‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 927 sur 2407 · XXVI. Lettres de Foulques au pape et au roi · texte numérisé non relu

XXVI. Lettres de Foulques au pape et au roi

Foulques, archevêque de Reims, lui écrivit, comme à ses prédécesseurs, pour lui témoigner sa dévotion envers le saint-siège, et son désir d'aller à Rome si divers obstacles ne l'en a voient empêché, lui marquant qu'il avoit enfin procuré la paix entre les rois Eudes et Charles (1); mais le pape témoigna n'être pas content de son excuse touchant le voyage de Rome, parce que d'autres le faisoient. J'ai résolu, ajoutoit-il , de tenir un concile au mois de septembre de la prochaine indiction quinzième: c'est la même année huit cent quatre-vingt-seize, et , si vous manquez de vous y trouver, je ne manquerai pas de porter contre vous une censure canonique. L'archevêque répliqua : Il ne m'a pas été possible d'aller maintenant à Rome en personne; j'envoie, pour vous en dire les raisons , un èvêque et des clercs de mon église. Je ne vous en écris pas davantage , à cause de la dureté de votre réprimande , qui ne m'a pas peu surpris ; car, jusiqu'ici, je n'ai reçu que de la douleur de vos prédécesseurs ; mais je ne m'en prends qu'à mes pt^chés , et je vous prie de ne pas prêter l'oreille aux discours de gens peu charitables. Au reste , j'ai été élevé , dés l'enfance, dans la discipline canonique, jusqu'à ce que le roi Charles, fils de l'empereur Louis, m'a pris à son service dans son palais, où j'ai demeuré jusqu'au temps du roi Carloman, quand les) èvêques de la province de Reiras m'ont ordonné sur l'élection du clergé et du peuple. D'autres vous pourront dire comment j'ai trouvé cette église, travaillée par les incursions des païens , et quelles peines je me suis données pour lai procurer la paix. Vous pouvez donc juger, par la vie que j'ai menée avant l'èpiscopat, qu'il a été pour moi plutôt un fardeau qu'un avantage. J'irai toutefois quelque jour me présenter aux pieds de votre sainteté , si je puis obtenir la p<Tmission du roi Eudes , et si les chemins deviennent libres. Maintenant ils sont fermés par Zuentibold, fils du roi Arnoul , qui attaque même l'église de Reims, dont il donne les biens à ses vassaux ; et je vous prie de réprimer sa tyrannie par votre autorité apostolique. C'est ^ue Zuentibold faisoit la guerre pour se maintenir dans le royaume de Lorraine , et il fut tué Tan neuf cent (2).

L'archevêque de Reims étant averti que le roi Charles vouloit faire alliance avec les Normands pour établir sa puissance par leur secours, lui en écrivit en ces termes (3) : Qui de vos fidèles serviteurs ne seroit effrayé de vous voir rechercher l'amitié des ennemis de Dieu? Il n'y a point de différence entre se joindre aux

(1) Flod. IV, c. i.

<'a^ Reg. an 900.

(8) Flod. IV, c. 5.

An de i.'^. »M.l

{)aïens et renoncer à Dieu pour adorer les idoes ; on ne peut s'empêcher d'imiter ce qu'on voit continuellement , et peu à peu on s'y accoutume. Les rois , vos ancêtres , ont quitté le paganisme et ont toujours recherché le secours de Dieu , c'est pourquoi ils ont heureusement régné et transmis leur puissance à leurs descendants ; vous, au contraire, abandonnez Dieu, et , au lieu de mettre des bornes aux misères passées, aux pillages et aux oppressions des pauvres, et en faire pénitence, vous attirez de nouveau sa colère, en vous joignant à ceux qui ne le connoissent pas. Croyez-moi, ce n'est pas le moyen d'établir votre puissance. J'avois mieux espéré de vous ; mais je vois que vous courez à votre perte , avec (;eux qui \ous donnent ces conseils. Je vous conjure au nom de Dieu d'abandonner ce dessein , et ne me pas donner cette douleur éternelle , à moi et à vos autres bons serviteurs. Il vaudroil mieux que vous ne fussiez pas né , que de régner par le secours du diable. Sachez enfin Î[ue si vous le faites , je ne vous serai jamais idèle, je détournerai de votre service tous ceux que je pourrai , et me joignant avec tous les évêques mes confrères, je vous excommunierai , et vous condamnerai à un anathème étemel. Je vous écris ceci en gémissant, parce que je vous suis fidèle ; et que je désire que vous établissiez votre règne , non par le secours de Satan, mais par celui de Jésus- Christ.

XXVn. Mort dEtienne VL Romain, Théodore II,

Jean IX, papes.

Le pape Etienne VI tint en effet un concile, où il condamna Formose , son prédécesseur. Il fit déterrer son corps , on l'apporta au milieu de l'assemblée : on le mil dans le siège pontifical revêtu de ses ornements, et on lui donna un avocat pour répondre en son nom (1 }. Alors Etienne . parlant à ce cadavre comme s'il eût été vivant : Pourquoi, lui dit-il , èvêque de Porto , as-tu porté ton ambition jusqu'à usurper le siège de Rome? L'ayant condamné, on le dépouilla des habits sacrés, on lui coupa trois doigts, et enfin la tête ; puis on le jeta dans le Tibre. Le pape Etienne déposa tous ceux que Formose avoit ordonnés , et les ordonna de nouveau. Mais il reçut bientôt la peine de ces violences. On le prit , on le chassa lui-même du saint-siège , on le mit dans une obscure prison chargé de fers, et on l'étrangla.

Son successeur fut Romain Gallésin, fils de Constantin , qui mourut avant les quatre mois accomplis, et on élut à sa place Théodore, né à Rome , et fils d'un nommé Photius. Il étoit sobre, chaste, libéral envers les pauvres, chéri du clergé, et ami de la paix ; mais il ne vécut que vingt jours depuis son ordination. Dans

(1) Luitpr I. i,f «. Flod. Vers. p. OOG.

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