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LIVRE CINQUANTE-QUATRIÈME

I ce peu de temps , il ne laissa pas de travailler autant qu'il put à la réunion de l'Eglise; il rappela les évêques chassés de leurs sièges , et rétablit les clercs ordonnés par Formose et déposés par Etienne , leur rendant les ornements sacrés et l'exercice de leurs fonctions ( 1 ) . Il fit reporter solennellement dans la sépulture des papes le corps de Formose , qui avoit été trouvé par dos pêcheurs ; et lorsqu'on le transporta, plusieurs personnes pieuses assuroient que les images des saints l'avoient salué en passant.

Après la mort de Théodore, les Romains furent partagés ; les uns élurent le prêtre Sergius; les autres , Jean, natif de Tibur , fils de Rampalde, dont le parti prévalut (2). Sergius, chassé de Rome, se retira en Toscane, sous la protection du marquis Adalbert , et y demeura sept ans. Jean IX tint le siège deux ans, pendant lesquels il célébra trois conciles , et nous avons les canons de deux , l'un tenu à Rome , l'autre à Ravenne.

XXVIIl. Concile de Rome.

L'empereur Arnoul s'étoit retiré d'Italie dès l'an huit cent quatre-vingt-seize, et Guy étant mort la même année, Bérenger, duc de Frioul, reprit le dessus , et se fit couronner empereur, apparemment par le pape Etienne VI. Mais il fut bientôt chassé par Lambert , fils de Guy, couronné par Formose , dès l'an huit cent quatre-vingt-treize. Ce fut de son autorité que le pape Jean IX tint un concile à Rome, où on lut premièrement un mémoire, pour examiner l'état de l'Eglise , et les moyens d'affermir la paix. Jean, évêque d'Arezze, dit : Nous souhaitons aussi qu'on l'examine (3). Pierre, évêque d'Albane , dit : Le pape veut-il qu'on lise le concile tenu sous le pape Théodore? 11 fut lu, et Amolon , évêque de Turin , dit : Il est selon les canons de rétablir celui qui a été injustement condamné, et d'observer la règle touchant ceux qui ont été spoliés. On lut le concile du pape Jean, c'est-à-dire celui où Jean VIII avoit condamné Formose (4). Ensuite Amolon proposa de lire le concile fait sous Etienne VI , contre Formose : ce qui fut fait. Comme on en vint à l'endroit où Pascal, Pierre et Sylvestre accusèrent Formose de parjure et d'avoir été réduit à la communion laïque, on leur demanda si ce qu'on lisoit étoit vrai. Ils dirent que non , et Pascal ajouta qu'il n'avoit point assisté à ce concile. Après qu'on en eut achevé la lecture, Jean d'Arezze dit : Qu'ils disent s'ils y ont assisté. Pierre d'Albane dit : J'y ai assisté, mais je n'y ai pas souscrit. Ils demandèrent du temps ; on leur en donna , puis ils se levèrent tous trois, Pierre, Sylvestre et Pascal ; et, étant interrogés, ils dirent qu'ils

(1) Auxil. lib. 2, c. i, in d) Mus« Ilalic. Mabill. fln. Luitpr. c. 8. tom. 1, p. 85.

(%) Flod. Vers. (i) Sup. I. ui, u. 3(.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

n'y avoîent point assisté. Amolon dit : Que Benoit, protonotaire, vienne, et qu'il dise ce qu'il a écrit. Quand il fut venu, Jean d'Arezze lui dit : Benoit, avez-vous écrit ce concile? Il dit: Ce n'étoit pas à moi à l'écrire , mais à un sous-diacre de la bibliothèque. On interrogea soigneusement ces mêmes évéques, et Pierre dit qu'il y avoit assisté. Etienne, évoque d'Orti , l'un d'entre eux , dit en colère : Vous vous élevez tous contre le pape, c'est-àdire contre Etienne VI- Antoine de Bresse dit, au nom d'eux tous : Puisque vous dites que nous sommes séparés du sein de l'église romaine, remettez à nous examiner demain ; ce qui leur fut accordé.

