XXXVI. Oviedo métropole
En Espagne Alphonse III régnoit sur les chrétiens depuis trente-huit ans , ayant succédé à son père Ordogno dès l'an huit cent soixantedeux (1). Il fortifia Ovièdo, et y fit transférer les reliques des autres villes , pour être en sûreté contre les courses des Normands : comme on voyoit par une inscription et une grande croix d'or , où étoit marquée la dix-septième année de son règne et l'ère neuf cent seize qui estl'andeJ.-C. huit cent soixante-dix-huit (2). 11 abattit l'église qu'Alphonse le chaste avoit fait faire à Compostelle sur le corps de saint Jacques, la trouvant trop petite et trop pauvre. H la rebâtit magnifiquement de grandes pierres avec des colonnes de marbre , et l'orna de vases précieux. Il bâtit plusieurs autres églises et repeupla plusieurs villes , entre autres Porto, alors nommé Portugal, Brague , Viseu et Tuy. et y établit des évêques.
L'église de Saint-Jacques étant achevée , le roi Alphonse envoya à Rome deux prêtres nommes Sévère et Sindérède, et un laïqui; nommé Rainald , qui lui rapportèrent deux lettres du pape Jean (3). Par la première, il érige en metnjpole l'église d'Oviédo, à la prière du roi ; par la seconde, il permet la consécration de 1 église de Saint-Jacques et la tenue d'un concile , puis il ajoute : Nous sommes comme vous altligés par les païens , et nous combattons jour et nuit avec eux ; c'est pourquoi nous vous prions de nous envoyer de bous chevaux arabes, avec des armes. Le roi ayant reçu ces lettres indiqua le jour du concile de Compostelle pour la dédicace, où se trouvèrent dix-sept évêques , entre autres Vincent de Léon , Gomer d'Astorga , Herménégilde d'Oviédo et Lulcidius de Salamanque (4). Alphonse y assista avec la reine son épouse , ses fils, treize cxjmtes et un pt^uple innombrable. On fit solennement la dédicace de la nouvelle église de Saint- Jacques, et on y consacra trois autels : un en l'honneur de Notre Seigneur, l'autre de saint Pierre et saint Paul , le troisième de saint Jean l'évangèliste ; mais les évêques n'osèrent consacrer le quatrième, qui étoit sur le corps de saint Jacques , para» que l'on croyoit qu'il avoit été consacré par ses sept disciples , dont on rapportoit les noms. Ce concile fut tenu le sixième de mai, ère neuf cent trente-4iuit, qui est l'an neuf cent de J. C. (5).
Le vingt-neuvième de novembre suivant , on tint dans la même église de Saint-Jacijues un concile de huit évêques, où Césaire, abbé, fut élu et sacré archev("que de Tarragone (6). Mais l'archevêque de Narbonne s'y opposa, *veç les évêques d'Espagne qui le recxMinois-
i%)Q'lhU>-9fQo^c,p.m'
(1) Sup. liv xLVin, n.
*0 Sarnpir. A»tur. p 36.
'^) Anibr. Mor. lib. xv, c. 9.
(3) Tom.9,Conc.p.il9.
(i) Tom. 9,Conc. p. 347, el 502.
(5j Ambr. Mor. lib. xv, c iO.
(6) Tom. 9,Conc. p. 4Sâ.
soient pour métropolitain; et Césaire en appela au pape.
Onze mois après le concile de la dédicace , c'est-à-dire au mois d'avril neuf cent un , ou en tint un à Ovièdo , où se trouva le roi accompagné de même , et les mêmes dix-sept évéques(l). H y avoit aussi un évêque nommé Théodulfe; envoyé par le grand prince Charles, ce qui semble signifier le roi de France. En ce concile l'église d'Oviédo fut érigée en métro^ pôle, et Herménégilde, qui la gouvernoit,re^ connu chefdes autres évêques, pour travailler avec eux à rétablir la discipline troublée par la domination des infidèles. Il fut ordonné que l'on choisiroit des archidiacres, qui visiteroient deux fois l'année les monastères et lef paroisses j que l'archevêque d'Oviédo établiroi t des évêques tels qu'il lui plairoit, dans les lieux qui en avoient eu auparavant; et que tous ses suffraganls auroient des églises et des terres dans la province d'Asturie , comme la plus forte et la plus sûre de toutes : pour se retirer en ces lieux en cas de besoin, et en ti^ rer leur subsistance quand ils viendroient aux conciles. Le roi marqua les bornes de la pro^ vince ecclésiastique d'Oviédo, et attribua plusieurs terres à ce siège ; après quoi le concile fut terminé le dix-huitième de juillet . Alphonse III , surnommé le grand , régna quarante-huit ans , et mourut l'an neuf cent dix, ère neuf cent quarante-huit , laissant son fils Garcia pour successeur.
XXXVU. Mort de Jean IX. BenoU IV, p>pe.
Le pape Jean IX mourut Tan neuf cent , et eut pour successeur Benoît IV, Romain, fils de Mummole , de race noble , qui tint le saintsiége quatre ans et demi (2). Ce fut un grand pape : on loue son amour pour le public, et sa libéralité envers les pauvres. Au commencement de son pontificat il reçut une députation d'Argrim, évêquede Langres, qui n'étoit pas encore rétabli, et qui lui fit exposer qu'après la mort de Geilon il avoit été élu unanimement par le clergé et le peuple (3) , et consacré par son métropolitain Aurélius, archevêque de Lyon , avec ses suffragants, et Bernouin, archevêque de Vienne, et mis en possession (Je l'église de Langres, qu'il avoit gouvernée deux ans et trois mois. Qu'il en avoit ensuite été chassé par faction du temps de l'empereur Guy , et avoit eu recours au pape Jean , lui représentant le triste état de son église , où depuis long-temps on n'avoit point consacré le saint-chrême , confirmé les enfants, ni fait aucune fonction épiscopale : sur quoi le pape Jean avoit ordonné qu'il renlreroit dans son siège (4).
