confesser à eux , ce devoit être dans l'église, et en présence de tout le monde {'^).
On recommandoit aux reclus l'étude de la sainte Ecriture et des auteurs ecclésiastiques, pour se conduire eux-mêmes et pour résister aux tentations, et pour instruire ceux qui les venoient consulter. S'ils étoient deux , ils ne dévoient se parler qu'en conférence spirituelle, et dire leurs coulpes l'un à l'autre. Celui qui étoit seul se la disoit à lui-même, faisant soigneusement l'examen de sa conscience. L'auteur déplore amèrement la corruption générale dt'S mœurs de son temps, l'oubli des maximes de l Evangile , et la tiédeur des solitaires mêmes , dont le premier soin , quand ils embrassoient celte profession, étoit de s'informer si dans le monastère ils jouiroient d'un grand repos, et ne manqueroient de rien pour les besoins de la vie. 11 recommande particulièrement l'oraison mentale , et approuve de communier et de célébrer la messe tous les jours, pourvu qu'on y apporte les dispositions requises (4).
Il ordonne le travail des mains , pour remplir les intervalles de la prière et la lecture.
(3) Analect. tom. 3, p.
(i) Ap. Flod. IV, c. 3.
Cod. Reg to 2, p i04.
Après avoir apporté l'autorité de saint Paul (1), il ajoute : Si ce saint apôtre, prêchant l'Evangile , ne lai.ssoit pas de gagner sa vie par un pénible travail; de quel front oseronsnous manger notre pain gratuitement , avec des mains oisives , nous qui ne sommes point chargés de la prédication, mais seulement du soin de notre âme ? Or, saint Paul n'usoit pas toujours du droit de vivre de l'Evangile, afin d'avoir plus de liberté de corriger les pécheurs; car on ne peut reprendre hardiment ceux dont on reçoit. Quand le solitaire auroit d'ailleurs de quoi vivre, il doit travailler de ses mains pour mortifier son corps , purifier son cœur, fixer ses pensées, et se plaire dans sa cellule. Le temps du travail doit être depuis tierce jusqu'à none , qui sont six heures entières, ou plus si la pauvreté le demande. Il est permis toutefois au solitaire de prendre ce qui lui est offert volontairement , soit pour ses besoins , soit pour le donner aux pauvres (2).
Si le reclus étoit malade, on ouvroit sa porte pour l'assister; mais il ne lui étoit pas permis de sortir , sous quelque prétexte que ce fût. Ils pouvoient avoir une baignoire dans leur cellule, et s ils étoient prêtres, s'y baigner quand ils jugeoient à propos. Car on jugeoit que cette propreté extérieure étoit convenable pour approcher des saints mystères. Au reste , cette règle est presque tirée de celle de saint Benoit , et composée de divers passages des pères , respirant partout une tendre et solide piété (3).
XXn. Saint Gerauld d'AurilIacl
Vers le même temps, saint Gérauld , comte d'Aurillac en Auvergne, donna cette terre pour y fonder un monastère ; mais après l'avoir bâti , il étoit en peine où il Irouveroit des moines d'une observance régulière (4). Pour cet effet , il envoya de jeunes gens nobles au monastère de Vabres, où ils apprirent la règle ; mais étant revenus sans avoir de maîtres pour les conduire, ils se relàclicrent bientôt ; même celui d'entre eux que Gérauld leur avoit donné pour supérieur. Le monastère de Vabres , aujourd'hui évéché, avoit été fondé dés l'an huit cent soixante-deux par Raymond, comte de Toulouse, en faveur d un saint abbé nommé Adalgase, qui, ayant été chassé par les barbares de Palmat en Périgord, avec les dix moines qu'il gouvernoit, s'étoit retiré auprès du comte Raymond.
Saint Gérauld étoit d'une famille très-noble, fils d'un autre Gérauld , aussi seigneur d'Aurillac, comte très-riche et très-vertueux. Il naquit l'an huit cent cinquante-cinq, fut élevé dans la piété, et suivant sa naissance dressé
(i) C. 20, ii, «7, 2^' 31, 36.
(1) C.39. 2Thess.ni,7.
(2)C. -io, il.
(3) C. 48, 51, .37. Ult.