Le lendemain, quand ils furent assis, Amolon dit : Après le délai qui fut hier accordé, il faut, »'il vous plait, nous donner maintenant réponse. Jean d'Arezze dit : On doit commencer où on en demeura hier. Pierre d'Albane se leva, et Jean d'Arezze dit : Ou dites que les actes de ce concile sont vrais, ou qu'ils sont faux. Pierre d'Albane dit : Que les autres qui y ont assisté viennent ; le siège apostolique y étoit. Voulant dire qu'ils n'avoient agi que par l'autorité du pape. Jean d'Arezze répondit : Nous ne jugeons pas le siège apostolique. Et, ayant montré que le concile contre Formose n'étoit pas un jugement apostolique, puisqu'il détruisoit d'un côté ce qu'il établissoit de l'autre, il aiouta : Il faut que le mal qui a été commis dans l'Eglise, soit entièrement déraciné. Le concile s'écria : Nous le demandons aussi, et nous le souhaitons tous. Ensuite , le pape ordonna que l'on rendit réponse. Pierre d'Albane dit : J'y ai assisté, savoir au concile contre Formose , mais contraint. Sylvestre de Porto, interrogé par Amolon, avoua aussi qu'il y avoit assisté. Ildeger de Lodi , dit : Vous vous rendîtes hier coupable devant tout le monde. C'est qu'il avoit nié ce qu'il avouoit alors. Amolon interrogea Sylvestre, s'il avoit assisté à l'élection de Formose. J'y ai assisté, dit-il , et nous l'avons tous intronisé. On lui demanda encore s'il avoit assisté à cet horrible concile de Rome. Il répondit : J'y ai assisté par force. Jean de Véletri , étant interrogé de même, répondit: J'y ai assisté par force et malgré moi. Jean de Gales ou Cales répondit : J'y ai assisté par force. Etienne d'Orti : Je me suis trouvé à la un , et j'y ai souscrit par force. Jean de Toscanelle répondit qu'il n'y avoit pas assisté , mais qu'il avoit ensuite souscrit par force. Bonose de Narni répondit : Qu'il n'y avoit ni assisté , ni souscrit ni consenti.

On demanda à Jean, prétendu évéque de Modène, s'il avoit quelque plainte à faire contre Gaménulfe , qui étoit en possession de cet évêché, ou s'il le redemandoit. Il réprmdit que non, mais qu'il demandoit miséricorde prosterné par terre. Les évéques qui p voient assisté au concile d Etienne contre Formose, se prosternèrent aussi et demandèrent misérij.urde Alors tout le concile demanda en grâce

au pape que l'on déracinât absolument cet abus ; que les évoques ne fussent plus contraints de rien faire par force contre les canons, et qu'on ne les mit en prison en aucune manière : ce que le pape accorda volontiers. Pierre, prêtre du titre a Eudoxe, et Benoit du titre de Damase, interrogés s'ils avoient assisté à ce concile, répondirent qu'ils y avoient assisté par force, et demandèrent miséricorde.

Ensuite on publia le décret du concile en douze articles , qui portent : Nous rejetons absolument le concile tenu sous le pape Etienne VI, où le vénérable corps du pape Formose fut tiré de son sépulcre , profané et Irai né par terre , à un prétendu jugement, où il fut condamné : ce qu'on n'a jamais ouï-dire avoir été fait sous aucun de nos prédécesseurs ; et nous défendons, par l'autorité du Saint-Esprit, de jamais rien faire de semblable. Car on n'appelle personne en jugement que pour se défendre, ou pour être convaincu , ce qui ne peut convenir a un cadavre. Les évêques, les prêtres et le reste du clergé qui assista à ce concile , nous ayant demandé pardon, et protesté que la seule crainte les avoit forcés à s'y trouver ; nous leur avons pardonné à la prière du concile ; défendant à l'avenir à qui que ce soit d'empêcher la liberté des conciles , et de faire aucune violence aux évêques , leur ôter leurs biens ou les mettre en prison , sans connoissance de cause (1).