Le pape Benoit , ne voulant rien décider en
'il
(1) Sampir. ibid.
(2) Papebr. Conat. Flod.
vers. p. 606.
(3) Sup. n. 6.
(4) Sup. n. 40.
HISTOIRE DV CHRISTIANISME
[An de J.-C.goiàO(U.
AndeJ.-C.905et906.j LIVRE ClNQUANTEQL ATRIÈME.
cette affaire sans le conseil des évfkjues , assembla un concile dans le palais de La!ran , et jugea qu'Argrim devoit élre maintenu dans le sirge de Langres. De quoi il fit expédier deux lettres, l'une aux évéqves des Gaules, aux rois , aux seigneurs et à tous les fidèles , dans laquelle il confirme à Argrim le pallium qu'il avoit déjà reçu du pape Formose (1). La seconde lettre est adressée au clergé et au peuple de Langres , et elles sont datées du second des calendes de septembre , indiction troisième, c'est-à-dire du vin'ît-neuvième d'août, l'an neuf cent , la première année du pape Benoit, et la seconde après la mort de l'empereur Lambert. C'est que ce pape , ne reconnoissant pas Bérenger, tenoit l'empire pour vacant. Mais peu de temps après , et la même année neuf cent , Louis , fils de Boson , roi de Provence , fut appelé en Italie , et se fit reconnoitre et couronner empereur. Argrim , après tant de traverses, gouverna paisiblement l'évéché de l.angres jusqu'à l'an neuf cent onze, qu'il le quitta pour se faire moine à Saint- Bénigne de Dijon, où il mourut dix ans après (2).
XXXVUl. Fin du roi Alfred.
En Angleterre le roi Alfred mourut , laissant son royaume dans un état florissant (3). La piété qui se fit remarquer en lui dès l'enfance continua toute sa vie. Dans sa première jeunesse, se sentant violemment tourmenté des ardeurs de la concupiscence, il se levoit la nuit secrètement, et s'alloit prosterner dans l'église pour demander à Dieu de le délivrer de cette tentation , ou du moins de lui envoyer quelque maladie qui en fut le contre-poids, sans le défigurer ni le rendre incapable des devoirs de la vie. Il fut exaucé, et peu de temps après les hémorrhoïdes , dont il avoit été attaqué dès l'enfance, devinrent si douloureuses que , pendant quelques années , il en étoit souvent presque à la mort. Il obtint par ses prières d'être délivré de ce mal à l'âge de vingt ans ; mais aussitôt il commença à se sentir d'une colique qui lui dura vingt-cinq ans , et quelquefois si violente que les médecins croy oient qu'il y avoit de l'opération du démon.
Les guerres dont sa jeunesse fut agitée n'altérèrent point sa piété. Il n'y avoit point de crimes qu'il ne pardonnât aux infidèles quand ils promettoient de se faire chrétiens. H profitoit de tous les intervalles où les affaires lui permettoient de respirer, pour lire, interroger quelqu'un , ou s'entretenir de ce qui pouvoit l'avancer dans la vertu ou y faire avancer ceux à qui il parloit. 11 laissa grand nombre d'écrits , dont il y en avoit six de sa composition , entre autres un recueil de lois de diffé-
(l)Toni.9, Conc p. 511, Dissert. 19. Chr. S. Benig. 12. p. 424.
(2)Papcbr Ck)nc. p. 153, (3) Asser p. 12.
rents peuples , les lois des Saxons occidentaux, un traité contre les mauvais juges , dos sentences des sages, des paraboles, les différentes fortunes des rois (1). On compte neuf ouvrages qu'il avoit traduits, dont les principaux sont l'histoire d'Orose, le pastoral de saint Grégoire et ses dialogues , que toutefois il fit plutôt traduire par Yérèfride, èvéque de Worchester , l histoire de Bède , la consolation de Boëce, qui étoit son livre favori, les psaumes de David , qui fut son dernier ouvrage, et dont il avoit traduit près de la moitié quand il mourut.
Ce fut le mercredi vingt-huitième d'octobre neuf cent un, indiction quatrième. H avoit vécu cinquante-deux ans , et en avoit régné vingtneuf. Edouard , son fils aîné , lui succéda , et est connu sous le nom d'Edouard le vieux. 11 fut sacré par l'archevêque Plegmond,etdans les premières années de son règne il fit tenir un concile , où le même archevêque présida et où on lut des lettres du pape , contenant de grands reproches contre le roi Edouard de ce que tout le pays des Gevises ou de Wessex étoit depuis sept ans sans évêques (2). Le roi et le concile résolurent d'établir des évêques dans chaque province de ce pays , et de diviser en cinq deux évéchés. L'archevêque porta à Rome ce décret, qui fut approuvé du pape, et à son retour il ordonna à Cantorbéry sept évêques pour autant d'églises, savoir. Winchester, Cornouaille, Shireborn, Wels, Cridie en Devonshire , Mer et Dorcester.