Comme Formose a été transféré de l'église de Porto au saint-siège apostolique, par nécessité et pour son mérite , nous défendons à qui que ce soit de le prendre pour exemple, vu principalement que les canons le défendent , jusqu'à refuser aux contrevenants la communion laïque, même à la un. Nous défendons aussi que celui qui a été déposé par un concile, et n'a point été canoniquement rétabli , soit promu à un degré plus élevé; comme la faction du peuple a osé faire à l'égard de Boniface , déposé premièrement du sous-diaconat, et ensuite de la prêtrise. Si quelqu'un ose l'entreprendre , outre l'anathéme du saint-siège, il encourra l'indignation de l'empereur. Ce Boniface est celui qui fut intrus immédiatement après Formose. Nous rétablissons dans leur rang les évêques , les prêtres et les autres] clercs de l'église romaine, ordonnés canoniquement par Formose, et chassés par la témérité de quelques personnes. Suivant le concile d'Afrique , nous condamnons les réordinations et les rèbaptisations , défendant d'ôter les évêques régulièrement ordonnés pour en mettre d'autres à leur place , et introduire des schismes dans l'Eglise (2).

Nous conGrmons l'onction du saint-chrême donné à notre (ils spirituel , l'empereur Lambert ; mais nous rejetons absolument celle que Bérenger a extorquée. Nous ordonnons de jeter au feu les actes du concile , dont nous avons parlé , comme on a brûlé ceux du concile d(î

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Bimini , du second d'Ephèse , de ce que les hérétiques ontfait contre le pape Léon, et de ce qui fut fait à Constanlinople contre le pape Nicolas, et brûlé|à Rome sous Adrien Si quelqu'un tient pour ecclésiastiques Sergius, Benoit et Marin, ci-devant prêtres de l'église romaine, ou Léon, Pascal et Jean , ci-devant diacres , condamnés canoniquementet chassés duseinde l'Eglise ; ou s'il prétend les rétablir dansleur rang, sansnotre consentement , il sera anathèn^e, comme violateur des canons. Nous déclarons aussi séparps de l'Eglise ceux qui ont violé U sépulture sacrée du pape Formose , pour en tirer le trésor , et qui ont osé traîner son corps 4ans le Tibre , s'ils ne viennent à pénitence (1).

La sainte église romaine souffre de grandes violences à la mort du pape ; ce qui vient de ce qu'on le consacre à l'insn de l'empereur, sans attendre, suivant les canons et la conturoe, la présence de ses commissaires , qui empêcherojent le désordre. C'est pourquoi nous voulons

Sue désprmais le pape soitéludans l'assemblée es évêques et de tout le clergé , sur la demande du sénat et du peuple, et ensuite consacré solennellement en présence des commissaires de l'empereur ; et que personne ne soit ^sse? hardi pour exiger de lui des serments nouvellement inventés : le tout afin que l'Eglise ne soit point scandalisée , ni la dignité de l'empereur diminuée. Il s'est aussi introduit une déteslable coutume , qu'à la mort du pape on pille le palais patriarcal , et le pillage s'étend par toute la ville de Rome et ses faubourgs. On traite de même toutes les maisons épiscopales à la mort de l'évéque. C'est pourquoi nous le défendons à l'avenir , sous peme non-seulement des censures ecclésiastiques, mais encore de l'indignation de l'empereur. Nous condamnons encore la pernicieuse coutume par laquelle les juges séculiers ou leurs officiers vendent des commissions pour la recherche des crimes; et s'ils trouvent, par exemple , des femmes débauchées dans une maison appartenant à l'église ou à un clerc , ils la prennent avec scandale et la maltraitent jusqu'à ce qu'elle soit rachetée bien cher par son maître ou par ses parents ; après quoi elle ne craint plus de se prostituer, prétendant que l'évéque ne peut en prendre connoissance (2). Nous voulons donc que les évéques aient la liberté dans leurs diocèses de recnercher et de punir selon les canons les adultères et les autres crimes; et qu'au besoin ils puissent tenir des audiences publiques, pour réprimer les rebelles.

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